Les autoutités sanitaires toulouse qui surveillent l'invasion des moustiques-tigres.
En 2023, la France métropolitaine a enregistré un record de 2 019 cas importés de dengue, dont plus de deux tiers provenaient des Antilles françaises (Guadeloupe, Martinique, Guyane). © Freepik

Le moustique-tigre poursuit son expansion en France, colportant avec lui la psychose d’un risque sanitaire et de quelques inquiétudes légitimes sur d’éventuelles épidémies de dengue et de chikungunya. En mai 2025, le nombre de cas importés, concernant des voyageurs rentrant des zones tropicales où sévissent actuellement ces virus, a inévitablement connu une nette hausse, et notamment dans le Sud-Ouest. Si aucun cas autochtone n’y a encore été recensé, faut-il s’en inquiéter en France métropolitaine ? Et, surtout, peut-on s’en protéger ? Le point.

Il est petit, rayé, silencieux, mais redoutable. Le moustique-tigre (Aedes albopictus) est loin d’être anodin. Contrairement au moustique “classique” qui sévit surtout l’été au bord des étangs, celui-ci vit en zone urbaine, pique principalement en journée, et surtout, peut transmettre des maladies graves.

Depuis son apparition en métropole, il a colonisé les balcons, jardins, et même les centres-villes. Près de 70 % du territoire français est aujourd’hui concerné par sa présence, selon Santé publique France.

Cas importés en hausse : le Sud-Ouest en première ligne

En à peine trois semaines, entre le 1er et le 20 mai 2025, la région Occitanie a enregistré une envolée de cas importés de maladies tropicales :

Ces chiffres, relayés par Santé publique France, appellent à la vigilance, d’autant qu’ils surviennent tôt dans la saison. Ils s’expliquent principalement par des retours de voyage en provenance de zones tropicales où les virus circulent activement, comme les Antilles, La Réunion ou certaines régions d’Afrique.

Lorsqu’un moustique tigre local pique une personne porteuse du virus, il peut ensuite le transmettre à d’autres. Mais pas d’affolement. À ce jour, aucun cas autochtone, c’est-à-dire transmis localement, n’a été détecté en mai.

Le rôle des épidémies mondiales

Comme vous l’aurez compris, cette hausse des cas importés n’a rien d’un hasard. En France métropolitaine, la situation est sous contrôle et ne justifie pas de céder à la panique. Ce sont surtout les territoires d’Outre-mer qui sont actuellement confrontés à des épidémies actives. À La Réunion, le chikungunya circule fortement, avec 47 500 cas et 12 décès signalés par l’OMS au 4 mai 2025, tandis que la Guadeloupe et la Martinique font face à une forte vague de dengue.

Avec les vacances de printemps et les ponts de mai, les échanges entre métropole et zones tropicales ont naturellement augmenté, ce qui explique l’arrivée de cas importés. Par ailleurs, le climat doux et humide en Occitanie favorise la présence du moustique tigre, notamment dans les zones urbaines où l’eau stagnante se fait discrète… mais bien présente.

Rien d’illogique donc dans cette recrudescence, qui appelle à la vigilance, mais certainement pas à l’inquiétude démesurée, comme le confirment les infectiologues, qui n’écartent pas en revanche que la menace puisse être réelle sous quelques années.

Une surveillance renforcée : l’œil du radar sanitaire

Depuis le 1er mai, la France est entrée dans sa période de vigilance vectorielle, qui s’étend jusqu’au 30 novembre. Pendant ces six mois, la surveillance est intensifiée à plusieurs niveaux :

  • Les professionnels de santé sont sur le front : tout médecin, laboratoire ou pharmacien est invité à signaler immédiatement les cas suspects de dengue, chikungunya ou Zika. Ces signalements permettent une réponse rapide et une analyse fine de la circulation du virus.
  • Les équipes de santé publique analysent les données en temps réel, repèrent les zones à risques, et déclenchent des investigations dès qu’un cas est confirmé. C’est ce que l’on appelle la “surveillance entomologique et épidémiologique renforcée”. Concrètement ? On traque à la fois les humains contaminés et les moustiques porteurs potentiels.
  • Des pièges à moustiques sont installés dans certaines zones sensibles pour suivre la présence de l’espèce et évaluer son activité.

