Ils sont un peu plus de 2 000 à avoir franchi le pas en 2025. Plus précisément, 1 015 hommes ont été candidats au don de spermatozoïdes et 1 050 femmes au don d’ovocytes, selon les derniers chiffres de l’Agence de la biomédecine. Pour les ovocytes, c’est même une première puisque jamais le seuil des 1 000 candidates n’avait été dépassé en France.
Sur le papier, la dynamique est donc plutôt encourageante. Mais elle ne suffit pas encore à suivre le rythme des demandes. Des milliers de femmes et de couples engagés dans un parcours d’assistance médicale à la procréation (AMP), plus couramment appelée PMA, ont besoin d’un don de spermatozoïdes ou d’ovocytes pour espérer avoir un enfant. Et pour eux, la patience reste de mise. Fin 2025, 8 700 personnes étaient encore en attente d’une AMP avec don de spermatozoïdes. Tandis que plus de 2 700 attendaient une prise en charge avec don d’ovocytes, d’après l’Agence de la biomédecine.
Don de gamètes : des besoins qui dépassent toujours plus les dons
Plus de 12 000 demandes de don de spermatozoïdes en un an
C’est du côté du don de spermatozoïdes que le changement d’échelle est le plus spectaculaire. En 2025, plus de 12 000 nouvelles demandes d’AMP avec don de spermatozoïdes ont été enregistrées pour des couples de femmes et des femmes seules, indique l’Agence de la biomédecine. Un volume environ six fois supérieur à celui observé avant la loi de bioéthique de 2021.
Cette loi a profondément changé le paysage de la PMA en France. Depuis 2021, l’assistance médicale à la procréation n’est plus réservée aux couples composés d’un homme et d’une femme confrontés notamment à une infertilité. Les couples de femmes et les femmes non mariées peuvent également y accéder, sans différence de traitement liée à leur orientation sexuelle ou à leur statut matrimonial, comme le prévoit l’article 1er de la loi de bioéthique du 2 août 2021.
Logiquement, davantage de personnes peuvent désormais solliciter un don, alors que le nombre de donneurs ne peut pas augmenter du jour au lendemain. Les centres ont pourtant accéléré le rythme. En 2025, plus de 5 300 personnes ont pu accéder à une première tentative d’AMP avec don de spermatozoïdes. Soit 10,4 % de plus qu’en 2024. Au total, plus de 14 800 ponctions et inséminations ont été réalisées dans ce cadre, contre un peu plus de 13 300 l’année précédente. La file d’attente commence ainsi à diminuer. Elle est passée de 10 600 personnes fin 2024 à 8 700 fin 2025. Une amélioration réelle, mais qui ne règle pas encore le problème.
Jusqu’à 28 mois d’attente selon les centres !
Pour les personnes concernées, le manque de gamètes ne se résume évidemment pas à une ligne dans un tableau statistique. Il se mesure aussi en mois. En 2025, le délai moyen entre le début de la prise en charge et une première tentative d’AMP avec don de spermatozoïdes était de 17,7 mois. Exactement comme en 2024. Et cette moyenne nationale masque de fortes différences. Selon l’Agence de la biomédecine, les délais peuvent aller de 8 à 28 mois selon les centres.
Autrement dit, deux personnes engagées dans un parcours comparable ne patienteront pas forcément aussi longtemps selon l’endroit où elles sont prises en charge. Le délai dépend notamment des stocks de gamètes disponibles. Certaines caractéristiques nécessaires à l’appariement peuvent également jouer. L’objectif est notamment de tenir compte, lorsque cela est possible, de certaines caractéristiques physiques du donneur et des personnes receveuses. Lorsque certains profils de donneurs sont plus rares, l’attente peut donc s’allonger.
Don d’ovocytes : un record de donneuses… mais toujours pas suffisant
Du côté des ovocytes, 2025 marque tout de même une étape symbolique. 1 050 femmes se sont portées candidates au don, contre 929 en 2024. C’est une hausse d’environ 13 % en un an et la première fois que la barre des 1 000 est franchie. Mais, là encore, les besoins restent supérieurs aux ressources disponibles. Plus de 2 700 personnes étaient toujours en attente d’une prise en charge avec don d’ovocytes à la fin de l’année 2025. Le délai moyen atteignait 22 mois, contre 24 mois en 2024. Deux mois gagnés, donc, mais près de deux années d’attente en moyenne avant une première tentative.
