Une équipe médicale intervient auprès d'une personne souffrant des effets de la canicule.
À mesure que la vague de chaleur s'installe, les tensions s'accentuent dans le système de santé. © Magnific

Face à une vague de chaleur qui touche la quasi-totalité de la France métropolitaine, le gouvernement a déclenché le niveau 3 du plan ORSAN EPI CLIM afin de renforcer la réponse du système de santé. Hôpitaux, services d’urgence, établissements pour personnes âgées et médecine de ville se mobilisent, tandis qu’une enveloppe exceptionnelle de 100 millions d’euros est débloquée pour mieux protéger les patients des fortes chaleurs.

Les records de température s’enchaînent, les services d’urgence voient affluer davantage de patients et les établissements de santé, qui sont loin d’être tous climatisés (lire notre À SAVOIR), doivent s’adapter à des conditions climatiques de plus en plus extrêmes. Alors que la France traverse un épisode caniculaire d’une ampleur exceptionnelle, les autorités sanitaires ont décidé de passer à la vitesse supérieure.

Le jeudi 25 juin, le Premier ministre Sébastien Lecornu, en lien avec la ministre chargée de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé l’activation de la phase 3 du plan ORSAN EPI CLIM, le dispositif national qui organise la réponse du système de santé lors d’événements climatiques majeurs. Cette décision s’accompagne d’une enveloppe exceptionnelle de 100 millions d’euros destinée à améliorer rapidement le rafraîchissement des établissements hospitaliers.

Car si la canicule est souvent perçue comme une simple période de fortes chaleurs, ses conséquences sanitaires peuvent être considérables. Selon Santé publique France, les épisodes de chaleur augmentent le risque de déshydratation, de coups de chaleur, d’aggravation de nombreuses maladies chroniques et de décès prématurés, notamment chez les personnes âgées, les nourrissons ou les personnes souffrant de pathologies cardiovasculaires ou respiratoires. Dans ce contexte, le système de santé doit être capable d’absorber une hausse parfois brutale des besoins de prise en charge.

Le plan ORSAN EPI CLIM, la feuille de route des hôpitaux pendant les fortes chaleurs

ORSAN signifie Organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles. Piloté par le ministère chargé de la Santé et décliné dans chaque région par les Agences régionales de santé (ARS), il prévoit les mesures à mettre en œuvre lorsqu’un événement majeur menace le fonctionnement normal du système de soins.

Le volet EPI CLIM est spécifiquement consacré aux épisodes climatiques exceptionnels, comme les canicules. Son objectif est d’éviter que les établissements de santé ne soient débordés tout en garantissant aux patients un accès aux soins dans les meilleures conditions possibles. Le dispositif est organisé en quatre niveaux d’intervention :

  • phase 1 : alerte et réponse immédiate ;
  • phase 2 : montée en puissance ;
  • phase 3 : conduite de crise ;
  • phase 4 : post-crise et retour progressif à la normale.

Le passage à la phase 3 marque donc un changement d’échelle dans l’organisation des soins.

Une conduite de crise, mais pas un système hospitalier saturé

L’activation de la phase 3 peut impressionner. Pourtant, elle ne signifie pas que tous les hôpitaux français sont saturés. Le ministère insiste, cette décision vise avant tout à permettre une coordination renforcée dans les territoires les plus touchés par la canicule. Concrètement, les ARS suivent quotidiennement plusieurs indicateurs, notamment le nombre de passages aux urgences, les capacités des services de réanimation, l’activité des SAMU ou encore la situation des établissements accueillant des personnes âgées.

Lorsque des tensions apparaissent localement, elles peuvent mobiliser rapidement des moyens supplémentaires afin d’éviter une dégradation de la prise en charge. Cette surveillance en temps réel permet également de répartir les ressources là où les besoins deviennent les plus importants.

Ce qui change concrètement dans les hôpitaux

Le déclenchement de la phase 3 entraîne une mobilisation beaucoup plus large de l’ensemble des acteurs de santé. Les établissements publics comme privés sont invités à adapter leur organisation afin de faire face à une éventuelle augmentation du nombre de patients. Selon le ministère chargé de la Santé, cela peut notamment passer par une meilleure coordination entre les services hospitaliers, une réorganisation des capacités d’accueil, une mobilisation renforcée de la médecine de ville ou encore un suivi plus étroit des établissements médico-sociaux.

L’objectif est de préserver les capacités de prise en charge des situations les plus graves, notamment les coups de chaleur sévères, les décompensations de maladies chroniques ou les urgences cardiovasculaires. Cette stratégie s’inscrit dans les recommandations du Plan national canicule, élaboré après la crise sanitaire de l’été 2003, qui avait profondément transformé la gestion des épisodes de fortes chaleurs en France.

