Une femme placée dans un coma artificiel afin de favoriser sa récupération après de graves traumatismes.
Un coma artificiel dure généralement de quelques jours à quelques semaines, selon la gravité de l’état du patient et la vitesse à laquelle son organisme récupère. © Magnific

La chanteuse galloise Bonnie Tyler, âgée de 75 ans, est sortie du coma artificiel dans lequel elle avait été placée après une opération intestinale d’urgence au Portugal. Si son état s’améliore, l’artiste reste hospitalisée en soins intensifs. Mais à quoi sert le coma artificiel ? Que se passe-t-il dans le corps ? Explications.

Le coma artificiel est une procédure de réanimation régulièrement évoquée lors de l’hospitalisation de patients atteints de maladies graves ou après certaines interventions chirurgicales lourdes. Pourtant, cette pratique médicale reste mal connue du grand public et suscite de nombreuses interrogations.

Que se passe-t-il réellement dans le corps lorsqu’un patient est placé dans un coma artificiel ? Le cerveau continue-t-il de fonctionner ? Le patient peut-il entendre ce qui se passe autour de lui ? Et pourquoi le réveil peut-il prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines ?

Le coma artificiel, aussi appelé sédation profonde, est provoqué volontairement par les médecins à l’aide de médicaments administrés en continu par perfusion. Concrètement, le patient reçoit des sédatifs puissants, comme le propofol ou le midazolam, souvent associés à des antidouleurs de la famille des opioïdes. L’endormissement est généralement rapide et progressif. En quelques minutes, le patient perd conscience, cesse de percevoir son environnement et ne ressent plus la douleur. À mesure que les médicaments agissent, l’activité cérébrale ralentit fortement.

Comme ces traitements diminuent également la respiration, les médecins mettent le plus souvent en place une ventilation mécanique. Le patient est alors intubé et relié à un respirateur artificiel, qui assure les échanges d’oxygène à la place des poumons. Une fois la sédation installée, les médicaments continuent d’être administrés en continu afin de maintenir un niveau d’endormissement adapté à l’état du patient.

L’objectif n’est pas de « débrancher » le cerveau, mais de placer temporairement l’organisme au repos. En réduisant ses besoins en oxygène et en énergie, les équipes médicales lui permettent de concentrer ses ressources sur l’essentiel : lutter contre la maladie, récupérer après une intervention lourde ou laisser le temps aux traitements d’agir. Selon la Société de réanimation de langue française (SRLF), cette technique est notamment utilisée pour aider les patients à supporter des soins invasifs, comme la ventilation mécanique, contrôler la douleur ou limiter le stress physiologique provoqué par une situation critique.

Que se passe-t-il dans le cerveau ?

Le cerveau ne s’éteint pas. Sous l’effet des médicaments, son activité ralentit fortement, mais les fonctions vitales essentielles continuent d’être assurées. Le patient ne perçoit plus consciemment son environnement, ne ressent plus la douleur et ne réagit plus aux stimulations extérieures. Le tronc cérébral, qui contrôle des fonctions automatiques indispensables à la vie comme le rythme cardiaque, la pression artérielle ou la température corporelle, continue néanmoins de fonctionner.

Les médecins surveillent en permanence la profondeur de la sédation grâce à différents paramètres cliniques et biologiques. Dans certaines situations, ils peuvent également utiliser un électroencéphalogramme afin de suivre l’activité cérébrale. L’objectif n’est jamais de « déconnecter » complètement le cerveau, mais de trouver le juste équilibre entre protection de l’organisme et maintien des fonctions essentielles.

Une respiration souvent assistée

Les médicaments utilisés pour induire un coma artificiel ralentissent la respiration. La plupart des patients doivent donc être intubés puis reliés à un respirateur artificiel. Cette machine assure les échanges d’oxygène et de dioxyde de carbone à la place des poumons lorsque ceux-ci ne sont plus capables de fonctionner correctement ou lorsque l’effort respiratoire risquerait d’épuiser l’organisme. Selon l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), la ventilation mécanique permet aussi aux médecins de contrôler précisément la respiration du patient et d’optimiser l’oxygénation des organes. Même profondément endormi, le corps continue toutefois de fonctionner.

Le patient reçoit une alimentation adaptée grâce à une sonde digestive ou par perfusion, est hydraté en continu et bénéficie d’une surveillance étroite de ses constantes vitales. Sa tension artérielle, son rythme cardiaque, sa température, sa saturation en oxygène et son état neurologique sont contrôlés vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les équipes soignantes changent régulièrement sa position pour prévenir les escarres et réalisent des séances de kinésithérapie afin de limiter la fonte musculaire.

Entend-on ce qui se passe autour de soi ?

Après leur réveil, certains patients racontent avoir conservé des souvenirs fragmentés de leur séjour en réanimation. D’autres évoquent des rêves très réalistes, des voix lointaines ou des sensations diffuses. À l’inverse, beaucoup n’en gardent aucun souvenir. Selon la Société de réanimation de langue française (SRLF), il est aujourd’hui impossible de déterminer précisément ce qu’une personne perçoit pendant une sédation profonde.

Les quelques souvenirs rapportés semblent davantage liés aux effets des médicaments, à l’environnement particulier de la réanimation, entre alarmes, lumières et interventions des soignants, ou à des phases de réveil partiel, plutôt qu’à une réelle conscience de ce qui se passe autour du patient. Par précaution, les équipes médicales encouragent néanmoins les proches à continuer de parler au patient, à lui expliquer les soins en cours et à le rassurer. Maintenir ce lien humain, même lorsque la communication paraît impossible, fait pleinement partie de l’accompagnement en réanimation.

Dans les films, les patients ouvrent souvent les yeux d’un seul coup et retrouvent immédiatement leurs esprits. En réalité, ça ne se passe pas comme ça. Le réveil après un coma artificiel est généralement progressif et étroitement surveillé. Lorsque l’état du patient le permet, les médecins réduisent peu à peu les doses de sédatifs administrées par perfusion afin de laisser le cerveau reprendre progressivement son activité normale.

Ce retour à la conscience peut prendre quelques heures, mais aussi plusieurs jours, voire davantage. Tout dépend de nombreux facteurs, notamment de la durée de la sédation, de l’âge du patient, des médicaments utilisés et, surtout, de la gravité de la maladie ou du traumatisme ayant justifié le recours au coma artificiel. Les premiers instants sont souvent marqués par une grande confusion. Il n’est pas rare que les patients aient du mal à se repérer dans le temps ou dans l’espace, éprouvent des difficultés à se concentrer ou gardent des souvenirs flous de leur séjour en réanimation. Certains décrivent également des rêves intenses, des cauchemars ou des hallucinations.

À ces troubles cognitifs s’ajoute fréquemment une fatigue importante. Après plusieurs jours, voire plusieurs semaines d’alitement, le corps a perdu une partie de sa masse musculaire. Se lever, marcher ou simplement s’asseoir peut alors demander un effort considérable. Selon la Haute Autorité de santé (HAS), un séjour prolongé en réanimation peut entraîner un « syndrome post-réanimation », qui associe des séquelles physiques, psychologiques et cognitives. Une rééducation adaptée est parfois nécessaire pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois pour retrouver progressivement son autonomie.

À SAVOIR

L’immobilisation prolongée en réanimation entraîne une fonte musculaire très rapide. Selon la Société de réanimation de langue française (SRLF), un patient alité en soins intensifs peut perdre jusqu’à 2 % de sa masse musculaire par jour durant la première semaine d’hospitalisation.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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