Une femme qui garde des douleurs au bas ventre après un rapport sexuel.
Beaucoup de femmes présentent des douleurs pendant le rapport sexuel. © Magnific

Désir en berne, douleurs, troubles de l’érection… Plus d’une femme sur trois et près d’un homme sur cinq souffrent d’au moins une dysfonction sexuelle persistante en France, selon les premiers résultats de la grande enquête CSF-2023 menée auprès de plus de 9 000 adultes par Santé publique France.

Parler de sexualité reste parfois compliqué. Pourtant, les difficultés sexuelles concernent un grand nombre de Français. Baisse du désir, difficultés à atteindre l’orgasme, douleurs pendant les rapports ou troubles de l’érection peuvent avoir un impact important sur le bien-être, la confiance en soi et la vie de couple. Longtemps relégués à la sphère intime, ces problèmes apparaissent aujourd’hui comme un véritable enjeu de santé publique.

C’est ce que montrent les premiers résultats de l’enquête Contexte des sexualités en France 2023 (CSF-2023), menée par Santé publique France avec plusieurs équipes de recherche françaises. Réalisée auprès de 9 118 adultes âgés de 18 à 89 ans, cette vaste étude s’intéresse aux comportements sexuels, à la santé sexuelle et aux difficultés rencontrées par les Français. Les chercheurs ont notamment évalué la fréquence des dysfonctions sexuelles persistantes, c’est-à-dire présentes depuis au moins six mois, afin de distinguer les troubles durables des difficultés passagères que chacun peut rencontrer au cours de sa vie. Les résultats révèlent que ces troubles sont bien plus fréquents qu’on ne l’imagine.

Plus d’une femme sur trois touchée

Selon l’enquête CSF-2023, 36,4 % des femmes déclarent souffrir d’au moins une dysfonction sexuelle persistante. Chez les hommes, cette proportion atteint 18,9 %. Autrement dit, plus d’une femme sur trois et près d’un homme sur cinq sont concernés par une difficulté sexuelle durable. Un constat qui bouscule certaines idées reçues. Car si les troubles de l’érection sont relativement connus du grand public, d’autres difficultés restent largement méconnues, notamment celles qui touchent les femmes. Les chercheurs ont étudié plusieurs types de dysfonctions sexuelles. Chez les femmes, il s’agit notamment 

  • du manque de désir, 
  • des difficultés à ressentir du plaisir, 
  • des troubles de l’orgasme, 
  • de la sécheresse vaginale,
  • des douleurs pendant les rapports sexuels. 

Ces troubles peuvent avoir des causes très diverses. Les changements hormonaux, certaines maladies chroniques, des traitements médicamenteux, le stress, la fatigue, l’anxiété ou encore les difficultés relationnelles peuvent tous influencer la vie sexuelle.

Douleurs pendant les rapports : un sujet encore trop peu abordé

Chez les femmes, les douleurs pendant les rapports sexuels restent un sujet particulièrement tabou. Ces douleurs, appelées dyspareunies, peuvent avoir de nombreuses causes : 

  • sécheresse vaginale, 
  • endométriose
  • infections, 
  • suites d’un accouchement, 
  • troubles hormonaux, 
  • tensions musculaires du périnée.

Selon la Haute Autorité de santé (HAS), ces douleurs peuvent avoir des conséquences importantes sur la qualité de vie, l’image de soi et la vie affective. Pourtant, de nombreuses femmes attendent parfois plusieurs années avant d’en parler à un professionnel de santé. Cette difficulté à consulter s’explique souvent par la gêne, la peur d’être jugée ou encore l’idée fausse selon laquelle la douleur ferait partie de la normalité.

Quand le trouble devient une source de souffrance

Toutes les difficultés sexuelles ne sont pas forcément vécues comme un problème. Certaines personnes peuvent traverser une période de baisse du désir ou rencontrer ponctuellement une difficulté sans que cela ne les affecte particulièrement. C’est pourquoi les chercheurs ont également cherché à savoir si ces troubles étaient associés à une souffrance psychologique ou relationnelle.

Et 21,2 % des femmes et 10,9 % des hommes déclarent souffrir d’une dysfonction sexuelle qui s’accompagne d’une véritable détresse. En sexologie, ce n’est pas seulement la présence d’un symptôme qui compte, mais aussi son retentissement sur la qualité de vie. Une baisse de libido liée à une période de stress intense ne sera pas nécessairement considérée comme un trouble. En revanche, lorsqu’une difficulté persiste dans le temps et devient une source de souffrance, elle mérite d’être prise en compte.

Les troubles de l’érection, un symptôme parfois révélateur

Chez les hommes, les troubles de l’érection figurent parmi les dysfonctions sexuelles les plus fréquentes. Selon l’Association française d’urologie, leur fréquence augmente avec l’âge, mais ils peuvent également toucher des hommes plus jeunes. Le tabac, l’obésité, le diabète, l’hypertension artérielle ou encore le stress sont des facteurs de risque bien identifiés.

Les médecins rappellent d’ailleurs qu’un trouble de l’érection persistant ne doit jamais être banalisé. Dans certains cas, il peut constituer un signe précoce de maladie cardiovasculaire. Les petites artères du pénis étant particulièrement sensibles, elles peuvent être affectées avant celles du cœur. Ainsi, consulter pour une difficulté sexuelle peut parfois permettre de détecter un problème de santé plus global.

Pour l’OMS, la santé sexuelle ne se résume pas à l’absence de maladie ou de problème au lit. Elle fait partie intégrante de la santé globale et contribue au bien-être physique, psychologique, émotionnel et relationnel. Les résultats de l’enquête CSF-2023 le rappellent avec force. Derrière les statistiques se cachent des réalités très concrètes : une baisse de confiance en soi, des tensions dans le couple, une souffrance psychologique, voire un repli sur soi. Ils peuvent avoir des répercussions sur de nombreux aspects de la vie quotidienne :

  • l’estime de soi ;
  • la santé mentale ;
  • la qualité des relations amoureuses ;
  • le bien-être général ;
  • la qualité de vie.

Pourtant, beaucoup de personnes hésitent encore à en parler à leur médecin. Par gêne, par pudeur ou parce qu’elles pensent, à tort, que ces difficultés sont une fatalité liée à l’âge ou au stress. Or, des solutions existent dans de nombreux cas. Selon l’origine du trouble, la prise en charge peut associer un accompagnement psychologique, une sexothérapie, un traitement médical, une rééducation périnéale ou encore le traitement d’une maladie sous-jacente.

Si la parole autour de la sexualité s’est progressivement libérée ces dernières décennies, certains sujets restent encore dans l’ombre. Les dysfonctions sexuelles en font partie. Pourtant, l’enquête CSF-2023 montre qu’elles concernent plusieurs millions de Français. Loin d’être anodines, elles peuvent parfois être le premier signal d’un problème de santé plus large, comme une maladie cardiovasculaire, un trouble hormonal ou une souffrance psychologique. Une raison de plus pour ne pas les minimiser.

À SAVOIR 

Le premier symptôme d’une maladie cardiovasculaire peut parfois se manifester dans la chambre à coucher. Selon l’Association française d’urologie et la Société européenne de cardiologie, les troubles de l’érection peuvent apparaître plusieurs années avant un infarctus ou un accident vasculaire cérébral. Les artères du pénis étant plus fines que celles du cœur, elles peuvent être touchées plus tôt par les maladies cardiovasculaires. 

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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