Contrairement à certaines idées reçues, les fortes chaleurs ne provoquent pas uniquement des coups de chaleur. Selon Santé publique France, la chaleur peut aggraver de nombreuses maladies déjà présentes : insuffisance cardiaque, maladies respiratoires, insuffisance rénale, diabète ou encore troubles neurologiques. La déshydratation favorise également les malaises, les chutes chez les personnes âgées et certaines complications liées à la prise de médicaments.

Les personnes vivant dans des logements mal isolés, les travailleurs exposés à l’extérieur, les nourrissons et les personnes âgées représentent les populations les plus vulnérables. Les effets sanitaires ne sont d’ailleurs pas toujours immédiats : une partie de l’augmentation de la mortalité survient plusieurs jours après le début de l’épisode caniculaire.

Le ministère chargé de la Santé a débloqué une enveloppe exceptionnelle de 100 millions d’euros afin de répondre rapidement aux besoins de rafraîchissement des établissements. Les directions des hôpitaux publics et privés sont invitées à acquérir sans attendre des équipements temporaires, comme des climatiseurs mobiles ou des ventilateurs, afin d’améliorer le confort thermique des patients et des soignants.

Le ministère précise qu’une coordination sera également assurée avec les centrales d’achat pour faciliter l’approvisionnement en matériel, alors que la demande explose dans tout le pays. Cette décision illustre une réalité de plus en plus documentée : une partie importante du parc hospitalier français n’a pas été conçue pour faire face à des épisodes de chaleur aussi fréquents et aussi intenses.

Deux départements affichent 38 ou 39 °C, mais l’un est placé en vigilance rouge tandis que l’autre reste en orange. En réalité, Météo-France ne se base pas uniquement sur la température maximale. La couleur de la vigilance résulte d’une évaluation globale qui prend en compte ;

  • l’intensité de la chaleur le jour, 
  • les températures nocturnes, 
  • la durée de l’épisode caniculaire, 
  • son étendue géographique 
  • et ses conséquences sanitaires potentielles.

Autre élément essentiel : les seuils de vigilance sont définis localement. Chaque département dispose de seuils biométéorologiques, établis par Météo-France en lien avec les autorités sanitaires. Ces seuils tiennent compte du climat habituel du territoire et de l’impact des fortes chaleurs sur la santé de la population. Ainsi, une température de 38 °C peut constituer un événement exceptionnel dans des départements de l’ouest de la France, où de telles valeurs sont rarement observées, alors qu’elle est plus fréquente dans la vallée du Rhône ou le pourtour méditerranéen. À température égale, le niveau de risque sanitaire n’est donc pas nécessairement le même.

Les nuits jouent également un rôle déterminant. Lorsque le mercure ne redescend pas suffisamment, l’organisme ne parvient plus à récupérer de la chaleur accumulée pendant la journée, ce qui augmente le risque de déshydratation, de coup de chaleur et d’aggravation des maladies chroniques, en particulier chez les personnes les plus fragiles. Enfin, la vigilance rouge correspond au niveau d’alerte maximal. Selon Météo-France, elle est réservée aux canicules exceptionnelles qui présentent un risque sanitaire majeur pour l’ensemble de la population et qui nécessitent une mobilisation renforcée des pouvoirs publics, des services de santé et des collectivités. Elle ne traduit donc pas seulement la chaleur mesurée par le thermomètre, mais l’ampleur du danger attendu.

Même si le système de santé se prépare à faire face aux conséquences de la canicule, les autorités rappellent que la première ligne de défense reste la prévention. Les gestes sont désormais bien connus, mais ils demeurent essentiels : boire régulièrement de l’eau sans attendre d’avoir soif, rester dans les endroits les plus frais possibles, fermer les volets durant la journée, aérer la nuit, limiter les efforts physiques et prendre régulièrement des nouvelles des personnes les plus fragiles.

Le numéro vert Canicule Info Service reste activé afin d’informer la population et de répondre aux questions des particuliers. Car si le système hospitalier s’organise pour absorber l’impact sanitaire de cette canicule exceptionnelle, la meilleure façon de protéger les services d’urgence reste encore d’éviter que les situations à risque ne se transforment en urgences médicales. Dans un contexte où les épisodes de chaleur extrême sont appelés à devenir plus fréquents sous l’effet du changement climatique, cette capacité d’anticipation constitue désormais un enjeu majeur de santé publique.

À SAVOIR 

Contrairement aux idées reçues, tous les hôpitaux ne sont pas climatisés. Une partie importante du parc hospitalier français a été construite avant que les canicules ne deviennent aussi fréquentes. C’est notamment pour accélérer leur rafraîchissement que le gouvernement a débloqué une enveloppe exceptionnelle de 100 millions d’euros.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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