Après une hospitalisation, on connaît bien le petit questionnaire qui demande si l’accueil s’est bien passé, si les soignants ont été à l’écoute ou si les informations données étaient suffisamment claires. Mais est-ce que le patient va réellement mieux après ses soins ? C’est justement ce que cherchent à mesurer les PROMs, pour Patient-Reported Outcome Measures.
Concrètement, il s’agit de questionnaires remplis directement par les patients pour décrire leur état de santé et son évolution après une prise en charge. Selon les questionnaires, ils peuvent être interrogés sur leur douleur, leur fatigue, leur mobilité, leurs symptômes, leur état psychologique ou encore leur capacité à reprendre leurs activités quotidiennes. L’objectif n’est donc pas de savoir s’ils ont apprécié leur séjour à l’hôpital, mais ce que les soins ont réellement changé dans leur vie.
Ce 15 septembre 2026, une enquête menée par Statista auprès des hôpitaux et cliniques privés français vient mettre ces questionnaires sur le devant de la scène. Ouverte jusqu’au 16 octobre, elle doit permettre de savoir comment les établissements les utilisent aujourd’hui dans leurs différents services et spécialités. Les réponses serviront notamment à l’élaboration du classement 2027 des établissements privés en cardiologie, orthopédie, ophtalmologie, obstétrique et gynécologie. Mais au-delà de ce palmarès, l’enquête s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus large. Depuis plusieurs années, les autorités sanitaires françaises cherchent elles aussi à mieux prendre en compte l’état de santé rapporté directement par les patients dans l’évaluation et l’amélioration des soins.
Hôpital : ces questionnaires qui veulent savoir si vous allez mieux
Un PROM, c’est quoi exactement ?
Prenons un patient qui vient de se faire poser une prothèse de hanche. Quelques semaines plus tard, le chirurgien peut vérifier que tout est bien en place et qu’aucune complication n’est apparue. Mais cela ne dit pas forcément si le patient a encore mal, s’il peut monter les escaliers ou s’il a retrouvé ses activités habituelles. C’est là qu’interviennent les PROMs (Patient-Reported Outcome Measures). Ces questionnaires permettent au patient d’évaluer lui-même les résultats de ses soins, à travers des questions sur sa douleur, sa fatigue, sa mobilité, ses symptômes ou encore sa qualité de vie.
Ils ne remplacent évidemment ni le médecin ni les examens médicaux. Ils les complètent avec une information essentielle : ce que le patient ressent et ce qu’il arrive réellement à faire dans son quotidien. Certains PROMs évaluent la santé de manière générale, tandis que d’autres sont adaptés à une maladie précise, comme le cancer, l’asthme ou la dépression.
Non, ce n’est pas un questionnaire de satisfaction
Un PROM ne sert pas à demander au patient s’il a apprécié son séjour à l’hôpital. La Haute Autorité de santé (HAS) distingue plusieurs façons de recueillir son point de vue.
- Les PROMs mesurent les résultats des soins sur son état de santé.
- Les PREMs (Patient-Reported Experience Measures) s’intéressent plutôt à la façon dont il a vécu sa prise en charge : attente, informations reçues, communication avec les soignants ou prise en compte de la douleur.
La différence est assez simple. Demander « avez-vous reçu suffisamment d’informations avant votre opération ? » concerne l’expérience du patient. Lui demander « avez-vous toujours mal lorsque vous marchez ? » permet plutôt d’évaluer le résultat des soins. En France, l’expérience et la satisfaction des patients sont déjà recueillies à l’échelle nationale grâce à e-Satis, piloté par la HAS après certaines hospitalisations. Les PROMs apportent une autre information : ils cherchent à savoir comment l’état de santé du patient a réellement évolué après sa prise en charge.
