Une femme souffrant d’apnée du sommeil prend un nouveau comprimé expérimental destiné à réduire ses symptômes nocturnes.
L’apnée obstructive du sommeil touche davantage les hommes que les femmes. © Magnific

Dévoilés le 18 mai 2026 par la biotech américaine Apnimed, les résultats d’un vaste essai clinique de phase 3 relancent l’espoir d’un traitement beaucoup plus simple contre l’apnée obstructive du sommeil. Grâce à un comprimé pris le soir, certains patients ont vu leurs apnées nocturnes fortement diminuer, et près d’un quart d’entre eux ont même retrouvé des paramètres respiratoires redevenus normaux. Explications. 

Ronflements assourdissants, fatigue permanente, réveils en sursaut, somnolence au volant… L’apnée obstructive du sommeil est loin d’être un simple problème de ronflement. Cette maladie chronique provoque des arrêts répétés de la respiration pendant la nuit, parfois plusieurs dizaines de fois par heure.

Selon l’Inserm, l’apnée du sommeil concernerait plusieurs millions de personnes en France, avec un nombre important de patients encore non diagnostiqués. À long terme, ces pauses respiratoires répétées augmentent le risque d’hypertension artérielle, d’infarctus, d’AVC, de diabète de type 2 ou encore d’accidents liés à la somnolence.

Aujourd’hui, le traitement de référence reste la PPC, la pression positive continue. Concrètement, il s’agit du célèbre masque branché à une machine qui envoie de l’air sous pression pendant le sommeil afin d’empêcher les voies respiratoires de se fermer.

Très efficace sur le plan médical, ce dispositif reste pourtant difficile à supporter pour de nombreux patients. Bruit, inconfort, sensation d’étouffement, sécheresse, difficulté à dormir à deux… Selon la Haute Autorité de santé (HAS), une partie importante des utilisateurs finit par abandonner ou mal utiliser son appareil.

Et justement, un nouveau traitement pourrait bien rebattre les cartes. Le 18 mai 2026, la biotech américaine Apnimed a annoncé dans un communiqué les résultats très attendus de son essai clinique de phase 3 SynAIRgy portant sur son comprimé expérimental AD109.

Un simple médicament pris le soir avant de dormir

Le traitement expérimental baptisé AD109 ne fonctionne pas comme un somnifère. Il ne fait pas dormir davantage et ne remplace pas non plus la respiration artificielle du masque. Son objectif est de maintenir ouvertes les voies respiratoires pendant le sommeil.

L’apnée obstructive survient lorsque les muscles de la gorge se relâchent trop fortement pendant la nuit. Les voies aériennes se ferment partiellement ou totalement pendant quelques secondes, empêchant l’air de circuler correctement.

AD109 associe deux molécules déjà connues :

  • l’atomoxétine ;
  • l’aroxybutynine.

Ensemble, elles agissent sur les mécanismes neurologiques contrôlant le tonus musculaire des voies respiratoires supérieures pendant le sommeil. Autrement dit, le médicament cherche à empêcher la gorge de « s’effondrer » pendant la nuit.

L’idée n’est pas totalement nouvelle sur le plan scientifique, mais c’est la première fois qu’un traitement oral semble montrer des résultats aussi avancés dans un essai clinique de phase 3, c’est-à-dire l’étape généralement décisive avant une demande d’autorisation de mise sur le marché.

Des résultats jugés prometteurs

Le 18 mai 2026, Apnimed a présenté les résultats de son essai de phase 3 baptisé SynAIRgy. Selon les données communiquées par l’entreprise, le traitement a permis une réduction moyenne de 55,6 % de l’indice d’apnées-hypopnées après 26 semaines de traitement.

Cet indice, appelé IAH, mesure le nombre d’événements respiratoires anormaux par heure de sommeil. C’est lui qui permet de diagnostiquer et de classifier la gravité de l’apnée du sommeil. Plus cet indice baisse, plus la respiration nocturne redevient normale.

Mais l’information qui a particulièrement retenu l’attention des spécialistes est ailleurs : 22,3 % des participants traités ont atteint un IAH inférieur à 5 événements par heure, seuil considéré comme normal par les sociétés savantes.

Autrement dit, près d’un quart des patients présentaient des paramètres respiratoires redevenus quasiment normaux sous traitement.

Attention toutefois, cela ne signifie pas forcément une « guérison » définitive de la maladie. Les patients restaient sous traitement et les données concernent une période de suivi de six mois.

Quelques semaines plus tôt, un autre essai de phase 3 baptisé LunAIRo avait déjà montré des résultats comparables, avec une réduction moyenne de 46,8 % de l’IAH après 26 semaines.

Pourquoi ce traitement intrigue autant les spécialistes ?

Depuis des années, de nombreuses équipes tentent de développer un médicament efficace contre l’apnée obstructive du sommeil. Jusqu’ici, les résultats restaient souvent décevants.

L’apnée est une maladie complexe. Chez certains patients, le problème vient surtout d’un relâchement musculaire ; chez d’autres, du surpoids, de la forme du visage, de la langue, des amygdales ou encore de mécanismes neurologiques plus complexes.

C’est d’ailleurs pour cette raison que le masque PPC reste aujourd’hui la référence puisqu’il contourne mécaniquement le problème quelle qu’en soit l’origine.

AD109 pourrait donc surtout concerner certains profils bien précis de patients, notamment ceux chez qui le relâchement musculaire joue un rôle central.

Aussi, les essais présentés jusqu’ici ont principalement porté sur des adultes souffrant d’apnée obstructive du sommeil légère à sévère, mais pas sur toutes les formes de la maladie. Les spécialistes restent donc prudents.

Le traitement n’est pas encore commercialisé. Apnimed a indiqué avoir déposé une demande d’autorisation auprès de la Food and Drug Administration (FDA) américaine. Une éventuelle décision pourrait intervenir en 2027.

Aussi, les données disponibles restent encore relativement limitées sur le long terme. Les chercheurs devront notamment surveiller :

  • l’efficacité après plusieurs années ;
  • les effets secondaires ;
  • le maintien des bénéfices ;
  • les profils de patients répondant réellement au traitement.

Car tous les participants n’ont pas connu une amélioration spectaculaire. Comme souvent en médecine du sommeil, la réalité sera probablement plus nuancée qu’un simple « médicament miracle ».

Selon l’Assurance maladie, de nombreuses personnes vivent pendant des années avec des symptômes sans mettre de nom dessus. Fatigue chronique, irritabilité, troubles de la concentration, maux de tête matinaux ou endormissements dans la journée sont souvent banalisés.

Le ronflement, lui aussi, reste fréquemment minimisé alors qu’il peut constituer un véritable signal d’alerte. Or plus l’apnée est prise en charge tôt, plus il est possible de réduire ses conséquences cardiovasculaires et métaboliques.

En attendant l’arrivée éventuelle d’un comprimé, les médecins rappellent que plusieurs mesures peuvent déjà améliorer nettement la situation : perte de poids lorsqu’elle est nécessaire, réduction de l’alcool le soir, activité physique régulière ou encore amélioration de l’hygiène du sommeil.

À SAVOIR

Selon l’Inserm, certaines personnes souffrant d’apnée du sommeil peuvent arrêter de respirer plusieurs centaines de fois au cours d’une seule nuit, parfois sans même s’en rendre compte. Ces micro-réveils répétés fragmentent profondément le sommeil, même lorsque le patient pense avoir dormi « normalement ».

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentCancer du poumon : le dépistage précoce enfin lancé en France
Article suivantCancer du cerveau : à Lyon, un nouveau traitement testé contre une tumeur très agressive
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici