
Poissons, Å“ufs, abats… et mĂªme l’eau du robinet : les PFAS, des substances chimiques indestructibles, sont aujourd’hui omniprĂ©sentes dans nos assiettes. Plusieurs ONG tirent la sonnette d’alarme : la contamination massive par les PFAS en Europe serait bien plus importante que ce que l’on imagine, et les consĂ©quences sur notre santĂ© autrement plus prĂ©occupantes. On fait le point.
Les PFAS, pour “substances per- et polyfluoroalkylĂ©es”, sont des composĂ©s chimiques créés par l’homme et utilisĂ©s depuis les annĂ©es 1950 dans une multitude de produits : poĂªles antiadhĂ©sives, emballages alimentaires, textiles impermĂ©ables, mousses anti-incendie, cosmĂ©tiques… Leur particularitĂ© ? Ils ne se dĂ©gradent quasiment pas dans la nature, d’oĂ¹ leur surnom de “polluants Ă©ternels”.
Ils s’accumulent dans l’environnement, les sols, les eaux, les organismes vivants… et donc, dans notre alimentation. Aujourd’hui, une contamination massive de l’alimentation en Europe a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e par des donnĂ©es scientifiques et des rapports d’ONG qui n’ont rien d’anecdotique.
L’Europe alerte sur la contamination : de quoi doit-on se méfier exactement ?
Une contamination qui se lit dans nos assiettes
Selon une enquĂªte choc de l’ONG GĂ©nĂ©rations Futures publiĂ©e le 19 juin 2025, la contamination alimentaire par les PFAS en Europe est bien plus Ă©tendue qu’on ne le pensait. En s’appuyant sur les donnĂ©es publiques de l’AutoritĂ© europĂ©enne de sĂ©curitĂ© des aliments (EFSA), l’ONG a analysĂ© 15 000 Ă©chantillons alimentaires prĂ©levĂ©s entre 2013 et 2023.
Voici ce qu’ils ont trouvé :
- 69 % des poissons contiennent au moins un PFAS réglementé.
- 55 % des abats et mollusques, 39 % des Å“ufs, 27 % des crustacĂ©s, 23 % des produits laitiers et 14 % des viandes sont Ă©galement concernĂ©s.
- Certains Ă©chantillons contiennent mĂªme plusieurs types de PFAS Ă la fois.
Ces données montrent que la pollution n’épargne aucun rayon du supermarché, et que les PFAS sont présents dans des aliments que nous consommons tous les jours, y compris ceux destinés aux enfants.
Et notre eau potable dans tout ça ?
La situation devient franchement inquiétante lorsqu’on regarde du côté de l’eau du robinet. Dans le sud de l’Oise, près de la vallée de l’Esches, des milliers de foyers ont consommé pendant des années une eau contaminée aux PFAS sans le savoir. D’après un rapport de l’ARS (Agence Régionale de Santé), la pollution était connue depuis au moins 2008, mais les habitants n’en ont été informés qu’en 2024.
Une étude biomédicale menée sur 100 personnes a révélé des taux anormalement élevés de PFAS dans leur sang. En réponse, une plainte a été déposée contre l’État pour mise en danger de la vie d’autrui.
Quels sont les risques pour notre santé ?
C’est là que ça se complique : les PFAS sont accumulatifs, ce qui signifie qu’ils restent longtemps dans l’organisme et s’y stockent petit à petit.
Selon l’EFSA, une exposition chronique, mĂªme Ă faible dose, peut entraĂ®ner :
- Des troubles du système immunitaire ;
- Des problèmes de fertilité ;
- Des anomalies du développement chez l’enfant ;
- Des perturbations hormonales (thyroĂ¯de, foie) ;
- Et, selon certaines études, un risque accru de certains cancers (reins, testicules).
L’autoritĂ© europĂ©enne a fixĂ© une dose hebdomadaire tolĂ©rable (DHT) très faible, Ă 4,4 nanogrammes par kilogramme de poids corporel. Or, d’après GĂ©nĂ©rations Futures, cette dose est dĂ©passĂ©e chez de nombreux consommateurs europĂ©ens rien qu’en mangeant poisson et Å“ufs.
PFAS : comment vivre avec cette pollution omniprésente ?
Pourquoi cette pollution est-elle encore possible ?
Si certains PFAS sont désormais réglementés par l’Union européenne, il en existe plus de 10 000 au total, dont une majorité ne sont ni testés, ni limités, ni interdits.
Parmi les plus problématiques :
- Le PFOS et le PFOA, historiquement utilisés et parmi les plus persistants.
- Le TFA (acide trifluoroacétique), récemment détecté mais non encore réglementé, très soluble et mobile dans l’environnement.
Autrement dit, la réglementation actuelle ne couvre qu’une petite partie du problème.
Des solutions, mais Ă quel prix ?
Des techniques existent pour éliminer les PFAS de l’eau potable, comme l’osmose inverse ou l’adsorption sur charbon actif. Mais elles sont coûteuses : selon les estimations, la dépollution totale des réseaux en France pourrait coûter plusieurs milliards d’euros.
Côté réglementation, cinq pays européens (dont la France) ont proposé en 2023 une interdiction progressive de tous les PFAS via le règlement REACH. La décision finale est encore en discussion à l’échelle européenne.
Ce qu’on peut faire en attendant
MĂªme si les solutions Ă grande Ă©chelle sont politiques, chacun peut adopter quelques rĂ©flexes de prĂ©caution :
- Limiter sa consommation de poissons carnivores (anguille, saumon d’élevage, thon).
- Varier son alimentation pour réduire l’exposition cumulative.
- S’informer auprès de sa commune sur la qualité de l’eau potable.
- Éviter les produits traitĂ©s avec des revĂªtements antiadhĂ©sifs ou rĂ©sistants aux taches.
La contamination massive par les PFAS en Europe n’est donc plus une hypothèse depuis longtemps : c’est un fait. Ces polluants éternels, invisibles et insidieux, se retrouvent dans nos aliments, notre eau et notre corps. Face à ce constat, la mobilisation citoyenne et politique est plus que jamais nécessaire pour imposer des normes strictes, protéger les générations futures… et notre santé à tous.
Ă€ SAVOIR
Selon PAN Europe, la contamination des fruits et lĂ©gumes non bio par les PFAS a fortement augmentĂ© ces dix dernières annĂ©es : +220 % pour les fruits et +274 % pour les lĂ©gumes. Fraises, raisins, concombres… jusqu’à quatre PFAS diffĂ©rents ont Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©s dans certains Ă©chantillons.







