Une femme atteinte de TCA qui a du mal à manger
Les troubles de la conduite alimentaire (TCA) sont un terme large qui regroupe plusieurs maladies. © Adobe Stock

La semaine de sensibilisation aux troubles des conduites alimentaires (TCA) a permis d’informer et d’éduquer sur des maladies telles que l’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie boulimique. Les TCA touchent des millions de personnes dans le monde, avec une augmentation notable depuis la crise du Covid. Les facteurs déclencheurs peuvent être variés, incluant des éléments génétiques et environnementaux. Comment reconnaître les signaux d’alerte ?  Quels en sont les déclencheurs ? Le point sur l’émergence des TCA avec le Dr Diane Morfin, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent aux Hospices Civils de Lyon sur le plateau  de l’émission Votre Santé (BFM Lyon).

La semaine de sensibilisation aux troubles des conduites alimentaires (TCA) a permis d’informer, éduquer et soutenir ceux qui en sont affectés. Les TCA, souvent entourés de malentendus et de stigmatisation, touchent environ 70 millions de personnes à travers le monde, indépendamment de l’âge, du sexe ou de l’origine. 

En France, on estime qu’environ 600 000 à 900 000 personnes sont concernées par l’anorexie mentale, tandis que la boulimie affecte près de 2 % de la population générale. Cette campagne de sensibilisation vise à briser les tabous et à encourager un dialogue ouvert sur ces maladies complexes. Le Dr Diane Morfin, psychiatre en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent aux Hospices Civils de Lyon nous éclaire sur ces troubles sur le plateau de l’émission Votre Santé (BFM Lyon).

Les troubles des conduites alimentaires (TCA) sont un terme large qui regroupe plusieurs maladies. Les trois principales sont l’anorexie mentale, que l’on connaît tous plus ou moins. C’est le fait de restreindre son alimentation, exercer un contrôle, menant ainsi à une perte de poids.

Un autre TCA relativement connu est la boulimie (ou boulimie nerveuse). On parle là de crise de boulimie, c’est le fait de manger énormément et ce n’est pas de la gourmandise ! Ce sont des aliments qu’on ne choisit pas, consommés sans plaisir et de manière très rapide. Ceux qui souffrent de cette boulimie tentent de ne pas prendre de poids en vomissant après le repas ou en pratiquant du sport à haute dose par exemple.

Enfin, le dernier TCA est l’hyperphagie boulimique. C’est le même principe que la boulimie, c’est-à-dire qu’il y a des crises avec de grandes quantités d’aliments consommés avec une perte de contrôle, mais il n’y a pas ces mécanismes de compensation derrière. Cette TCA engendre ainsi une prise de poids.

Quel est le trouble le plus fréquent ?

Les troubles cités sont les troubles typiques, mais les plus fréquents sont plutôt les troubles atypiques. L’anorexie mentale caractéristique avec une grande dénutrition est assez rare. On connaît moins l’hyperphagie boulimique avec ses crises sans compensation. Pourtant, cela figure parmi les troubles typiques les plus fréquents.

Et puis, il y a toutes les formes atypiques, c’est-à-dire une anorexie mentale où on perd beaucoup de poids sans finir dans une zone apparente de dénutrition. Dans ce cas-là, on parle d’anorexie mentale atypique. Les TCA atypiques sont les troubles les plus fréquents, ceux qu’on ne voit pas.

Dans votre service, constatez-vous une augmentation des TCA ?

Oui. Depuis la crise du Covid, on a constaté une nette augmentation des TCA causée par cette vague d’anxiété, de mal-être et de recherche de reprise de contrôle.

On dit qu’il y a des profils types, mais en fait ça concerne tout le monde. Ça touche principalement les femmes, mais les hommes en souffrent aussi. L’émergence de l’anorexie mentale arrive plutôt autour de 15 ans. On dit que c’est le “pic de fréquence”, mais ça peut arriver avant la puberté ou à l’âge adulte. Pour le cas de la boulimie hyperphagique, ce sont beaucoup d’adultes qui sont touchés.

Est-ce que les réseaux peuvent jouer un rôle dans l’émergence de ces troubles ?

Il a été étudié que les réseaux sociaux ont une influence sur l’insatisfaction corporelle, l’image de soi, facteur qui prédispose à entrer dans les troubles alimentaires. Les jeunes, durant la crise du Covid, ont été plus confrontés aux réseaux sociaux. Ils ont eu l’envie de reprendre le contrôle sur leur alimentation et leurs activités physiques, ce qui a été propice à l’émergence de TCA.

Quels sont les signaux d’alerte et les symptômes des TCA ?

Tous les mouvements de poids anormaux des enfants et des adolescents doivent alerter. Un enfant qui ne prend pas de poids durant la croissance est inquiétant. Un enfant qui perd du poids ou prend du poids rapidement est aussi un signal d’alerte. Mais je dirais que les premiers symptômes se trouvent dans le changement du rapport à l’alimentation. Devenir plus rigide, plus obsédé par la nourriture, le corps ou la pratique excessive de sport sont des symptômes qui doivent pousser à consulter sans même attendre qu’il y ait un impact sur le poids.

Y a-t-il des déclencheurs ou des facteurs déclencheurs dans le développement des TCA ?

Il y a des facteurs déclencheurs, parfois insignifiants comme une remarque, plus souvent liés à un traumatisme ou un événement de vie douloureux. La plupart du temps, ce sont des troubles multifactoriels. Ce n’est pas un seul facteur qui déclenche tout le trouble.

On a aussi observé que certains facteurs génétiques étaient en cause. Depuis 2020, on connaît huit gènes qui sont associés à un sur-risque de développer des troubles alimentaires. Il y a donc une vraie héritabilité.

Quels sont les moyens pour s’en sortir ? Existent-ils des traitements ou un suivi psychologique ?

On peut toujours espérer une guérison, une rémission et un rétablissement, même pour des troubles installés depuis longtemps !

En ce qui concerne les soins, il est très important de s’entourer de plusieurs personnes. Il y a des soins nutritionnels qui doivent être coordonnés avec des soins psychologiques. Attention, il ne faut pas non plus oublier les aspects familiaux. Plutôt que de chercher dans la famille les causes du trouble alimentaire, mieux vaut exploiter les ressources de la famille pour les mettre au profit de la guérison.

Y a-t-il des risques de rechute ?

Évidemment, ça existe. Il y a même des équipes qui disent que cela fait partie de la trajectoire de guérison. Donc, il y a des risques de rechute. On conseille donc de continuer la psychothérapie plusieurs années après la restauration du poids.

Retrouvez ici le Replay de l’émission Votre Santé du 04 juin 2024.

À SAVOIR

Les troubles des conduites alimentaires (TCA) affectent non seulement l’esprit, mais aussi le corps de manière significative. Par exemple, dans le cas de l’anorexie mentale, le corps peut réagir en développant une croissance fine de duvet appelée lanugo sur le visage et le corps dans le but de maintenir la chaleur corporelle, car le corps perçoit une famine.

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