Une rencontre dont elle se serait volontiers passée. L’eurodéputée La France insoumise Manon Aubry a été hospitalisée après avoir été mordue par une vipère. Un accident impressionnant, mais loin d’être exceptionnel puisqu’en France métropolitaine, la Société de toxicologie clinique recense environ 300 morsures de vipère chaque année. Ça pique !
Pour autant, ces serpents ne cherchent pas l’affrontement. Comme le rappelle l’Assurance Maladie, ils ont plutôt tendance à fuir l’être humain et mordent essentiellement lorsqu’ils se sentent menacés. Le véritable piège vient parfois des réflexes adoptés après la morsure : aspirer le venin, inciser la plaie, utiliser une pompe à venin ou poser un garrot sont autant de gestes inutiles, voire dangereux, à éviter.
Morsure de vipère : faut-il s’inquiéter ?
Une morsure ne signifie pas forcément que du venin a été injecté
Être mordu par une vipère ne signifie pas automatiquement être envenimé. La morsure peut être dite « sèche » ou « blanche ». Concrètement, les crochets ont bien pénétré la peau, mais le serpent n’a pas injecté de venin. L’Assurance Maladie indique qu’environ une fois sur deux, un serpent venimeux peut mordre sans injecter son venin. La Société de toxicologie clinique précise de son côté que la morsure de vipère entraîne une envenimation dans plus de la moitié des cas.
Difficile toutefois de savoir immédiatement dans quelle catégorie on se trouve. C’est précisément pour cette raison qu’une morsure suspecte ne doit jamais être banalisée. Selon l’Association des centres antipoison et de toxicovigilance, une envenimation peut provoquer une douleur parfois intense autour de la morsure. Apparaît surtout un œdème, c’est-à-dire un gonflement, susceptible de s’étendre progressivement au membre touché. Les deux petits points laissés par les crochets peuvent être visibles, mais mieux vaut ne pas jouer au détective avec sa cheville. L’aspect de la plaie ne permet pas, à lui seul, d’évaluer la gravité de la situation.
Gonflement, nausées, malaise : les symptômes qui doivent alerter
Lorsque du venin a été injecté, les premiers signes sont généralement locaux. La zone devient douloureuse, rouge et gonflée. L’œdème peut ensuite progresser autour de la morsure et parfois s’étendre à une grande partie du bras ou de la jambe. Lorsque l’envenimation est plus importante, d’autres symptômes peuvent apparaître dans les trente minutes ou au cours des heures suivantes. Selon l’Assurance Maladie, il faut notamment surveiller :
- une douleur, une rougeur et un gonflement autour de la morsure ;
- des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales ou une diarrhée ;
- un malaise ou une chute de la tension artérielle ;
- des difficultés respiratoires ;
- des saignements ;
- une confusion ou des signes neurologiques, pouvant aller jusqu’à certains symptômes de paralysie.
Une réaction allergique grave au venin est également possible. Un gonflement important, des difficultés à respirer, une chute de tension ou une perte de connaissance peuvent annoncer un choc anaphylactique, une urgence vitale nécessitant une prise en charge immédiate. Bref, inutile d’attendre de « voir si ça passe ».
Vipère : que faire juste après une morsure ?
En priorité, rester calme et limiter les mouvements. L’Association des centres antipoison recommande de mettre la personne au repos et de l’allonger. Il faut également retirer rapidement bagues, bracelets, chaussures ou vêtements serrés, car le membre peut gonfler. L’Assurance Maladie recommande d’appeler rapidement le 15 ou le 112 après une morsure de serpent. Il est également possible de contacter un centre antipoison. Toute suspicion de morsure de vipère nécessite, selon la Société de toxicologie clinique, une évaluation médicale en milieu hospitalier.
En attendant la prise en charge, la plaie peut être lavée à l’eau et au savon puis désinfectée. Le membre doit être immobilisé autant que possible. Si un gonflement apparaît, les centres antipoison conseillent d’en tracer délicatement la limite au stylo : cela permet ensuite aux soignants de suivre son évolution. Si le serpent est encore visible, inutile de tenter de l’attraper, et encore moins de le tuer. On peut éventuellement mémoriser son apparence ou le photographier à distance, sans se remettre en danger. L’identification précise de l’animal n’est pas une raison pour retarder l’appel aux secours.
