Un chercheur qui découvre pourquoi certains polypes deviennent cancéreux.
Le risque qu'un polype du côlon évolue en cancer dépendrait en grande partie de l'efficacité du système immunitaire local. © Magnific

Une équipe de l’Inserm, de Sorbonne Université et de l’AP-HP a identifié un mécanisme biologique qui pourrait expliquer pourquoi certaines lésions précancéreuses du côlon évoluent vers un cancer colorectal alors que d’autres restent bénignes. Publiés en juin 2026, ces travaux mettent en lumière le rôle déterminant du système immunitaire dès les premiers stades de la maladie.

Chaque année, des milliers de Français apprennent qu’ils ont un polype dans le côlon. La plupart du temps, cette petite excroissance découverte lors d’une coloscopie est retirée par précaution et l’histoire s’arrête là. Mais dans certains cas, ces lésions dites précancéreuses poursuivent leur évolution jusqu’à devenir un cancer colorectal.

Pourquoi certains polypes franchissent-ils ce cap alors que d’autres restent inoffensifs pendant des années, voire toute une vie ? C’est à cette question que des chercheurs de l’Inserm, de Sorbonne Université et de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) ont tenté de répondre.

Dans une étude publiée le 10 juin 2026, ils montrent que le destin d’un polype pourrait dépendre en grande partie de sa capacité à échapper à la surveillance du système immunitaire. Leurs travaux révèlent également le rôle inattendu de molécules méconnues du grand public : les ARN non codants.

Le cancer colorectal est le troisième cancer le plus fréquent en France. Selon l’Institut national du cancer (INCa), près de 45 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. Contrairement à certaines maladies qui apparaissent brutalement, le cancer colorectal se construit généralement sur plusieurs années. Dans la majorité des cas, il débute par la formation d’un polype, une petite lésion qui se développe sur la paroi interne du côlon ou du rectum.

Tous les polypes ne sont cependant pas dangereux. Une grande partie d’entre eux ne deviendra jamais cancéreuse. Jusqu’à présent, les médecins savaient identifier certaines caractéristiques augmentant le risque de transformation, comme la taille de la lésion ou certaines anomalies génétiques. Mais ces critères ne suffisaient pas à expliquer pourquoi deux polypes apparemment similaires pouvaient évoluer de manière très différente.

Le système immunitaire, un gardien souvent sous-estimé

Pour comprendre ce phénomène, les chercheurs ont analysé 258 lésions précancéreuses provenant de 69 patients. Leur étude montre que dès les premiers stades de la maladie, le système immunitaire joue un rôle beaucoup plus important qu’on ne le pensait. En temps normal, les défenses de l’organisme surveillent en permanence les cellules du corps. Lorsqu’une cellule devient anormale ou accumule des mutations susceptibles de favoriser un cancer, certaines cellules immunitaires sont capables de la repérer puis de la détruire.

Les chercheurs ont observé que chez certains patients, cette surveillance est particulièrement efficace. Les cellules immunitaires sont nombreuses autour des polypes et semblent capables de contenir leur progression. À l’inverse, d’autres lésions parviennent à passer sous les radars du système immunitaire. Elles échappent alors plus facilement à ce contrôle naturel et disposent d’un terrain favorable pour poursuivre leur évolution.

Pour simplifier, les chercheurs comparent ce phénomène à une forme de bras de fer. D’un côté, le système immunitaire tente de repérer et d’éliminer les cellules anormales. De l’autre, certaines lésions développent progressivement des stratégies leur permettant de devenir invisibles aux yeux de ces défenses.

Certaines lésions ressemblent déjà à un cancer

L’une des découvertes les plus marquantes de l’étude concerne les patients qui développent un grand nombre de polypes. Les chercheurs ont constaté que certaines lésions pourtant encore considérées comme précancéreuses présentaient déjà des caractéristiques biologiques proches de celles observées dans les cancers colorectaux.

Autrement dit, avant même l’apparition d’une tumeur, certaines lésions semblent déjà engagées dans un processus de transformation plus avancé que d’autres. À l’inverse, chez les patients qui développent peu de polypes, les chercheurs ont observé une réponse immunitaire plus robuste et des lésions davantage contrôlées par l’organisme. Ces résultats suggèrent que le risque de progression vers un cancer dépendrait non seulement des anomalies présentes dans les cellules, mais aussi de la manière dont le système immunitaire réagit face à elles.

Les ARN non codants, les nouveaux suspects

Les chercheurs se sont également intéressés à des molécules appelées les ARN non codants, de petites molécules produites par nos cellules et longtemps considérées comme sans grande importance. Pour comprendre : une partie de notre ADN contient les instructions permettant de fabriquer les protéines nécessaires au fonctionnement de l’organisme. Mais notre génome produit également de nombreux ARN qui ne servent pas directement à fabriquer ces protéines.

Pendant longtemps, ces ARN non codants ont donc été considérés comme peu importants. Depuis une vingtaine d’années, les scientifiques découvrent au contraire qu’ils jouent un rôle majeur dans la régulation de nombreuses fonctions biologiques. Dans cette étude, les chercheurs ont observé que certains ARN non codants étaient particulièrement présents dans les lésions bénéficiant d’une forte surveillance immunitaire.

Ces molécules pourraient participer à la communication entre les cellules précancéreuses et les cellules immunitaires, aidant ainsi l’organisme à détecter plus efficacement les anomalies. Leur rôle exact reste encore à préciser, mais cette découverte ouvre une nouvelle piste de recherche pour comprendre les premières étapes du cancer colorectal.

Une découverte qui pourrait améliorer le suivi des patients

Les auteurs de l’étude insistent sur un point : ces travaux ne permettent pas encore de prédire avec certitude quels polypes deviendront cancéreux. En revanche, ils pourraient contribuer à mieux identifier les lésions les plus à risque. À terme, l’objectif serait de développer des outils capables d’analyser l’environnement immunitaire d’un polype afin d’adapter la surveillance de chaque patient.

Certains malades pourraient ainsi bénéficier d’un suivi plus rapproché, tandis que d’autres éviteraient des examens inutiles. Les chercheurs évoquent également la possibilité de futures stratégies préventives visant à renforcer les défenses immunitaires dès les premiers stades de la maladie.

À SAVOIR 

Le cancer colorectal peut mettre 10 à 15 ans à se développer à partir d’un simple polype. Selon l’Institut national du cancer (INCa), cette évolution particulièrement lente explique pourquoi le dépistage est si efficace. Détectée à un stade précoce, avant l’apparition de métastases, la maladie présente un taux de survie nette à cinq ans supérieur à 90 %.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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