Diabète : Novo Nordisk annonce le retrait de 5 traitements d’ici fin 2026

le 11 septembre 2026 à 17h56
Un homme diabétique qui prépare son injection d'insuline.
L'insuline Levemir tire sa révérence. Prescrite depuis plus de 20 ans, cette insuline lente de Novo Nordisk disparaîtra définitivement des pharmacies d'ici le 31 décembre 2026. © Magnific
Le géant pharmaceutique Novo Nordisk stoppera la commercialisation en Europe de cinq médicaments contre le diabète au 31 décembre 2026. L'arrêt concerne notamment l'insuline Levemir et le traitement Victoza. Sans urgence sanitaire mais dans un souci d'anticipation, les patients devront consulter leur médecin pour adapter leur prescription vers des alternatives disponibles.
Sommaire

Une réorganisation d’ampleur s’annonce pour de nombreux patients diabétiques. D’ici la fin de l’année 2026, cinq références du catalogue du laboratoire danois Novo Nordisk disparaîtront des officines françaises et européennes. L’annonce, communiquée par le laboratoire et relayée aux professionnels de santé, donne ainsi plus d’un an aux équipes médicales et aux patients pour organiser les substitutions nécessaires sans rompre la continuité des soins.

Cette décision industrielle touche aussi bien des insulines que des traitements injectables non insuliniques. Les équipes médicales s’attellent désormais à préparer cette transition qui concerne directement l’équilibre glycémique de milliers de personnes en France.

Diabète en France : où en est-on ?

Selon les données publiées par Santé publique France, plus de 4 millions de personnes sont atteintes de diabète dans l’Hexagone, soit près de 5,6 % de la population traitée pharmacologiquement. La pathologie se divise principalement en deux catégories :

  • Le diabète de type 1 (environ 6 % à 10 % des cas), une maladie auto-immune caractérisée par une absence totale de production d’insuline par le pancréas, imposant des injections quotidiennes vitales dès le diagnostic.
  • Le diabète de type 2 (environ 92 % des cas), lié à un déficit progressif d’insuline associé à une résistance de l’organisme, traité par mesures hygiéno-diététiques, antidiabétiques oraux ou injectables (comme les analogues du GLP-1), puis par insuline lorsque la maladie évolue.

Dans ce contexte épidémiologique, l’annonce de l’arrêt de plusieurs traitements injectables majeurs concerne directement la prise en charge quotidienne de milliers de personnes.

Les cinq médicaments concernés par l’arrêt

Le retrait cible des molécules précises ou des conditionnements particuliers au sein des gammes du fabricant :

  • Victoza (liraglutide) : la solution injectable en stylo prérempli (6 mg/mL), appartenant à la classe des analogues du GLP-1, indiquée dans le diabète de type 2.
  • Levemir FlexPen et Penfill (insuline détémir) : l’intégralité de cette gamme d’insuline d’action lente (basale) est retirée du marché.
  • Fiasp PumpCart (insuline asparte) : la cartouche de 1,6 ml d’insuline ultra-rapide conçue spécifiquement pour certaines pompes à insuline.
  • NovoMix 50 FlexPen (insuline asparte) : le stylo prérempli d’insuline biphasique (mélange à 50 % d’insuline rapide et 50 % d’insuline intermédiaire).

Certaines présentations restent toutefois disponibles. C’est le cas des autres formes de Fiasp (en flacon, en stylo FlexTouch et en cartouche Penfill classique) ainsi que de la spécialité NovoMix 30, qui ne sont pas impactées par cette mesure.

Diabète : pourquoi certains médicaments vont être retirés ? 

Des traitements dépassés par la science

Mis au point au début des années 2000, ces médicaments ont fini par être distancés par l’innovation médicale. Celle ci privilégie aujourd’hui des molécules plus stables, sûres et pratiques. C’est typiquement le cas de l’insuline Levemir (détémir). Sa durée d’action inférieure à 24 heures imposait souvent deux injections par jour. Elle est désormais surclassée par les insulines de deuxième génération, comme la dégludec (Tresiba) ou la glargine U300 (Toujeo). Plus régulières et agissant plus de 24 heures, elles éliminent les pics d’action et réduisent nettement le risque d’hypoglycémie, notamment la nuit.

Même constat pour le Victoza (liraglutide). Son injection quotidienne est aujourd’hui dépassée par les analogues du GLP-1 à injection hebdomadaire comme le sémaglutide (Ozempic). Passer de 365 à seulement 52 piqûres par an offre un confort de vie inédit aux patients tout en facilitant le suivi du traitement.

La fin des brevets et l’arrivée des biosimilaires

Au-delà de l’intérêt médical, la réalité industrielle reprend vite ses droits. Lorsqu’un médicament vieillit, ses brevets tombent dans le domaine public, ouvrant la voie aux « biosimilaires », l’équivalent des génériques pour les biomédicaments.

Proposées à des tarifs nettement inférieurs, ces copies font s’effondrer la rentabilité de la molécule d’origine. Pour le laboratoire, maintenir à grands frais des lignes de production historiques dont les marges rétrécissent n’est plus rentable. Novo Nordisk préfère donc couper le robinet pour réinvestir ses ressources sur ses molécules de dernière génération, toujours sous protection intellectuelle.

Des usines saturées et des formats de niche supprimés

Dernier maillon de l’équation : la saturation de l’outil industriel. Le laboratoire Novo Nordisk fait face à une demande mondiale inédite pour ses molécules phares, en particulier le sémaglutide (Ozempic, Wegovy) et l’insuline dégludec (Tresiba).

Pour désengorger ses sites de fabrication et libérer des capacités de production devenues critiques, le groupe choisit de rationaliser son catalogue. Les traitements en perte de vitesse ainsi que les présentations de niche, comme les cartouches Fiasp PumpCart réservées à certaines pompes ou les stylos NovoMix 50, demandent une logistique et des lignes de conditionnement spécifiques très lourdes. L’industriel préfère donc sacrifier ces formats minoritaires au profit de ses lignes d’assemblage à grande échelle.

Comment organiser la transition médicale ? 

Alors, si vous êtes diabétique, que faire ? Bien que la commercialisation soit maintenue de façon progressive durant toute l’année 2026, l’anticipation est recommandée. La prise en charge du diabète reposant sur une stabilité rigoureuse, toute modification de traitement nécessite un encadrement médical strict. Pour l’ensemble des spécialités retirées, des alternatives équivalentes existent sur le marché français. D’autres insulines basales (comme l’insuline glargine ou dégludec) remplacent Levemir. D’autres analogues du GLP-1 sont disponibles pour les patients traités par Victoza.

Cependant, changer d’insuline exige fréquemment un ajustement des doses, de l’horaire d’injection et une surveillance glycémique renforcée pendant les premières semaines. Les professionnels de santé conseillent donc aux patients de profiter de leurs prochaines consultations de suivi pour programmer le changement de prescription en toute sécurité.

À SAVOIR 

Le Victoza et toute la famille des traitements GLP-1 doivent leur origine au monstre du Gila (Heloderma suspectum), un lézard venimeux originaire des déserts américains. Dans les années 1990, des chercheurs ont découvert que la salive de ce reptile contient une protéine unique (l’exendine-4). Très proche de notre hormone naturelle GLP-1, elle présente l’incroyable propriété de ne pas se dégrader immédiatement dans l’organisme, permettant au lézard de maintenir une glycémie stable pendant des mois.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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