Garrot, Aspivenin, incision : ne jouez pas les aventuriers !
Plusieurs gestes encore bien ancrés dans l’imaginaire collectif sont non seulement inutiles, mais peuvent compliquer la situation. L’Association des centres antipoison et la Société de toxicologie clinique déconseillent d’inciser, de cautériser ou de sucer la plaie. Les dispositifs d’aspiration du type Aspivenin n’ont pas démontré d’intérêt dans la prise en charge d’une morsure de vipère.
Même principe pour le garrot : on oublie. En comprimant fortement le membre, il peut provoquer de graves lésions locales. Les pansements fortement compressifs sont également déconseillés par les centres antipoison. L’Assurance Maladie recommande par ailleurs d’éviter l’aspirine et les anti-inflammatoires en cas de douleur, car ils peuvent augmenter le risque de saignement.
Le paracétamol est l’antalgique conseillé en première intention. Café, thé et alcool sont également à éviter : en accélérant notamment le rythme cardiaque, ils peuvent favoriser la diffusion du venin. Autrement dit, après une morsure, le meilleur réflexe consiste surtout à en faire le moins possible soi-même et à laisser les professionnels prendre le relais.
À l’hôpital, l’antivenin n’est pas automatique
Arrivé aux urgences, le patient est placé sous surveillance. Les médecins suivent notamment l’évolution du gonflement et recherchent d’éventuels signes généraux d’envenimation. La Société de toxicologie clinique dispose d’une classification clinico-biologique, appelée VipGrade, permettant d’évaluer la sévérité de l’envenimation et d’aider à déterminer la prise en charge appropriée. L’avis d’un toxicologue d’un centre antipoison est fortement recommandé. Et non, toute personne mordue ne reçoit pas automatiquement une injection d’antivenin.
L’Assurance Maladie précise que ce traitement est réservé aux situations où il est nécessaire, notamment en raison du risque de réactions allergiques graves qu’il peut lui-même entraîner. En France, la Société de toxicologie clinique indique que l’antivenin adapté aux morsures des vipères françaises est le Viperfav®. La surveillance hospitalière reste donc essentielle : une morsure qui semble initialement limitée peut évoluer au cours des heures suivantes.
Les vipères françaises sont-elles vraiment dangereuses ?
Maintenant, un petit cours d’histoire naturelle. La France métropolitaine compte quatre espèces de vipères :
- La vipère aspic (Vipera aspis) : la plus répandue en France. Elle est présente dans une grande partie du territoire, notamment dans les plaines, les collines et les zones de basse montagne.
- La vipère péliade (Vipera berus) : elle apprécie davantage les régions fraîches et humides et se rencontre principalement dans le nord et certaines zones montagneuses.
- La vipère de Seoane (Vipera seoanei) : beaucoup plus localisée, elle est présente dans l’extrême sud-ouest de la France, près de la frontière espagnole.
- La vipère d’Orsini (Vipera ursinii) : très rare en France, elle vit essentiellement dans quelques secteurs montagneux du sud-est.
Pour autant, croiser une vipère ne signifie pas être en danger immédiat. L’animal ne cherche généralement pas la confrontation. Les morsures surviennent notamment lorsque le serpent est surpris, approché de trop près ou lorsqu’une personne pose involontairement le pied ou la main à proximité.
Pour réduire le risque lors d’une randonnée, quelques habitudes suffisent : chaussures fermées, pantalon couvrant lorsque le terrain s’y prête, attention particulière dans les herbes hautes, les tas de pierres, les broussailles ou les amas de bois, et surtout pas de main glissée à l’aveugle sous un rocher.
Enfin, si une vipère croise votre chemin, le meilleur face-à-face reste encore celui qui ne dure pas : on garde ses distances et on la laisse partir. Les vipères françaises sont d’ailleurs protégées par la réglementation nationale, qui interdit notamment leur capture et leur destruction. Seule exception, votre belle-mère et sa langue de vipère !
À SAVOIR
Après une morsure de vipère, sortez votre stylo. Si la zone commence à gonfler, les Centres antipoison recommandent de tracer un trait autour de l’œdème, directement sur la peau. Vous pouvez également noter l’heure, cela permettra aux médecins de voir rapidement si le gonflement progresse et à quelle vitesse.



