Une gynécologue s’apprête à réaliser un examen gynécologique sur une patiente.
En France, tout examen médical nécessite le consentement libre et éclairé du patient, qui peut le retirer à tout moment. © Magnific

Plus de huit femmes sur dix estiment qu’il est difficile de refuser un examen proposé par un professionnel de santé. C’est le constat alarmant d’une enquête publiée le 18 juin 2026 par l’association Stop VOG. Derrière ce chiffre, une question essentielle émerge : dans le cabinet médical ou en salle d’accouchement, le consentement des patientes est-il toujours réellement libre et éclairé ?

Refuser un examen gynécologique ou obstétrical devrait être un droit évident. Pourtant, pour une majorité de femmes, cela reste difficile à envisager. Selon une enquête nationale publiée le 18 juin 2026 par l’association Stop VOG, plus de huit femmes sur dix estiment qu’il leur serait compliqué de dire non à un examen proposé par un professionnel de santé.

Ce chiffre ne signifie pas que tous les examens sont imposés ni que les droits des patientes sont systématiquement bafoués. Il révèle toutefois un déséquilibre persistant dans la relation de soin, particulièrement marqué dans le domaine de la santé des femmes. Face à la blouse blanche, à la peur d’être jugée, à l’inquiétude liée à un problème de santé ou à la crainte de compromettre sa prise en charge, exprimer un refus n’est pas toujours aussi simple qu’il y paraît.

Consultations gynécologiques, suivi de grossesse, accouchement, parcours de procréation médicalement assistée, fausse couche, interruption volontaire de grossesse… Les soins liés à la santé sexuelle et reproductive impliquent souvent des examens intimes. Dans ce contexte, la notion de consentement prend une dimension particulière. Selon l’enquête de Stop VOG, une large majorité des personnes interrogées disent éprouver des difficultés à exprimer un refus face à un examen proposé par un professionnel de santé. Ce sentiment peut s’expliquer par plusieurs facteurs : 

  • la relation d’autorité inhérente au soin, 
  • le manque d’informations délivrées avant l’examen, 
  • le vocabulaire médical parfois difficile à comprendre,
  • la crainte d’être perçue comme une « mauvaise patiente ».

À cela s’ajoute un contexte émotionnel parfois intense. Une femme enceinte, une personne souffrant de douleurs gynécologiques ou attendant un diagnostic peut se sentir particulièrement vulnérable. Le consentement ne se résume pas à l’absence de refus. Il suppose une information claire, compréhensible et délivrée suffisamment en amont pour permettre une décision réellement libre.

Violences gynécologiques et obstétricales : de quoi parle-t-on exactement ?

Le terme fait encore débat, notamment parmi les professionnels de santé. Pourtant, plusieurs institutions nationales et internationales reconnaissent aujourd’hui la réalité de ces situations. Dans un rapport publié en 2018, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes évoquait des « actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical » et appelait à mieux reconnaître ces violences longtemps restées invisibles. Le Conseil de l’Europe, dans sa résolution de 2019 sur les violences obstétricales et gynécologiques, définit ces situations comme des actes inappropriés ou non consentis, mais aussi comme des comportements infantilisants, humiliants ou discriminatoires. Concrètement, ces violences peuvent prendre différentes formes :

  • des examens réalisés sans explications suffisantes ;
  • des gestes effectués sans recueillir le consentement explicite de la patiente ;
  • des douleurs minimisées ou ignorées ;
  • des propos culpabilisants, sexistes ou infantilisants ;
  • un manque de prise en compte des souhaits et des choix exprimés par la patiente.

Il ne s’agit pas nécessairement d’actes intentionnels. Les associations et les experts soulignent que ces situations peuvent aussi découler d’habitudes professionnelles anciennes, de contraintes organisationnelles ou d’une culture médicale historiquement marquée par le paternalisme. Autrement dit, le problème dépasse les comportements individuels.

Violences : le consentement aux soins est pourtant inscrit dans la loi

En France, le droit est clair. Depuis la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades, dite « loi Kouchner », aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne. L’article L.1111-4 du Code de la santé publique précise que ce consentement peut être retiré à tout moment. Concrètement, chaque patient a le droit :

  • d’obtenir une information loyale, claire et adaptée ;
  • de poser des questions ;
  • d’accepter ou de refuser un examen ;
  • de demander un délai de réflexion ;
  • de retirer son consentement, y compris pendant l’examen.

Ce principe s’applique à tous les soins, qu’il s’agisse d’un toucher vaginal, de la pose d’un stérilet, d’une échographie, d’une épisiotomie ou d’une césarienne, sauf en cas d’urgence vitale. Dans les faits, cependant, l’exercice de ce droit reste parfois complexe. « Est-ce que j’ai vraiment le choix ? » Cette question revient régulièrement dans les témoignages recueillis par les associations. Lorsque le professionnel de santé apparaît comme le détenteur exclusif du savoir médical, certaines patientes peuvent hésiter à exprimer leurs doutes ou leurs limites.

Une relation de soin encore marquée par un déséquilibre

Le rapport du Haut Conseil à l’Égalité soulignait déjà en 2018 l’existence d’une relation asymétrique entre soignant et soignée. D’un côté, une personne qui possède les connaissances médicales et détient un pouvoir décisionnel important. De l’autre, une patiente souvent en situation de vulnérabilité physique ou émotionnelle. Cette asymétrie est particulièrement forte lors des examens gynécologiques et obstétricaux, qui touchent à l’intimité du corps.

Le stress, la douleur, la peur d’un diagnostic ou l’inquiétude pour son bébé peuvent réduire la capacité à exprimer un désaccord. Certaines femmes expliquent également avoir intégré l’idée qu’il fallait « faire confiance » sans poser de questions, ou que leur inconfort était secondaire face aux impératifs médicaux. Pour les spécialistes de l’éthique médicale, l’enjeu consiste précisément à transformer cette relation pour en faire un véritable partenariat. L’objectif n’est pas d’opposer patientes et soignants, mais de construire une décision partagée.

Ces dernières années, la question des violences gynécologiques et obstétricales a progressivement gagné en visibilité. Les formations des étudiants en santé intègrent davantage les notions de consentement, de communication et de bientraitance. La Haute Autorité de santé recommande notamment de renforcer l’information des patients et la prise de décision partagée tout au long du parcours de soins. De nombreuses maternités développent désormais des démarches centrées sur l’expérience des patientes, avec des projets de naissance mieux pris en compte et une attention renforcée portée au respect du consentement.

Les associations de patientes, les sages-femmes, les gynécologues et les représentants des usagers participent eux aussi à cette évolution des pratiques. Le chemin reste toutefois long. Car au-delà des protocoles et des textes de loi, le consentement repose avant tout sur une question simple : chaque patiente se sent-elle réellement libre de dire oui, mais aussi de dire non ? L’enquête publiée par Stop VOG montre que, pour une majorité de femmes, la réponse est encore loin d’être évidente. Et c’est précisément ce constat qui invite aujourd’hui à repenser la relation de soin, non pas contre les professionnels de santé, mais avec eux.

Ces dernières années, la question des violences gynécologiques et obstétricales a progressivement gagné en visibilité. Les formations des étudiants en santé intègrent davantage les notions de consentement, de communication et de bientraitance. La Haute Autorité de santé recommande notamment de renforcer l’information des patients et la prise de décision partagée tout au long du parcours de soins. De nombreuses maternités développent désormais des démarches centrées sur l’expérience des patientes, avec des projets de naissance mieux pris en compte et une attention renforcée portée au respect du consentement.

Les associations de patientes, les sages-femmes, les gynécologues et les représentants des usagers participent eux aussi à cette évolution des pratiques. Le chemin reste toutefois long. Car au-delà des protocoles et des textes de loi, le consentement repose avant tout sur une question simple : chaque patiente se sent-elle réellement libre de dire oui, mais aussi de dire non ? L’enquête publiée par Stop VOG montre que, pour une majorité de femmes, la réponse est encore loin d’être évidente. Et c’est précisément ce constat qui invite aujourd’hui à repenser la relation de soin, non pas contre les professionnels de santé, mais avec eux.

À SAVOIR

Mieux informés sur leur santé, les Français ne connaissent pas toujours leurs droits. Selon France Assos Santé, de nombreux patients ignorent encore qu’ils peuvent refuser ou interrompre un traitement. Une preuve que le consentement dépend autant de l’information reçue que de la qualité de la relation avec les soignants.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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