L’attente peut également varier sensiblement d’un centre à l’autre. L’Agence de la biomédecine indique qu’un parcours avec don d’ovocytes peut nécessiter, selon les situations et les centres, entre 12 et 30 mois avant l’attribution des ovocytes à la personne receveuse. La difficulté tient aussi à la nature même du don. Donner ses ovocytes est un processus plus contraignant qu’un don de spermatozoïdes : la donneuse doit notamment suivre un parcours médical permettant le prélèvement des ovocytes. L’ensemble de la procédure de don peut s’étaler sur plusieurs mois.
Pourquoi les besoins en dons de gamètes ont-ils autant augmenté ?
Le manque de donneurs n’est pas nouveau, mais l’équation a changé depuis 2021. Avec l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, le nombre de personnes susceptibles d’avoir recours à un don de spermatozoïdes a fortement augmenté en France. À ces nouvelles demandes s’ajoutent celles des couples confrontés à une infertilité nécessitant le recours à un donneur.
Les dons de gamètes ont pourtant progressé. Pour le seul don de spermatozoïdes, 1 015 candidats ont été recensés en 2025, contre environ 380 par an en moyenne avant la réforme de la bioéthique, selon l’Agence de la biomédecine. Une hausse importante, mais qui ne suffit pas à absorber l’augmentation des besoins. C’est tout le paradoxe actuel. La France compte davantage de candidats au don qu’il y a quelques années, mais la demande a progressé encore plus vite. Résultat, malgré l’augmentation des dons et du nombre de prises en charge, les listes d’attente restent importantes.
Qui peut donner ses spermatozoïdes ou ses ovocytes ?
Pour rappel, en France, le don de gamètes est volontaire, gratuit et encadré par la loi. Il est ouvert aux hommes de 18 à 44 ans pour le don de spermatozoïdes et aux femmes de 18 à 37 ans pour le don d’ovocytes. Il n’est pas nécessaire d’avoir déjà eu des enfants pour donner. Dans les deux cas, le parcours débute dans un centre de don autorisé, avec plusieurs rendez-vous et examens médicaux. Pour les hommes, un premier recueil permet notamment d’évaluer les spermatozoïdes avant de procéder à plusieurs autres recueils, dont le nombre varie selon les situations. L’ensemble du parcours peut ainsi s’étaler sur quelques semaines à quelques mois.
Le don d’ovocytes est un peu plus contraignant. Après le bilan médical, la donneuse suit une stimulation ovarienne pendant une dizaine de jours, sous surveillance médicale, afin de permettre le développement de plusieurs ovocytes. Ceux-ci sont ensuite prélevés à l’hôpital au cours d’une intervention de courte durée. Selon l’Agence de la biomédecine, l’ensemble du parcours de don se déroule généralement en moins de six mois.
L’enfant peut désormais connaître l’identité du donneur à sa majorité
L’anonymat du don a aussi évolué. Depuis la loi de bioéthique de 2021, une personne née grâce à une AMP avec un donneur peut, une fois majeure et si elle le souhaite, demander à connaître son identité. Elle peut également obtenir d’autres informations sur lui, comme son âge au moment du don, ses caractéristiques physiques, sa situation familiale et professionnelle ou encore les raisons qui l’ont poussé à donner. Cela ne veut pas dire que les futurs parents connaissent l’identité du donneur au moment de la PMA. L’anonymat reste la règle entre le donneur et les personnes qui bénéficient du don. Seul l’enfant né grâce à ce don pourra, à partir de 18 ans, demander à connaître l’identité du donneur et à obtenir certaines informations sur lui.
Cette possibilité fait désormais partie des conditions du don. Une personne qui souhaite donner ses spermatozoïdes ou ses ovocytes doit accepter que son identité et certaines informations puissent être communiquées, des années plus tard, à l’enfant né grâce à son don si celui-ci en fait la demande une fois majeur. Si le donneur refuse cette possibilité, le don ne peut pas être réalisé.
Depuis le 31 mars 2025, seuls les spermatozoïdes et les ovocytes provenant de donneurs ayant accepté ces nouvelles règles peuvent être utilisés pour de nouvelles tentatives de PMA. Cette date marque donc l’application complète de la réforme prévue par la loi de bioéthique de 2021. Selon l’Agence de la biomédecine, les personnes nées d’un don réalisé dans ce nouveau cadre ont ainsi la garantie de pouvoir demander l’accès à leurs origines lorsqu’elles deviennent majeures.
À SAVOIR
Un même donneur ne peut pas être à l’origine d’un nombre illimité d’enfants. En France, la loi prévoit que les gamètes d’un même donneur ne peuvent conduire à la naissance de plus de dix enfants. Cette limite permet notamment de réduire le risque que des personnes issues du même donneur se rencontrent un jour sans connaître leur lien biologique. Cette règle est inscrite dans le Code de la santé publique.





