Une plaque rouge apparaît après une journée passée au soleil. Premier réflexe : penser à un coup de soleil. Pourtant, certaines marques interrogent davantage. Elles dessinent une ligne sur l’avant-bras, ressemblent à une éclaboussure, forment des taches irrégulières ou des cloques exactement à l’endroit où la peau a été en contact avec du citron, une plante ou de la sève.
Dans ce cas, il peut s’agir d’une phytophotodermatose, également appelée phytophotodermatite. Cette réaction cutanée apparaît lorsqu’une substance présente dans certains végétaux entre en contact avec la peau avant une exposition aux ultraviolets.
Contrairement à une dermatite allergique (eczéma), elle ne dépend pas d’une allergie ni d’une hypersensibilité particulière du système immunitaire : il s’agit d’une réaction phototoxique.
Comment reconnaître un coup de soleil ?
Le coup de soleil correspond à une véritable brûlure de l’épiderme provoquée principalement par les UVB. Dans sa forme la plus légère, la peau devient rouge, chaude, sensible et parfois douloureuse. Cette rougeur apparaît généralement entre 6 et 24 heures après l’exposition. Des démangeaisons peuvent également accompagner la réaction.
La différence tient surtout à sa répartition. Le coup de soleil suit assez fidèlement les parties du corps exposées : épaules découvertes, dos, visage, décolleté ou jambes, avec souvent une limite nette au niveau des vêtements.
Lorsque la brûlure est plus importante, des cloques remplies d’un liquide clair peuvent apparaître. Quelques jours plus tard, la peau peut peler : c’est la desquamation.
Quels symptômes évoquent plutôt une phytophotodermatose ?
La phytophotodermatose peut elle aussi provoquer une rougeur, une sensation de brûlure, un gonflement et parfois des vésicules ou des cloques.
Son aspect est toutefois différent. Les lésions cutanées reproduisent souvent la zone où la peau a été en contact avec le végétal : elles peuvent former une ligne laissée par une tige, des traces de doigts ou encore des marques en forme de gouttes ou d’éclaboussures.
Ces formes irrégulières constituent un indice important. Les lésions peuvent être linéaires ou présenter des contours inhabituels, avec une intensité variable allant d’une simple rougeur de la peau jusqu’à l’apparition de bulles.
Pourquoi le citron, les plantes et le soleil peuvent-ils brûler la peau ?
Certaines plantes renferment des substances appelées furocoumarines. Après contact avec la peau, celles-ci peuvent réagir sous l’effet des UVA du soleil et provoquer une inflammation cutanée. Des agrumes comme le citron vert, mais également le céleri, certaines herbes et le figuier font partie des végétaux décrits comme responsables.
L’Anses rappelle également que certaines plantes commercialisées tels que la Berce du Caucase, le Figuier, les agrumes et les légumes et aromates de la famille des ombellifères peuvent provoquer une réaction anormale lorsqu’un contact cutané est suivi d’une exposition au soleil.
Un exemple classique survient donc pendant l’été : préparer des boissons avec du citron, jardiner ou manipuler une plante, puis s’exposer au soleil sans avoir correctement lavé la zone concernée.
Il ne s’agit pas d’une infection, d’un eczéma contagieux ou d’une mycose. Une autre personne ne peut pas « attraper » les lésions en touchant la peau.
Quelle différence visuelle permet de ne pas les confondre ?
Le coup de soleil est généralement uniforme. Toute la surface ayant reçu suffisamment d’ultraviolets rougit de manière relativement homogène.
La phytophotodermatose est au contraire souvent localisée et dessinée. Une partie de l’avant-bras peut être totalement normale tandis qu’une longue marque rouge traverse la peau. Des petites zones peuvent apparaître séparément comme si un liquide avait coulé dessus.
Autre particularité : après la disparition de l’inflammation, la phytophotodermatose peut laisser une tache brune, appelée hyperpigmentation post-inflammatoire. Cette coloration peut persister alors même que la brûlure et les vésicules ont disparu.
Les démangeaisons permettent-elles de faire la différence ?
Pas vraiment. Des démangeaisons peuvent accompagner différentes réactions liées au soleil et ne suffisent donc pas à établir un diagnostic.
Dans une phytophotodermatose, la brûlure et la douleur peuvent être plus marquées que le prurit. Il ne faut pas non plus la confondre avec une « allergie au soleil » comme la lucite estivale, qui provoque surtout une éruption de petits boutons et de plaques rouges qui démangent sur le décolleté, les bras ou les jambes.
Le contexte reste donc essentiel : une réaction inhabituelle après avoir manipulé une plante ou un agrume puis s’être exposé au soleil oriente davantage vers une phytophotodermatose.
Que faire en cas de phytophotodermatose ?
Dès que l’on soupçonne un contact avec une plante photosensibilisante, il faut éviter une nouvelle exposition au soleilet protéger la zone atteinte. Le traitement dépend ensuite de l’importance de la réaction.
Les formes légères nécessitent principalement des soins destinés à apaiser la peau et à éviter une nouvelle exposition. Lorsque l’inflammation est plus importante, un médecin peut prescrire des corticoïdes topiques. Des antihistaminiques sont parfois utilisés pour certains symptômes. Les atteintes sévères avec brûlures étendues peuvent exceptionnellement nécessiter une prise en charge spécialisée.
Il faut également éviter de percer soi-même les bulles afin de ne pas favoriser une infection cutanée.
Comment soulager un véritable coup de soleil ?
Pour un coup de soleil peu étendu, l’Assurance Maladie recommande d’arrêter immédiatement l’exposition, puis de rafraîchir la zone avec une eau comprise entre 15 et 25 °C pendant environ quinze minutes ou jusqu’à disparition de la douleur. Il est également important de boire suffisamment.
Une pommade apaisante peut être utilisée pour une brûlure légère après conseil du pharmacien. Il n’existe cependant pas de crème permettant de faire disparaître un coup de soleil en 24 heures. La peau doit cicatriser progressivement. Un coup de soleil simple sans cloques guérit généralement en environ une semaine.
Quand faut-il consulter ?
Une consultation est nécessaire lorsque les cloques sont importantes, lorsque la brûlure est très étendue ou touche une zone fragile comme le visage ou les mains. Une augmentation de la douleur, du gonflement, de la rougeur ou l’apparition de pus peuvent signaler une infection.
Une phytophotodermatose très douloureuse, largement étendue ou accompagnée de nombreuses bulles mérite elle aussi un avis médical.
Le principal indice reste donc la forme des lésions. Une peau rouge de manière uniforme après une exposition prolongée évoque davantage un coup de soleil. Des plaques ou des brûlures aux formes inhabituelles, apparues après un contact avec du citron, de la sève ou certaines plantes puis une exposition solaire, doivent plutôt faire penser à une phytophotodermatose.
À SAVOIR
Dans les années 1930, des ouvriers agricoles employés dans les cultures de céleri aux États-Unis ont développé d’importantes lésions cutanées à la suite des récoltes estivales․ Les médecins ont alors compris que le céleri renferme des substances photosensibilisantes, notamment des furocoumarines, susceptibles d’induire une phytophotodermatose lorsque la peau contaminée est exposée par la suite au soleil․




