Pendant la nuit, la respiration semble calme et régulière. Elle peut pourtant ralentir, devenir plus superficielle ou s’interrompre brièvement, entraînant parfois une baisse du taux d’oxygène dans le sang. Ce phénomène est appelé hypoxémie nocturne ou désaturation nocturne. Un drôle de terme pour une pathologie parfois lourde de conséquences.
En effet, l’hypoxémie correspond à une oxygénation insuffisante du sang artériel. Elle ne constitue pas une maladie en elle-même, mais peut révéler un trouble respiratoire, pulmonaire, neurologique ou cardiovasculaire. L’hypoxie désigne, quant à elle, le manque d’oxygène dans les tissus et les organes.
Lorsque ces baisses d’oxygène se répètent ou se prolongent, elles peuvent fragmenter le sommeil, accentuer la fatigue et augmenter le risque de complications cardiovasculaires.
Une respiration plus fragile pendant le sommeil
La respiration se modifie naturellement pendant le sommeil. Les muscles qui participent à la ventilation se relâchent, tandis que le cerveau réagit moins rapidement aux variations des taux d’oxygène et de dioxyde de carbone.
Ces changements sont particulièrement marqués durant le sommeil paradoxal, phase au cours de laquelle surviennent la plupart des rêves. Le diaphragme assure alors l’essentiel de l’effort respiratoire.
Chez une personne en bonne santé, cette adaptation reste généralement sans conséquence. Elle peut toutefois entraîner une baisse de l’oxygénation lorsque les voies respiratoires sont obstruées, que les poumons sont fragilisés ou que les muscles respiratoires manquent de force.
L’apnée du sommeil parmi les principales causes
L’apnée obstructive du sommeil figure parmi les causes les plus fréquentes de désaturation nocturne. Pendant la nuit, le relâchement des muscles du pharynx peut rétrécir, voire fermer temporairement, les voies respiratoires.
Lorsque le passage de l’air diminue, on parle d’hypopnée. S’il s’interrompt complètement malgré les efforts respiratoires, il s’agit d’une apnée obstructive.
Le taux d’oxygène baisse alors jusqu’à ce qu’un bref réveil permette de rouvrir les voies aériennes. Ce phénomène peut se répéter plusieurs dizaines de fois par heure sans que la personne en ait conscience.
Certaines maladies pulmonaires chroniques, comme la BPCO ou la fibrose pulmonaire, peuvent également limiter le passage de l’oxygène vers le sang. Dans ce cas, la baisse est souvent plus progressive et plus durable.
L’hypoventilation constitue une autre cause possible. La respiration ne renouvelle alors pas suffisamment l’air présent dans les poumons : le taux d’oxygène diminue tandis que le dioxyde de carbone s’accumule dans le sang. Ce trouble peut notamment être lié à une obésité importante ou à une maladie neuromusculaire.
Des signes nocturnes souvent remarqués par le partenaire
La personne concernée ne perçoit pas toujours les baisses d’oxygène pendant son sommeil. Les premiers signes sont donc souvent remarqués par le partenaire :
- d’importants ronflements ;
- des pauses respiratoires ;
- des reprises de souffle bruyantes ;
- un sommeil agité ;
- des réveils accompagnés d’une sensation d’étouffement.
Une bouche sèche, des sueurs nocturnes ou des envies fréquentes d’uriner peuvent également survenir. Au réveil, la personne peut se sentir épuisée malgré une nuit suffisamment longue. Des maux de tête matinaux sont parfois présents, notamment lorsque du dioxyde de carbone s’est accumulé pendant le sommeil.
Des examens nécessaires pour trouver la cause
Les oxymètres de pouls et certaines montres connectées peuvent détecter des baisses nocturnes du taux d’oxygène. Leurs résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence, car les mouvements, des doigts froids ou un capteur mal positionné peuvent fausser les mesures.
La polygraphie ventilatoire nocturne, souvent réalisée à domicile, enregistre notamment la respiration, les mouvements du thorax, la fréquence cardiaque et la saturation en oxygène. Elle est principalement utilisée pour rechercher une apnée du sommeil.
Lorsque la situation est plus complexe, une polysomnographie peut être proposée. Cet examen analyse également l’activité cérébrale et les différentes phases du sommeil.
En cas de suspicion d’hypoventilation, une gazométrie permet enfin de mesurer précisément les taux d’oxygène et de dioxyde de carbone dans le sang.
Un traitement adapté à chaque mécanisme
Le traitement vise avant tout à corriger la cause de la désaturation nocturne. L’administration d’oxygène n’est donc pas systématique.
En cas d’apnée du sommeil, la pression positive continue, ou PPC (dispositif de respiration pour la nuit), maintient les voies respiratoires ouvertes grâce à un flux d’air délivré par un masque. Elle réduit les pauses respiratoires, les micro-éveils et les baisses d’oxygène.
Une orthèse d’avancée mandibulaire peut être proposée dans certaines formes moins sévères ou lorsque la PPC est mal tolérée.
Lorsque la respiration reste insuffisante, notamment en cas d’hypoventilation ou de faiblesse des muscles respiratoires, une ventilation non invasive peut soutenir le travail respiratoire pendant la nuit.
L’oxygénothérapie est réservée à certaines maladies pulmonaires associées à une hypoxémie confirmée. Elle ne corrige pas l’obstruction responsable de l’apnée du sommeil et peut, chez certaines personnes, favoriser une accumulation de dioxyde de carbone. Elle ne doit donc jamais être commencée ou modifiée sans prescription médicale.
Les situations qui nécessitent une consultation
Des ronflements accompagnés de pauses respiratoires, des réveils avec une sensation d’étouffement ou une fatigue persistante doivent conduire à consulter un médecin.
L’évaluation doit être réalisée rapidement lorsque la somnolence compromet la conduite, que les interruptions respiratoires sont fréquentes ou qu’une maladie cardiaque ou pulmonaire est déjà présente.
Une coloration bleutée des lèvres, une confusion brutale, une douleur thoracique, une perte de connaissance ou un essoufflement empêchant de parler constituent une urgence médicale. Il faut alors appeler immédiatement le 15 ou le 112.
À SAVOIR
En avril 1875, les aéronautes français Gaston Tissandier, Joseph Crocé-Spinelli et Théodore Sivel entreprennent une ascension record à bord du ballon Le Zénith afin d’étudier les effets de la haute altitude. Malgré la présence de réserves d’oxygène, deux d’entre eux meurent d’une hypoxémie sévère, tandis que Tissandier, seul survivant, décrira une perte progressive de ses capacités de jugement et d’action sans véritable sensation d’étouffement. Ce drame est considéré comme l’un des événements fondateurs de la médecine aéronautique et de la compréhension des effets de l’hypoxémie en altitude.