La France est encore en retard sur les PROMs
Le concept n’est pas nouveau. Son déploiement reste toutefois très inégal. Dans un rapport consacré aux PROMs et aux PREMs et comparant les pratiques de 13 pays, la Haute Autorité de santé constatait que la France était moins avancée dans l’utilisation des PROMs que dans celle des questionnaires portant sur l’expérience des patients. Pour savoir ce qui se passait concrètement sur le terrain, la HAS a donc lancé une enquête nationale entre décembre 2021 et mars 2022 auprès des établissements de santé et des structures de soins de ville. Son constat de départ était justement qu’il existait des initiatives locales ou régionales, mais qu’elles étaient encore mal recensées à l’échelle du pays.
Depuis, les expérimentations se poursuivent. La HAS a notamment accompagné quatre projets menés pendant deux ans, entre 2021 et 2023. Ils concernaient des patients suivis après une hospitalisation pour alcoolodépendance, des personnes traitées pour un syndrome d’apnées du sommeil, des patientes atteintes d’un cancer du sein et des patients sous hémodialyse chronique. Cinquante-trois candidatures avaient été reçues lors de l’appel à projets et quatre avaient finalement été retenues. L’objectif était de comprendre ce qui fonctionne, mais également ce qui coince lorsqu’un établissement essaie de faire entrer ces questionnaires dans sa pratique quotidienne.
À quoi servent réellement les réponses des patients ?
Faire remplir des questionnaires aux patients n’a évidemment d’intérêt que si leurs réponses servent ensuite à quelque chose. À l’échelle individuelle, les PROMs peuvent aider les soignants à repérer des problèmes qui seraient autrement passés sous le radar. Une douleur qui persiste, une fatigue inhabituelle, des difficultés à marcher ou à reprendre certaines activités peuvent ainsi apparaître dans les réponses, même si le patient n’en avait pas spontanément parlé lors de la consultation. Ces informations peuvent faciliter les échanges avec les soignants et aider à adapter la prise en charge.
Mais l’intérêt ne s’arrête pas à un seul patient. En regroupant les réponses, un établissement peut aussi observer comment évoluent les patients après un même traitement ou une même intervention. Si beaucoup signalent, par exemple, des douleurs persistantes plusieurs mois après une opération, cela peut aider les équipes à identifier un problème et à revoir certaines pratiques. Les PROMs deviennent ainsi un outil supplémentaire pour évaluer et améliorer la qualité des soins. C’est aussi pour cette raison que les autorités sanitaires françaises encouragent depuis plusieurs années une meilleure prise en compte de ce que les patients rapportent eux-mêmes sur leur santé.
Mais comment intégrer ces questionnaires à l’hôpital ?
Sur le papier, l’idée paraît simple. Il suffit de demander aux patients comment ils vont après leurs soins. Dans les faits, intégrer ces questionnaires au quotidien d’un hôpital ou d’une clinique demande une véritable organisation. Il faut déterminer quand les envoyer, qui récupère les réponses et surtout qui intervient lorsqu’un patient signale une douleur importante ou une dégradation de son état. La Haute Autorité de santé (HAS) relève plusieurs difficultés. Les PROMs doivent trouver leur place dans le parcours de soins, être facilement utilisables par les professionnels et permettre aux équipes d’exploiter réellement les réponses obtenues.
Le questionnaire doit également rester accessible aux patients. Les questions doivent être faciles à comprendre et le mode de réponse adapté, avec une aide possible lorsque cela est nécessaire. Les résultats doivent ensuite parvenir aux soignants sous une forme suffisamment claire pour pouvoir être utiles à la prise en charge. Car faire remplir un questionnaire n’a guère d’intérêt si les réponses finissent stockées quelque part sans jamais servir au patient ni aux équipes médicales.
À SAVOIR
Les premiers travaux visant à mesurer directement le point de vue des patients sur leur santé remontent aux années 1970. Selon la Haute Autorité de santé, leur utilisation s’est ensuite développée dans plusieurs pays européens, dont la France à partir des années 2000.




