L’été 2026 n’épargne décidément pas le Sud-Ouest de la France. Après les importants incendies qui ont frappé la Gironde fin juillet, le département doit désormais composer avec les moustiques tigres. Au 10 août, Santé publique France recensait trois épisodes de transmission autochtone dans le Sud-Ouest, notamment en Gironde mais aussi dans le Tarn, pour un total de 15 cas.
Une semaine plus tard, autour du 18 août, le bilan atteignait une vingtaine de contaminations locales. Ces personnes ont été infectées directement dans la région, après la piqûre d’un moustique tigre porteur du chikungunya. Face à l’apparition de ces foyers, plusieurs opérations de démoustication ont été menées autour des lieux fréquentés par les malades afin de limiter le risque de nouvelles transmissions.
Du Tarn à la Gironde, plusieurs foyers sous surveillance
La progression des moustiques tigres et des virus est rapide. Le 16 juillet 2026, Santé publique France indiquait encore qu’aucun cas autochtone de chikungunya n’avait été identifié dans l’Hexagone. Quelques semaines plus tard, la situation avait changé.
Dans son bulletin national publié le 12 août, l’agence sanitaire recensait, au 10 août, trois épisodes de transmission autochtone de chikungunya dans le Tarn et en Gironde, représentant au total 15 cas. Chaque foyer comptait alors entre un et huit malades.
À cela s’ajoutaient deux épisodes de dengue, avec un cas chacun dans le Tarn et dans l’Hérault. Les arbovirus, le nom donné aux virus transmis par certains arthropodes comme les moustiques, sont donc particulièrement surveillés cet été. La situation française reste néanmoins à remettre en perspective. Depuis le 1er mai et jusqu’au 9 août, Santé publique France avait également recensé 105 cas importés de chikungunya.
Prolifération du moustique tigre : le chikungunya n’est plus un virus tropical
Les autorités ont déclenché des démoustications
Lorsqu’un cas de chikungunya est confirmé, les autorités engagent immédiatement une enquête sanitaire. Santé publique France précise que les cas biologiquement documentés de chikungunya, de dengue, de Zika et de West Nile font l’objet d’un signalement obligatoire.
Entre le 1er mai et le 30 novembre, période d’activité du moustique tigre, la surveillance est renforcée. Lorsqu’une contamination est détectée, des investigations épidémiologiques permettent notamment de déterminer où la personne a pu être infectée et quels lieux elle a fréquentés pendant la période où le virus pouvait être présent dans son sang.
En parallèle, des investigations entomologiques, consacrées aux moustiques, peuvent être menées. Si nécessaire, des opérations de lutte antivectorielle sont déclenchées autour des lieux concernés. L’objectif n’est pas d’éradiquer tous les moustiques d’une commune, mission pour le moins ambitieuse. Il s’agit surtout de réduire rapidement la population de moustiques adultes susceptibles d’avoir piqué une personne infectée et donc de transmettre ensuite le virus.
Le moustique tigre est désormais installé dans presque toute la France
Si ces contaminations locales sont aujourd’hui possibles, c’est d’abord parce que leur vecteur s’est considérablement répandu. Selon Santé publique France, 81 des 96 départements de France métropolitaine et de Corse sont désormais colonisés par Aedes albopictus, nom scientifique du moustique tigre. Sa présence reste toutefois très variable et certains départements sont largement colonisés tandis que, dans d’autres, seules quelques communes sont concernées.
Le moustique tigre poursuit son implantation en métropole depuis 2004. Petit, rayé de noir et de blanc et particulièrement à l’aise près des habitations, il se distingue aussi par une habitude assez désagréable. Contrairement à d’autres moustiques, il pique volontiers en journée.
Sa présence ne signifie pas pour autant que chaque moustique est porteur du chikungunya. Très loin de là. Pour transmettre la maladie, l’insecte doit d’abord avoir lui-même été infecté. C’est donc la rencontre entre plusieurs éléments (présence du moustique, arrivée d’une personne infectée, températures favorables et proximité avec d’autres personnes) qui rend possible l’apparition d’un foyer local.
Chikungunya : une situation déjà observée à grande échelle en 2025
Les épisodes actuels ne surgissent pas de nulle part. L’année 2025 avait marqué un véritable changement d’échelle. Selon le bilan publié en mai 2026 par Santé publique France, 809 cas autochtones de chikungunya avaient été identifiés dans l’Hexagone en 2025, dont 790 regroupés dans 79 épisodes de transmission et 19 cas isolés dont le lieu précis de contamination n’avait pas pu être déterminé.
La Nouvelle-Aquitaine avait été touchée pour la première fois. À elle seule, la région avait comptabilisé 160 cas autochtones répartis dans 17 épisodes, dont un foyer particulièrement important de 103 cas à Bergerac, en Dordogne.
Cette circulation exceptionnelle avait notamment été favorisée par l’importante épidémie de chikungunya dans l’océan Indien, particulièrement à La Réunion, qui avait entraîné de nombreuses introductions du virus en métropole. Santé publique France souligne également que la souche virale impliquée était particulièrement adaptée au moustique tigre.
En comparaison, l’été 2026 reste donc, pour l’instant, à un niveau nettement inférieur. Santé publique France souligne d’ailleurs que les cas importés de chikungunya ont fortement diminué par rapport à 2025, en raison notamment de la fin de la grande épidémie réunionnaise. Reste que l’apparition de nouveaux foyers locaux confirme que le risque de transmission métropolitaine n’a pas disparu.
Fièvre et fortes douleurs articulaires : quels sont les symptômes de chikungunya ?
Le chikungunya est une infection virale dont les manifestations peuvent varier d’une personne à l’autre. Selon Santé publique France, les symptômes les plus fréquents sont la fièvre et les douleurs articulaires. Ces douleurs peuvent être particulièrement marquées, notamment au niveau des poignets, des chevilles ou des doigts. Des douleurs musculaires, des maux de tête ou une éruption cutanée peuvent également apparaître.
Si l’évolution est généralement favorable, les douleurs articulaires peuvent parfois persister pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Certaines personnes, notamment les plus fragiles, peuvent aussi développer des formes plus sévères. En cas de symptômes compatibles, particulièrement après un séjour dans une zone où le virus circule ou dans un secteur concerné par un foyer local, un avis médical permet d’établir le diagnostic et, si nécessaire, de déclencher le dispositif de surveillance.
Contre le chikungunya, le premier réflexe reste de couper l’eau aux moustiques !
À l’échelle individuelle, la lutte contre le chikungunya passe surtout par la lutte contre son vecteur. Et le moustique tigre n’a pas forcément besoin d’une mare ou d’une piscine abandonnée pour se multiplier. Quelques centimètres d’eau stagnante peuvent suffire à permettre le développement de ses larves. Santé publique France recommande donc de supprimer régulièrement les petites réserves d’eau autour des habitations :
- coupelles sous les pots de fleurs,
- seaux,
- jouets laissés dehors,
- arrosoirs,
- bâches ou autres récipients exposés à la pluie.
- Les récupérateurs d’eau doivent être couverts et les gouttières entretenues.
Pour limiter les piqûres, les autorités sanitaires recommandent également les vêtements amples et couvrants, les moustiquaires et, lorsque cela est nécessaire, l’utilisation de répulsifs cutanés en respectant leurs conditions d’utilisation.
À SAVOIR
Selon l’Anses, le moustique tigre reste généralement dans un rayon d’environ 150 mètres autour de son lieu de naissance. Sa spectaculaire conquête du territoire français s’explique donc en grande partie par les activités humaines et peut être transporté involontairement dans les voitures et autres véhicules.



