Le Parlement adopte une grande loi pour dépister plus tôt les maladies cardiovasculaires

le 22 juillet 2026 à 12h19
Un professionnel de santé ausculte un homme pour évaluer sa santé cardiovasculaire.
Selon Yannick Neuder, les maladies cardiovasculaires coûtent chaque année entre 20 et 30 milliards d'euros. © Magnific
Le Parlement a définitivement adopté, le 20 juillet 2026, une proposition de loi portée par le cardiologue et député Yannick Neuder visant à faire de la prévention des maladies cardio-neuro-vasculaires une priorité nationale. Une stratégie ambitieuse qui entend agir bien avant le premier infarctus ou le premier AVC.
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Yannick Neuder, Député de l’Isere, ancien ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux soins – Médecin cardiologue – Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes. © MB

Les maladies cardiovasculaires restent l’un des principaux défis de santé publique en France. Chaque année, elles sont responsables d’environ 140 000 décès et de 1,2 million d’hospitalisations, selon les données reprises dans les travaux parlementaires. Pourtant, une large partie de ces événements pourrait être évitée grâce à une meilleure prévention des facteurs de risque, comme l’hypertension artérielle, le diabète, le tabagisme ou l’excès de cholestérol.

C’est tout l’enjeu de la proposition de loi portée par Yannick Neuder, cardiologue de formation et ancien ministre de la Santé, définitivement adoptée par le Parlement. Son ambition est de changer de logique : ne plus attendre qu’un infarctus ou un AVC survienne pour agir, mais détecter plus tôt les facteurs de risque afin de prévenir les maladies cardio-neuro-vasculaires avant qu’elles ne se déclarent.

Plan cœur : pourquoi cette loi était-elle devenue nécessaire ?

Depuis plusieurs années, les sociétés savantes, les cardiologues et les associations de patients alertent sur un paradoxe. Les traitements progressent, mais de nombreuses personnes découvrent encore leur hypertension ou leur cholestérol élevé… après un accident cardiovasculaire.

Or, selon la Haute Autorité de santé (HAS), l’hypertension artérielle constitue le premier facteur de risque d’AVC et l’un des principaux facteurs d’infarctus. Elle touche près de 17 millions de Français, mais plusieurs millions de personnes ignoreraient encore qu’elles en souffrent, faute de dépistage. À cela s’ajoutent le diabète, le tabac, la sédentarité, le surpoids ou encore certaines formes héréditaires d’hypercholestérolémie, qui peuvent passer inaperçues pendant des années. La nouvelle loi s’inscrit donc dans un changement de philosophie : faire de la prévention un véritable pilier de la politique de santé.

Maladies cardio-neuro-vasculaires : en quoi consiste le plan coeur ? 

Un dépistage qui commence… dès l’âge de 6 ans

Le texte prévoit qu’au cours de l’année suivant leur sixième anniversaire, les enfants se verront proposer un rendez-vous de dépistage des maladies cardio-neuro-vasculaires, notamment pour rechercher une hypercholestérolémie familiale. Cette maladie génétique entraîne un taux de cholestérol très élevé dès le plus jeune âge et expose à un risque d’infarctus précoce si elle n’est pas diagnostiquée.

Concrètement, ce rendez-vous comportera une évaluation clinique et, lorsque le médecin le jugera nécessaire, des examens biologiques. L’objectif n’est pas de médicaliser tous les enfants, mais d’identifier précocement ceux qui présentent un risque élevé pour mettre en place un suivi adapté. Le texte renforce également les rendez-vous de prévention déjà prévus à différents âges de la vie. Ils devront désormais intégrer une sensibilisation systématique aux principaux facteurs de risque cardiovasculaire comme l’hypertension artérielle, le diabète, le tabagisme et le cholestérol.

Les pharmaciens davantage impliqués dans le dépistage

Les pharmaciens pourront jouer un rôle plus actif dans le dépistage de l’hypertension. Jusqu’à présent, la prise de tension était déjà couramment réalisée en officine, mais son interprétation dans une démarche de dépistage restait juridiquement limitée. La nouvelle loi ouvre la voie à une participation plus large des pharmaciens au repérage de l’hypertension artérielle, dans un cadre qui sera précisé par les textes d’application et accompagné d’une prise en charge par l’Assurance maladie.

L’objectif est de profiter des quelque 20 000 pharmacies réparties sur le territoire pour toucher des personnes qui consultent peu leur médecin, notamment dans les zones où l’accès aux soins est plus difficile.

L’école et le travail aussi concernés

Le Plan Cœur ne se limite pas au système de soins. La prévention devra également être renforcée à l’école, pour sensibiliser plus tôt aux habitudes favorables à la santé cardiovasculaire : 

  • activité physique, 
  • alimentation équilibrée, 
  • lutte contre le tabagisme,
  • connaissance des principaux facteurs de risque.

Le texte prévoit aussi une implication accrue des services de prévention et de santé au travail, qui pourront participer à des campagnes de dépistage des maladies cardio-neuro-vasculaires auprès des salariés. De nombreuses maladies cardiovasculaires évoluent silencieusement pendant plusieurs années. Le milieu professionnel représente donc un lieu privilégié pour détecter plus tôt certaines anomalies.

Une approche qui dépasse la seule question de la santé

Les maladies cardiovasculaires représentent un poids considérable pour le système de santé, tant par les hospitalisations qu’elles entraînent que par les arrêts de travail, les incapacités ou les décès prématurés. Les auteurs du texte défendent ainsi une approche dite médico-économique : investir davantage dans la prévention aujourd’hui permettrait de réduire les coûts humains et financiers demain.

Cette logique rejoint d’ailleurs les recommandations de nombreuses organisations internationales, dont l’OMS, qui considère la prévention des maladies non transmissibles comme l’un des principaux leviers pour améliorer l’espérance de vie en bonne santé.

Plan coeur : une loi qui reste à concrétiser

Si le Parlement a désormais adopté définitivement le texte, son application dépendra encore de plusieurs décrets qui préciseront les modalités concrètes des nouveaux dépistages, les professionnels concernés, leur financement et leur organisation.

Le succès du Plan Cœur reposera également sur la participation du public. Car mesurer sa tension, faire contrôler son cholestérol, arrêter de fumer, pratiquer une activité physique régulière ou mieux manger restent aujourd’hui les gestes les plus efficaces pour prévenir les maladies cardiovasculaires. En misant sur une prévention plus précoce, plus régulière et plus proche du quotidien des Français, le Plan Cœur marque une évolution importante de la politique de santé : tenter d’éviter l’accident plutôt que d’en réparer les conséquences.

À SAVOIR 

Votre dentiste peut aussi contribuer à protéger votre cœur. Une mauvaise santé des gencives (parodontite) est associée à un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires, notamment en raison de l’inflammation chronique qu’elle entretient. C’est pourquoi certains cabinets dentaires intègrent désormais une mesure de la tension artérielle lors des consultations afin de repérer d’éventuelles hypertensions encore méconnues.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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