Une femme végétarienne, heureuse de protéger sa santé grâce à son alimentation.
Environ 11 % de la population mondiale ne consommait pas de viande en 2022, dont 6,4 % végétariens et 4 % végans. © Freepik

Moins de viande, moins de risques ? Une étude internationale vient de jeter un pavé dans la mare… ou plutôt dans l’assiette ! Le végétarisme n’est pas qu’un choix éthique ou environnemental mais pourrait aussi réduire le risque de plusieurs cancers majeurs. On vous explique. 

En France, les habitudes alimentaires sont en pleine mue. Depuis quelques années, nos assiettes se végétalisent à un rythme régulier, porté par une prise de conscience qui déborde largement le simple plaisir gustatif. 

Les enjeux environnementaux, les considérations éthiques sur le bien-être animal, mais aussi le désir croissant de “mieux manger” contribuent à redessiner notre rapport à la viande. Selon Santé publique France (2022), 2 à 3 % des adultes se déclarent aujourd’hui végétariens et près d’un Français sur cinq adopte un mode de vie flexitarien, réduisant volontairement sa consommation de viande. 

Parallèlement, un autre constat, bien moins réjouissant celui-là, continue de peser sur la santé publique. Le cancer reste la première cause de mortalité dans le pays, avec près de 400 000 nouveaux cas en 2023, selon l’Institut national du cancer. Une réalité qui renforce l’intérêt pour les stratégies de prévention, particulièrement celles qui concernent notre alimentation. Car si l’on ne contrôle pas tout, nous gardons, chaque jour, un certain pouvoir dans notre assiette.

C’est précisément dans cette convergence entre nouvelles habitudes alimentaires et enjeux de santé que s’inscrit une vaste étude publiée en janvier 2025 dans le British Journal of Cancer. Elle avance l’idée qu’adopter un régime végétarien pourrait être associé à une baisse du risque pour plusieurs cancers majeurs. 

Pour lever le voile, les chercheurs d’Oxford Population Health ont épluché les données de plus de 1,8 million de personnes suivies pendant seize ans en moyenne, au sein de vingt grandes cohortes réparties en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Les participants, classés selon leurs habitudes alimentaires (omnivores, flexitariens, pescétariens ou végétariens) ont permis d’évaluer l’impact réel de ces régimes sur l’apparition de vingt types de cancers. 

Le cancer du pancréas

Le cancer du pancréas, l’un des plus agressifs avec un taux de survie à cinq ans limité à 12 % selon l’Institut national du cancer, apparaît environ 20 % moins fréquent chez les végétariens.

Les chercheurs avancent plusieurs pistes : 

  • une moindre exposition aux composés cancérogènes produits lors des cuissons fortes de la viande, 
  • une alimentation plus riche en fibres et en antioxydants, 
  • un poids corporel plus stable chez les végétariens. 

Autant de facteurs qui, mis bout à bout, pourraient offrir au pancréas un terrain métabolique moins propice aux dérives cellulaires.

Le cancer du rein

La baisse d’environ 28 % du risque de cancer du rein observée chez les végétariens s’inscrit dans une continuité scientifique bien documentée. Ce cancer est en effet associé, entre autres, à l’hypertension, au surpoids et à la consommation excessive de viande rouge et charcuterie, des facteurs que le régime végétarien tend naturellement à diminuer. 

L’étude confirme ainsi ce que plusieurs travaux antérieurs suggéraient : l’alimentation joue un rôle non négligeable dans la dynamique de ce cancer, et la réduction des produits carnés pourrait faire partie des leviers de prévention.

Le cancer de la prostate

La réduction d’environ 10 à 12 % du risque de cancer de la prostate observée chez les végétariens s’inscrit dans la continuité des résultats de la grande étude européenne EPIC, qui met en évidence depuis plusieurs années une association entre forte consommation de végétaux et moindre incidence de ce cancer.