Cette vigilance active est pilotée par l’ARS Occitanie et coordonnée au niveau national avec Santé publique France, qui publie régulièrement des bulletins de veille sanitaire.

Démoustication ciblée : intervention express autour des cas

Dès qu’un cas est confirmé, les services interviennent dans un rayon de 150 mètres autour du domicile ou du lieu de séjour de la personne concernée. L’objectif : couper la chaîne de transmission avant qu’elle ne prenne racine.

Les actions comprennent :

  • La pulvérisation localisée d’insecticides, aux heures stratégiques (tôt le matin ou en soirée).
  • L’inspection des lieux pour supprimer les gîtes larvaires : pots, soucoupes, gouttières, récupérateurs d’eau…
  • Une information directe des riverains, pour les sensibiliser et les impliquer dans la démarche.

Sensibilisation du public : l’arme la plus simple… et la plus efficace

Parce que 80 % des gîtes larvaires se trouvent chez nous, dans nos maisons ou nos jardins, la lutte contre le moustique tigre passe aussi par nous tous.

Les consignes sont simples mais efficaces :

  • Vider chaque semaine tous les récipients contenant de l’eau stagnante.
  • Nettoyer les gouttières, couvrir les récupérateurs d’eau.
  • Changer l’eau des plantes et des vases tous les deux jours, ou la remplacer par du sable humide.

Adoptés collectivement, ces gestes peuvent réduire considérablement la population de moustiques tigres… et donc limiter les risques liés à une piqûre, dont on sait aujourd’hui qu’elle peut être bien plus qu’un simple désagrément.

Piqûre de moustique tigre : quels symptômes, quels dangers ?

Une piqûre de moustique tigre, ce n’est pas juste une petite boursouflure. C’est potentiellement l’entrée en scène de maladies infectieuses comme la dengue ou le chikungunya. Voici ce qu’il faut surveiller après avoir été piqué :

  • Fièvre élevée et soudaine
  • Douleurs articulaires ou musculaires intenses, parfois handicapantes
  • Éruptions cutanées sur le torse ou les membres
  • Grande fatigue, parfois prolongée sur plusieurs semaines
  • Nausées, maux de tête, voire conjonctivite dans certains cas

Ces maladies peuvent être bénignes chez certains… mais très sévères chez les personnes âgées, les femmes enceintes ou les personnes immunodéprimées. D’où l’importance d’agir vite en cas de symptômes suspects, surtout après un séjour en zone tropicale ou un contact avec une personne revenant d’un voyage.

Comment reconnaître une piqûre de moustique tigre ?

Pas toujours facile de faire la différence entre une piqûre de moustique “classique” et celle du moustique tigre… Pourtant, certains signes peuvent mettre la puce à l’oreille.

D’abord, elle pique surtout le jour, et pas la nuit comme ses cousins. Ensuite, la piqûre est souvent plus douloureuse sur le moment, et laisse une marque rouge, plate ou légèrement gonflée, accompagnée de démangeaisons intenses. Elle est souvent isolée, contrairement aux piqûres multiples d’un moustique nocturne.

Si vous vous êtes fait piquer alors que vous étiez dehors en pleine journée, dans un jardin ou sur un balcon, et que vous grattez comme un fou… il y a de grandes chances que ce soit lui. Et là, la vigilance s’impose.

Face au moustique tigre, pas besoin de panique… mais de bon sens. Voici les bons réflexes à adopter :

  • Porter des vêtements couvrants et clairs, surtout en journée
  • Utiliser des répulsifs adaptés (à base de DEET, IR3535 ou citriodiol)
  • Installer des moustiquaires aux fenêtres et portes
  • Ne pas laisser d’eau stagner, même dans un bouchon de bouteille !
  • Surveiller les symptômes et consulter en cas de doute, surtout si on a voyage

À SAVOIR 

Le moustique tigre est désormais implanté dans 81 départements français sur 96, selon les données actualisées de Santé publique France.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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