Chaque printemps et chaque automne, on avance, on recule, on règle les horloges… et notre corps, lui, doit suivre tant bien que mal. Le rituel sera de retour le dimanche 29 mars 2026, avec son lot de micro-décalages. Et une heure de plus ou de moins suffit à faire vaciller notre horloge interne, pourtant habituée à une précision millimétrée.
Depuis près de cinquante ans, la France passe deux fois par an du temps “d’été” au temps “d’hiver” et inversement. Un dispositif instauré en 1976 pour économiser sur l’énergie à la suite du choc pétrolier. Aujourd’hui, l’objectif énergétique est jugé marginal, mais les effets sur la santé restent bien réels.
Les recherches en chronobiologie et les travaux publiés par l’INSERM, l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INVS) ou encore des équipes européennes rappellent tous la même chose… Notre horloge interne n’aime pas être bousculée !
En 2026, le passage à l’heure d’été aura lieu le 29 mars, et le retour à l’heure d’hiver le 25 octobre. Et si l’on peut s’amuser de l’idée de “gagner” ou “perdre” une heure, l’organisme, lui, raisonne en rythmes, en lumière, en cycles hormonaux. Autant dire qu’un petit décalage peut mettre le bazar dans la mécanique.
Où en est la suppression du changement d’heure ?
Pour mémoire, le changement d’heure a été instauré en 1976 pour économiser de l’énergie après le premier choc pétrolier. L’idée était de mieux aligner les heures d’activité humaine avec la lumière naturelle afin de réduire l’usage de l’éclairage artificiel.
En 2018, la Commission européenne proposait de mettre fin au changement d’heure, après une large consultation publique. En 2019, le Parlement européen avait même adopté l’idée de supprimer le dispositif. Puis… silence. Aucun accord entre États membres pour choisir une heure “permanente”, été ou hiver.
Résultat : statu quo. En France comme dans le reste de l’UE (hors exceptions), on continue donc de changer l’heure deux fois par an. Les enjeux sanitaires, eux, s’invitent régulièrement dans le débat. Plusieurs rapports nationaux et européens soulignent notamment que :
- les économies d’énergie sont désormais minimes,
- le passage à l’heure d’été perturbe davantage le sommeil que celui d’hiver,
- une heure “d’été” permanente entraînerait une sous-exposition matinale à la lumière, problématique pour la santé publique.
En attendant mieux (ou différent), 2026 n’échappera pas à la règle.
Comment notre corps gère-t-il un changement d’heure ?
Une horloge interne qui fonctionne à la lumière
Notre organisme fonctionne selon un rythme circadien d’environ 24 heures, régulé par une horloge située dans le cerveau (le noyau suprachiasmatique). Ce rythme règle à peu près tout :
- le sommeil,
- la température corporelle,
- la production hormonale,
- l’attention,
- l’appétit…
La lumière est le principal “chef d’orchestre”. Lorsque l’on décale artificiellement l’heure, on ne décale pas immédiatement le lever du soleil. C’est cette discordance qui désoriente le corps, même pour 60 minutes.
Changement d’heure : un mini “jet lag social”
Selon l’Institut national du sommeil et de la vigilance, le changement d’heure s’apparente à un décalage horaire léger. Les effets sont généralement perceptibles :
- baisse de la vigilance,
- endormissement plus tardif au printemps,
- fatigue accrue,
- irritabilité,
- performances cognitives légèrement diminuées.
Ces symptômes durent en moyenne quelques jours, parfois plus pour les personnes sensibles.
L’impact du changement d’heure sur le sommeil
Printemps : l’heure d’été, la plus redoutée
Avancer l’heure revient à “voler” soixante minutes à notre rythme biologique, ce qui perturbe la synchronisation entre l’heure sociale et notre horloge interne. Les travaux de chronobiologie synthétisés par l’INSERM montrent que ce passage est le plus difficile, car la mélatonine (l’hormone du sommeil) se met à circuler plus tard.
Résultat fréquent :
- endormissement retardé,
- sommeil moins réparateur,
- somnolence matinale,
- concentration moins stable.
Les adolescents et les profils “couche-tard” sont particulièrement exposés puisque leur horloge interne, déjà naturellement décalée, s’adapte plus lentement.
Automne : l’heure d’hiver, un peu plus douce
Le passage à l’heure d’hiver ajoute une heure au cycle, ce qui est en général mieux toléré. Le corps a tendance à s’adapter plus facilement à un allongement du temps de repos qu’à son raccourcissement. Beaucoup de personnes ressentent même une impression de “répit”.
Mais cette transition n’est pas totalement neutre. Les spécialistes du sommeil rappellent qu’un décalage, même “positif”, peut perturber :
- l’heure de l’appétit,
- le rythme veille-sommeil,
- la température interne,
- les signaux de vigilance au cours de la journée.
Les enfants, les personnes âgées et les individus souffrant d’insomnie ou d’anxiété sont particulièrement sensibles à ces micro-variations du rythme. Leur horloge interne est soit plus fragile, soit plus lente à se réajuster.
À SAVOIR
En 2019, le Centre international de Recherche sur le Cancer, agence de l’Organisation mondiale de la santé, a classé le travail de nuit entraînant une perturbation durable des rythmes circadiens comme « probablement cancérogène pour l’humain » (groupe 2A).