Plusieurs mécanismes sont envisagés. D’abord, une alimentation riche en polyphénols et en caroténoïdes, deux familles de composés reconnus pour leurs effets protecteurs, mais aussi un apport moindre en graisses saturées, dont le rôle est régulièrement étudié dans l’évolution des cancers hormonodépendants.

Le cancer du sein (post-ménopause)

Du côté du cancer du sein, la baisse d’environ 9 % observée chez les femmes végétariennes après la ménopause apparaît, elle aussi, en ligne avec les connaissances actuelles. Les chercheurs rappellent qu’un IMC plus bas, fréquent chez les végétariennes, constitue un facteur protecteur reconnu par l’OMS (2023). 

L’impact potentiel d’une consommation accrue de fibres, qui favorise une meilleure régulation hormonale, est également avancé. Sans prétendre à la causalité, l’étude dessine ici une cohérence biologique convaincante.

Le myélome multiple

Le myélome multiple, cancer rare de la moelle osseuse, apparaît environ 30 % moins fréquent chez les végétariens. Ce résultat intrigue particulièrement les chercheurs car les facteurs alimentaires de cette maladie sont encore mal compris. 

Le rôle possible du poids, de l’inflammation chronique ou de certains marqueurs métaboliques est évoqué, mais la prudence reste de mise. Reste que cette association, solide malgré la rareté de ce cancer, mérite d’être explorée plus en détail dans de futures recherches.

Poids : un IMC plus stable

Les végétariens présentent statistiquement un IMC plus bas, logique puisque leur alimentation riche en légumes, fruits, légumineuses et céréales complètes apporte beaucoup de fibres et de volume pour relativement peu de calories, ce qui favorise la satiété. À l’inverse, les régimes plus carnés ont tendance à intégrer davantage d’aliments gras ou ultra-transformés, souvent plus énergétiques.

Cette différence de poids n’est pas un détail. Comme le surpoids favorise de nombreux cancers, ce seul paramètre peut expliquer une part de la protection observée.

Régime végétarien : plusieurs effets protecteurs

Le régime végétarien ne se distingue pas seulement par ce qu’il retire, mais aussi par ce qu’il apporte. Et c’est précisément la combinaison des deux qui semble jouer en faveur d’un effet protecteur.

  • Moins de charcuterie : classée cancérogène avéré par le CIRC (2015), ces produits transformés riches en nitrites génèrent des composés N-nitrosés impliqués dans le cancer colorectal. Leur faible présence dans l’alimentation végétarienne réduit cette exposition.
  • Moins de viande rouge : classée probablement cancérogène, la viande rouge apporte du fer héminique et produit, à haute température, des substances pro-inflammatoires. Sa limitation diminue l’un des facteurs alimentaires les plus étudiés dans les cancers digestifs.
  • Plus de fibres : reconnues par l’ANSES (2021) pour leur rôle protecteur, elles entretiennent le microbiote, accélèrent le transit et réduisent l’inflammation intestinale. Les régimes végétariens en sont naturellement riches.
  • Plus d’antioxydants végétaux (vitamine C, polyphénols) : ils neutralisent les radicaux libres et protègent l’ADN des lésions oxydatives, contribuant à limiter les dérives cellulaires.
  • Moins de surpoids : identifié par l’OMS comme un facteur de risque pour douze cancers, les aliments végétaux, plus denses en fibres et moins caloriques, favorisent un poids corporel plus stable et réduisent l’inflammation liée à l’excès de masse grasse.

En creux comme en plein, l’assiette végétale cumule donc des facteurs favorables. Moins d’aliments reconnus comme risqués, plus de nutriments protecteurs et une meilleure régulation du poids. 

