Sang dans les selles : fissure anale ou simples hémorroïdes ?

Persоnne tenant un papier tоilette avec des traces de sang, suspectant un saignement anal pоuvant être causé par des hémоrrоïdes оu une fissure anale․
Des traces de sang rouge vif sur le papier toilette sont souvent dues à des hémorroïdes ou à une fissure anale. ©pixelshot / Canva
Les saignements au niveau de l'anus peuvent avoir des origines très diverses. Parmi les causes les plus fréquentes figurent les hémorroïdes et la fissure anale, deux affections bénignes souvent confondues en raison de symptômes proches. Comment les distinguer ? Quels sont les signes caractéristiques de chacune ? Et à partir de quand un avis médical devient-il nécessaire ? Explications.
Sommaire

Découvrir du sang sur le papier toilette ou dans les selles est une situation qui suscite souvent une vive inquiétude. Beaucoup de personnes pensent immédiatement aux hémorroïdes, tant cette affection est fréquente. Pourtant, une autre cause bénigne est également très répandue : la fissure anale.

Si ces deux pathologies peuvent provoquer un saignement rouge vif, elles correspondent à des mécanismes différents et ne se manifestent pas de la même manière. Comme le rappelle la Société Nationale Française de Gastro-Entérologie (SNFGE), reconnaître leurs principales caractéristiques permet d’orienter le diagnostic tout en identifiant les situations qui nécessitent une consultation afin d’écarter une maladie plus grave du côlon ou du rectum.

Deux mécanismes différents à l’origine des saignements

Le canal anal est richement vascularisé et subit d’importantes contraintes mécaniques lors du passage des selles.

La maladie hémorroïdaire résulte de la dilatation des plexus veineux situés dans le canal anal et le rectum. Cette dilatation peut être favorisée par la constipation, les efforts de poussée répétés, la grossesse ou encore certaines habitudes de vie. Lorsque ces veines deviennent congestionnées, elles peuvent saigner.

La fissure anale correspond, quant à elle, à une déchirure de la muqueuse du canal anal. Elle apparaît le plus souvent après le passage de selles dures ou volumineuses qui provoquent un traumatisme local.

La douleur constitue le principal signe d’une fissure anale

La fissure anale se caractérise avant tout par une douleur intense au moment de la défécation. Cette douleur peut persister plusieurs minutes, voire plusieurs heures après l’émission des selles, en raison d’une contraction réflexe du sphincter anal qui entretient la lésion et ralentit sa cicatrisation.

Le saignement est généralement peu abondant et se manifeste par quelques traces de sang rouge vif sur le papier toilette ou à la surface des selles.

La constipation chronique constitue le principal facteur favorisant. Lorsqu’une fissure persiste malgré un traitement adapté ou présente des caractéristiques atypiques, le médecin peut rechercher une maladie inflammatoire chronique de l’intestin, notamment une maladie de Crohn.

Les hémorroïdes provoquent le plus souvent un saignement sans douleur

Les hémorroïdes internes se manifestent fréquemment par un saignement rouge vif apparaissant au moment de la défécation, sans douleur associée.

En revanche, lorsqu’un caillot sanguin se forme dans une hémorroïde externe, on parle de thrombose hémorroïdaire. Cette complication entraîne une douleur brutale et continue, accompagnée de l’apparition d’une tuméfaction sensible au niveau de la marge anale.

Selon le stade de la maladie, des démangeaisons, des brûlures, des suintements ou une sensation de gêne peuvent également être présents.

La couleur du sang n’est pas suffisante pour distinguer les deux affections

Dans les hémorroïdes comme dans la fissure anale, le sang est habituellement rouge vif, car le saignement provient de la partie terminale du tube digestif.

En revanche, des selles noires (méléna) ou la présence de sang mélangé aux selles orientent vers un saignement situé plus haut dans le tube digestif. Ces situations nécessitent une évaluation médicale rapide afin d’en rechercher la cause, qui peut être différente d’une pathologie anale.

Une prise en charge adaptée à chaque pathologie

La majorité des fissures anales aiguës cicatrisent en quelques semaines grâce à des mesures destinées à faciliter le passage des selles : augmentation des apports en fibres, hydratation suffisante et, si nécessaire, utilisation de laxatifs adaptés.

La maladie hémorroïdaire évolue souvent par poussées. Lorsque les symptômes deviennent fréquents ou altèrent la qualité de vie, le traitement peut associer des mesures hygiéno-diététiques, des médicaments locaux et, dans certaines situations, des traitements instrumentaux comme la ligature élastique ou une intervention chirurgicale.

Les situations nécessitant une consultation médicale

Même si les hémorroïdes et les fissures anales sont les causes les plus fréquentes de saignement anal, toute émission de sang par l’anus mérite un avis médical lorsqu’elle est inhabituelle, répétée ou associée à d’autres symptômes.

Une consultation est particulièrement recommandée après 50 ans, en cas de perte de poids inexpliquée, d’anémie, de modification durable du transit intestinal ou d’antécédents familiaux de cancer colorectal.

L’examen clinique, complété si nécessaire par des explorations comme une coloscopie, permet d’identifier précisément l’origine du saignement et d’écarter une maladie plus sérieuse.

La prévention repose principalement sur la lutte contre la constipation

La prévention des fissures anales et de la maladie hémorroïdaire repose en grande partie sur des mesures hygiéno-diététiques.

Une alimentation suffisamment riche en fibres, une hydratation adaptée et une activité physique régulière contribuent à maintenir un transit normal et à limiter les efforts de poussée lors de la défécation.

Il est également recommandé de ne pas rester assis inutilement sur les toilettes pendant de longues périodes, cette habitude pouvant favoriser une augmentation de la pression au niveau des veines hémorroïdaires.

En pratique, la présence de douleur importante lors de la défécation oriente davantage vers une fissure anale, tandis qu’un saignement rouge vif peu ou pas douloureux évoque plus volontiers une maladie hémorroïdaire. Toutefois, seul un examen médical permet de confirmer l’origine du saignement et d’adapter la prise en charge. Toute apparition de sang dans les selles ou sur le papier toilette doit donc conduire à demander un avis médical, en particulier si les symptômes persistent ou s’accompagnent de signes d’alerte.

À SAVOIR

Le 18 juin 1815, la bataille de Waterloo scelle la chute définitive de Napoléon Bonaparte. Selon une vieille rumeur, l’Empereur souffrirait alors d’une violente crise d’hémorroïdes qui limiterait fortement ses déplacements à cheval, pourtant essentiels pour diriger les combats. Affaibli par la douleur et, possiblement, par des traitements à base d’opium, il aurait dû déléguer davantage à ses maréchaux, perdant ainsi une partie de sa réactivité. Si cette affection n’expliquerait pas à elle seule sa défaite, elle reste l’une des anecdotes médicales les plus célèbres de l’histoire.

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Pier Paolo Walack
Journaliste pour Ma Santé. Formé au marketing, Pier Paolo s'est tourné vers le journalisme avec l’envie de mieux informer et de donner du sens aux sujets traités. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions de santé, qu’il aborde avec un souci de clarté, de pédagogie et de fiabilité, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre des informations parfois complexes.

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