Un homme qui souffre de douleurs chroniques et qui prend régulièrement du tramadol pour la calmer ; sans connaître le danger de cet opioïde.
Le tramadol n’est pas un “mauvais médicament”, mais il n’est plus le traitement anodin qu’on croyait. © Freepik

C’est l’un des médicaments antidouleurs les plus utilisés en France. Pourtant, le tramadol fait désormais l’objet de sérieuses mises en garde. Accusé d’être peu efficace et parfois dangereux, il est aujourd’hui surveillé de près par les autorités de santé. Addiction, convulsions, interactions, troubles cardiaques : que sait-on vraiment des dangers du tramadol ?

Le tramadol appartient à la famille des opioïdes dits « de palier II », des intermédiaires entre les antalgiques simples (comme le paracétamol) et les morphiniques puissants. C’est un médicament souvent prescrit pour des douleurs modérées à intenses, après échec des traitements classiques. 

Il agit à la fois sur les récepteurs opioïdes et sur la sérotonine et la noradrénaline, deux neurotransmetteurs impliqués dans la régulation de la douleur et de l’humeur. Ce double mécanisme explique pourquoi le tramadol a longtemps été perçu comme “plus doux” que la morphine. Mais c’est aussi cette complexité qui en fait un médicament à risque.

Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), environ 6 millions de Français ont déjà reçu une prescription de tramadol, souvent sous forme de Topalgic®, Ixprim® ou Contramal®. Depuis quelques années, son utilisation soulève de nombreuses alertes, notamment en addictovigilance.

Tramadol : une efficacité de plus en plus contestée

Le tramadol serait moins efficace qu’on ne le pensait. Les études récentes sont unanimes. Si le médicament soulage certaines douleurs aiguës, son efficacité dans les douleurs chroniques reste très limitée.

Une revue Cochrane de référence, publiée en 2019, a analysé les essais cliniques disponibles. Résultat, la réduction de la douleur obtenue avec le tramadol est souvent faible, parfois inférieure au seuil minimal jugé cliniquement utile. En clair, certains patients ne ressentent qu’une amélioration marginale, tout en étant exposés aux effets indésirables.

Le British Medical Journal a confirmé ces observations en 2023. Les auteurs concluent que les bénéfices du tramadol sont “modestes”, et que “le rapport bénéfice/risque mérite d’être reconsidéré”. En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) reconnaît son intérêt dans des situations spécifiques, mais souligne la nécessité d’une prescription courte et bien évaluée. Le tramadol ne doit ainsi plus être considéré comme un traitement de première intention.

Le vrai danger du tramadol : la dépendance

Le Centre d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance (CEIP-A) observe depuis 2017 une explosion des signalements liés à un mésusage du tramadol. Certains patients continuent à en prendre alors que la douleur a disparu, d’autres augmentent les doses pour “tenir”, sans s’en rendre compte.

Une enquête de l’Observatoire français des médicaments antalgiques (OFMA), menée avec la Fondation Analgesia, a montré que près d’un patient sur deux ayant pris du tramadol avait du mal à arrêter. Un quart reconnaissait l’avoir utilisé pour d’autres raisons que la douleur. Pour se détendre, dormir ou calmer l’anxiété.

Le problème, c’est que le syndrome de sevrage peut survenir même après un usage court : agitation, insomnie, sueurs, tremblements, anxiété… Autant de symptômes qui encouragent à reprendre le médicament. L’ANSM parle clairement de risque d’addiction, comparable à celui des opioïdes forts.

C’est pour cette raison qu’en avril 2020, la France a restreint la durée maximale de prescription à 12 semaines. Depuis, les boîtes contiennent moins de comprimés et les ordonnances doivent être sécurisées, comme pour les médicaments à risque de dépendance.

Danger du tramadol : les effets secondaires parfois graves

Les effets indésirables du tramadol ne se limitent pas à la dépendance. Le médicament peut provoquer nausées, vertiges, somnolence, constipation, mais aussi des troubles neurologiques sérieux.

Le plus redouté est le syndrome sérotoninergique, une réaction rare mais potentiellement grave, qui survient lorsque le tramadol est associé à d’autres médicaments agissant sur la sérotonine (comme certains antidépresseurs ou triptans). Il se manifeste par de la fièvre, des tremblements, des sueurs, une agitation et parfois un coma.

Le tramadol peut aussi provoquer des convulsions, surtout en cas de surdosage ou chez les personnes souffrant d’épilepsie. Ces risques sont clairement mentionnés dans les résumés des caractéristiques du produit (RCP) publiés par l’ANSM. Chez les personnes âgées, d’autres effets indésirables sont à surveiller : confusion, hypoglycémie, troubles du rythme cardiaque.

Enfin, certaines études observationnelles récentes, notamment coréennes, suggèrent un lien possible entre usage prolongé de tramadol et augmentation du risque de démence. Ces résultats ne prouvent pas une causalité, mais ils alertent sur les conséquences potentielles d’une exposition prolongée.

Face à la hausse des cas de dépendance, la France a été l’un des premiers pays européens à renforcer l’encadrement du tramadol.

Depuis 2020 :

  • Durée maximale de prescription limitée à 12 semaines.
  • Boîtes plus petites pour éviter les traitements prolongés.
  • Ordonnance sécurisée obligatoire, afin de limiter les prescriptions multiples.
  • Surveillance renforcée via les centres d’addictovigilance régionaux (CEIP-A).

Ces mesures ont permis une baisse des prescriptions de plus de 20 % en cinq ans, selon l’ANSM. Mais les signalements d’usage détourné restent fréquents, notamment chez les 30–50 ans. L’objectif n’est pas d’interdire le tramadol, mais de mieux l’utiliser, pour éviter qu’un médicament utile à court terme ne devienne un problème à long terme.

Non, mais il faut être vigilant. Le tramadol peut être efficace pour soulager des douleurs intenses sur une courte période. Par exemple après une opération, un traumatisme ou un épisode aigu. Mais au-delà de quelques semaines, les bénéfices s’amenuisent, tandis que les risques (dépendance, effets secondaires, interactions) augmentent.

Les autorités sanitaires recommandent aujourd’hui une règle simple : le moins longtemps possible, à la plus faible dose efficace, sous surveillance médicale.

Si vous prenez du tramadol, ne l’arrêtez jamais brutalement et n’augmentez pas les doses sans avis médical. En cas d’effets indésirables ou de doute sur une dépendance, parlez-en à votre médecin ou à un centre d’addictovigilance.

À SAVOIR

Depuis le 1ᵉʳ mars 2025, toute prescription de tramadol, mais aussi de codéine ou de dihydrocodéine, doit être faite sur ordonnance sécurisée en France. Ce document officiel, imprimé sur papier filigrané numéroté, vise à prévenir les falsifications et à mieux encadrer la délivrance de ces antalgiques à risque.

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentCancer et dépression réactionnelle : une double peine silencieuse qui mine les malades
Article suivantL’IA comme psy : peut-on devenir dépendant de l’intelligence artificielle ?
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici