C’est chaud entre les groupements hospitaliers et leur ministère de tutelle ! À peine un mois après l’épisode de chaleur exceptionnel qui a frappé la France fin juin, le gouvernement assure avoir rempli, et même dépassé, son engagement. Mais les directions de nombreux centres hospitaliers et d’Ehpad continuent de tirer la sonnette d’alarme.
Pour rappel, jeudi 30 juillet, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé que 33 000 climatiseurs mobiles d’appoint avaient été livrés dans les hôpitaux et les Ehpad, alors que l’objectif initial était fixé à 30 000 appareils. Une opération de grande envergure inscrite dans le plan d’urgence lancé pendant la canicule.
Le 25 juin, face à la saturation progressive de nombreux établissements de santé, le ministère avait activé la phase 3 du plan ORSAN EPI CLIM. Un dispositif qui organise la réponse du système de santé en période de fortes chaleurs. Dans plusieurs départements, les préfets avaient également déclenché le plan ORSEC, qui coordonne l’ensemble des moyens de secours et de protection de la population.
Une enveloppe exceptionnelle de 100 millions d’euros avait enfin été débloquée pour financer des équipements de rafraîchissement dans les hôpitaux. L’idée était d’agir vite, sans attendre les lourds chantiers de rénovation qui demanderont encore plusieurs années avant de transformer durablement les établissements.
Une mesure d’urgence face à des bâtiments qui surchauffent
Ces 33 000 appareils ne transformeront pas les hôpitaux en établissements entièrement climatisés. Il s’agit de climatiseurs mobiles d’appoint, que les équipes peuvent déplacer d’une chambre à l’autre ou installer temporairement dans les services les plus exposés à la chaleur. Une solution qui peut sembler modeste, mais qui est loin d’être anodine lorsque le mercure s’emballe. Car une chambre surchauffée n’est pas seulement inconfortable.
Selon Santé publique France, les fortes chaleurs augmentent le risque de déshydratation, de coup de chaleur et d’aggravation de nombreuses maladies chroniques, notamment chez les personnes âgées, les patients hospitalisés ou ceux atteints de maladies cardiovasculaires ou respiratoires. Les soignants ne sont pas épargnés. Travailler plusieurs heures dans des services où la température dépasse parfois les 30 °C épuise les équipes, complique certains gestes techniques et rend les conditions de prise en charge plus difficiles.
Canicule : une réponse d’urgence, mais après ?
Pourquoi les hôpitaux sont-ils aussi vulnérables à la chaleur ?
Si les climatiseurs mobiles répondent à une urgence, ils mettent surtout en lumière un problème plus ancien : une grande partie du parc hospitalier français n’a tout simplement pas été conçue pour affronter des canicules à répétition. Beaucoup de bâtiments datent des années 1960 à 1990, une période où les épisodes de chaleur extrême étaient plus rares. Les priorités étaient alors d’apporter de la lumière naturelle, de limiter les pertes de chaleur en hiver ou d’agrandir les capacités d’accueil, bien davantage que de protéger les bâtiments contre des températures dépassant régulièrement les 35 °C.
Aujourd’hui, de nombreuses façades vitrées se transforment en véritables serres, les toitures emmagasinent la chaleur toute la journée et certains locaux restent étouffants jusque tard dans la nuit. Dans la plupart des établissements, seuls certains secteurs très techniques, comme les blocs opératoires, les services de réanimation, les laboratoires ou les pharmacies, sont équipés d’une climatisation fixe, pour des raisons réglementaires ou liées à la conservation des médicaments. Les chambres d’hospitalisation classiques, les couloirs ou les bureaux administratifs en sont souvent dépourvus.
Cette situation devient de plus en plus problématique. Les patients passent parfois plusieurs jours dans des chambres où la température dépasse largement les seuils recommandés, tandis que les soignants travaillent dans des locaux qui se réchauffent au fil des heures. Or, selon Météo-France, les vagues de chaleur sont désormais plus fréquentes, plus longues et plus intenses sous l’effet du changement climatique.
Une rustine face à un problème beaucoup plus vaste ?
L’annonce des 33 000 appareils n’a pas convaincu tout le monde, notamment dans le monde hospitalier. Depuis plusieurs semaines, des représentants des hôpitaux et plusieurs organisations professionnelles rappellent que ces climatiseurs mobiles répondent à une urgence immédiate, mais qu’ils ne constituent pas une véritable adaptation des établissements aux nouvelles réalités climatiques.
La Fédération hospitalière de France alertait récemment sur le fait que les hôpitaux français restent, pour beaucoup, structurellement inadaptés aux canicules à répétition. Les professionnels évoquent des bâtiments anciens, des chambres qui se transforment en véritables “bouilloires” l’après-midi, des locaux difficiles à rafraîchir et des travaux de rénovation thermique qui demanderaient des investissements bien plus importants.
Certains établissements ont également signalé des difficultés très concrètes lors des premières livraisons : incompatibilité de certains appareils avec les installations électriques existantes, contraintes de sécurité incendie ou encore nécessité d’adapter l’installation avant leur mise en service.
Les Ehpad également concernés
Les maisons de retraite médicalisées figurent parmi les établissements les plus exposés. Les personnes âgées régulent moins efficacement leur température corporelle, ressentent parfois moins la sensation de soif et présentent souvent plusieurs maladies chroniques qui augmentent leur vulnérabilité aux fortes chaleurs.
L’installation d’équipements de rafraîchissement dans les Ehpad ne date pas de cette année. Après la canicule meurtrière de 2003, la réglementation a progressivement imposé aux établissements de prévoir au minimum un espace rafraîchi accessible aux résidents en cas de fortes chaleurs. Mais disposer d’une salle climatisée ne signifie pas que l’ensemble du bâtiment l’est. Dans de nombreux Ehpad, les chambres restent encore difficiles à maintenir à une température acceptable lors des épisodes les plus intenses.
Adapter les bâtiments plutôt que courir après les canicules
L’enjeu dépasse désormais la gestion de l’été 2026. Le gouvernement a annoncé une enveloppe de 700 millions d’euros destinée à accompagner, sur plusieurs années, l’adaptation des établissements de santé et des Ehpad aux effets du changement climatique. L’objectif est cette fois d’investir dans des solutions plus durables : rénovation thermique des bâtiments, amélioration de l’isolation, protections solaires, végétalisation, systèmes fixes de rafraîchissement ou encore réaménagement des espaces.
Car les spécialistes sont unanimes : multiplier les climatiseurs mobiles ne suffira pas si les bâtiments continuent d’accumuler la chaleur. L’enjeu est désormais de concevoir des établissements capables de rester supportables même lorsque les températures extérieures dépassent durablement les 35 ou 40 °C.
Les 33 000 climatiseurs livrés cet été devraient donc apporter un soulagement immédiat dans de nombreux services. Mais ils rappellent aussi une réalité devenue difficile à ignorer : les canicules ne sont plus des événements exceptionnels. Elles obligent désormais le système de santé à se transformer durablement pour continuer à protéger ceux qui y sont soignés… comme ceux qui y travaillent.
À SAVOIR
La climatisation n’est pas recommandée en dessous de 26 °C. Lors d’une canicule, il n’est pas conseillé de transformer une chambre en “frigo”. L’Ademe recommande de régler la climatisation autour de 26 °C, avec un écart maximal de 5 à 7 °C par rapport à la température extérieure. Une température plus basse augmente la consommation d’énergie et peut favoriser les chocs thermiques lors des allers-retours entre l’intérieur et l’extérieur.