Un risque plus élevé de cancer de l’œsophage

Chez les végétariens, le carcinome épidermoïde de l’œsophage apparaît plus fréquent, avec un risque presque doublé. Un résultat inattendu, que les chercheurs manipulent avec prudence. Ils avancent plusieurs explications possibles, sans privilégier l’une d’elles :

  • des différences de consommation d’alcool ou de tabac entre les groupes, deux facteurs de risque majeurs pour ce cancer ;
  • des apports nutritionnels spécifiques aux régimes très végétalisés, susceptibles d’influer sur la sensibilité de la muqueuse œsophagienne ;
  • une variabilité statistique, ce cancer étant rare et les effectifs concernés plus limités.

Aucune hypothèse ne se détache pour l’instant. Mais ce signal, bien que fragile, mérite d’être suivi de près dans de prochaines études.

Un risque augmenté de cancer colorectal chez les vegans

Dans le sous-groupe des vegans, l’étude observe une hausse d’environ 40 % du risque de cancer colorectal. Un chiffre à manier avec précaution, puisque les vegans n’étaient que 8 800 dans l’échantillon, un effectif trop réduit pour des conclusions définitives.

Les chercheurs évoquent un problème de calcium. Plusieurs travaux, dont une synthèse de l’Institut national du cancer (2022), montrent qu’il contribue à réduire le risque de cancer colorectal. Sans produits laitiers, les vegans doivent impérativement se tourner vers des sources végétales riches ou des aliments enrichis pour en obtenir suffisamment.

L’étude ne suggère donc pas que le véganisme augmente intrinsèquement le risque, mais pointe plutôt vers un sous-groupe qui pourrait être plus exposé faute d’apports nutritionnels adéquats. 

Le rôle de la viande rouge et des charcuteries

Difficile de parler des effets protecteurs du végétarisme sans revenir sur les risques associés à certaines viandes. Depuis 2015, le CIRC classe la charcuterie (jambon industriel, saucisson, bacon) comme cancérogène avéré pour l’humain, notamment pour le cancer colorectal. La viande rouge est, elle, probablement cancérogène.

Plusieurs mécanismes expliquent ces classements :

  • formation de composés N-nitrosés,
  • fer héminique pro-oxydant,
  • amines hétérocycliques issues des cuissons à haute température,
  • excès de sel dans les produits transformés.

Un rappel utile quand on sait que les Français consomment encore 84 kg de viande par personne et par an en moyenne (FranceAgriMer, 2023), bien au-dessus des recommandations de l’ANSES.

Le rôle des fibres

Les fibres, abondantes dans les fruits, légumes, légumineuses ou céréales complètes, constituent l’un des piliers protecteurs de l’alimentation végétale. Elles sont associées :

  • à un transit intestinal plus rapide, limitant le temps de contact entre substances potentiellement nocives et la paroi du côlon ;
  • à un microbiote plus diversifié, dont les métabolites jouent un rôle clé dans la santé digestive ;
  • à une inflammation intestinale réduite, un facteur important dans la prévention des cancers du côlon.

Or, selon l’ANSES, la majorité des Français reste loin des recommandations de 25 à 30 g de fibres par jour, ce qui renforce l’intérêt d’un régime davantage tourné vers le végétal.

Le végétarisme n’est pas une garantie magique : mal planifié, il peut entraîner des carences, notamment en :

Une alimentation végétale équilibrée, variée et enrichie en certaines vitamines (comme la B12 pour les vegans) reste parfaitement compatible avec une santé optimale, mais cela ne s’improvise pas. Les recommandations de l’ANSES et de l’OMS convergent d’ailleurs vers les mêmes principes d’une alimentation protectrice :

  • plus de végétaux,
  • moins de produits transformés,
  • une forte réduction de la charcuterie,
  • une activité physique régulière.

Attention, l’étude ne dicte aucun régime, mais montre clairement qu’une alimentation riche en végétaux est associée à un risque plus faible de plusieurs cancers, même sans exclure totalement la viande.

À SAVOIR 

Selon les repères alimentaires du Programme national nutrition santé (PNNS) et de l’ANSES, il est recommandé de limiter la viande rouge à 500 g par semaine et la charcuterie à environ 150 g par semaine, notamment pour réduire le risque de cancer colorectal.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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