
Trop de somnifères, trop longtemps. Face à l’usage prolongé, souvent hors cadre médical, des médicaments contre l’insomnie, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) impose désormais aux laboratoires de commercialiser des boîtes de zopiclone, zolpidem et nitrazépam contenant seulement 5 à 7 comprimés. L’objectif est de coller à la durée de traitement recommandée d’une semaine… et couper court à la dépendance.
L’insomnie n’a rien d’anodin. Mais les solutions qu’on lui oppose sont parfois, elles, loin d’être sans risques. Depuis le 26 juin 2025, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) a décidé de taper du poing sur la table : les laboratoires devront désormais commercialiser les somnifères zopiclone, zolpidem et nitrazépam en boîtes réduites à 5 à 7 comprimés, correspondant à un traitement d’une semaine maximum.
Pourquoi cette décision ? Parce qu’en France, l’usage des somnifères reste problématique. D’après Santé Publique France, près de 10 % des adultes ont consommé une benzodiazépine au cours des 12 derniers mois, souvent bien au-delà des recommandations. Pourtant, ces médicaments ne doivent être utilisés que de manière ponctuelle, pour une durée allant de quelques jours à 3 semaines, et à la dose la plus faible possible.
Somnifères : la durée de traitement désormais au cœur des prescriptions
Zopiclone, zolpidem, nitrazépam : trois noms, une même alerte
Zopiclone (Imovane®), zolpidem (Stilnox®), nitrazépam (Mogadon®) Derrière ces noms un brin barbares se cachent des molécules bien connues des médecins… et parfois trop familières des patients. Elles font partie des benzodiazépines et apparentés, prescrits pour les troubles sévères du sommeil.
Mais le problème, c’est que le traitement ponctuel se transforme souvent en habitude insidieuse. La tolérance s’installe, la dose augmente, et le risque de dépendance physique et psychique grimpe en flèche.
À la clé : amnésie, chutes, troubles de l’attention, et pour les conducteurs, un risque accru d’accidents. En 2023, près de 30 % des hospitalisations pour chute chez les plus de 65 ans concernaient des patients sous benzodiazépines, selon les données de l’Assurance maladie.
Des petites boîtes pour un usage plus sûr
C’est donc pour réaligner la prescription sur les recommandations officielles que l’ANSM a pris cette décision inédite. Moins de comprimés = moins de risques. Logique implacable.
« Diminuer le nombre de comprimés dans les boîtes, c’est réduire le risque d’utilisation prolongée et donc celui de dépendance », affirme l’ANSM dans un communiqué publié le 26 juin 2025.
Les boîtes actuelles peuvent contenir jusqu’à 30 comprimés, soit largement plus qu’un traitement d’une semaine. En imposant des conditionnements plus petits 5 à 7 comprimés, l’ANSM oblige médecins et pharmaciens à repenser la durée réelle de traitement.
Une campagne d’information pour accompagner les professionnels de santé
L’initiative s’inscrit dans une campagne plus large de sensibilisation sur le bon usage des benzodiazépines. L’ANSM rappelle que ces traitements doivent être prescrits en dernière intention, après avoir exploré des solutions non médicamenteuses, comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ou l’hygiène du sommeil (régularité, pas d’écran le soir, activité physique en journée…).
Par ailleurs, les pharmaciens sont invités à délivrer en priorité ces nouveaux petits conditionnements lorsque la durée de traitement prescrite le permet. L’Ordre national des pharmaciens soutient cette mesure et appelle à une vigilance renforcée sur la délivrance au long cours, trop souvent banalisée.
Somnifères : une transition nécessaire vers un usage plus raisonné
Le message est clair : plus jamais de somnifères à prendre « au cas où » dans la table de nuit. Cette réforme vise à rééduquer en douceur le lien entre patient et médicament, à redonner du sens à la prescription, et surtout à protéger la santé publique.
Alors que la France reste l’un des pays les plus gros consommateurs de benzodiazépines en Europe selon l’OFDT, ce tournant réglementaire pourrait amorcer une prise de conscience collective. La durée de traitement des somnifères, longtemps négligée, devient enfin une priorité.
À SAVOIR
En France, 13 millions de personnes reçoivent chaque année une benzodiazépine. Près d’1 patient sur 4 dépasse la durée recommandée de traitement, selon l’Assurance maladie (2022). Les seniors sont les plus exposés aux effets indésirables.







