Ils ont bouleversé la prise en charge de l’obésité chez l’adulte. Les voilà désormais aux portes des cours de récréation. Les médicaments de la famille des agonistes du GLP-1, dont font partie le sémaglutide de Wegovy ou le liraglutide de Saxenda, sont de plus en plus prescrits à de jeunes enfants souffrant d’obésité.
L’ampleur du phénomène vient d’être mesurée par des chercheurs de l’université de New York. Leur étude, publiée le 4 septembre 2026 dans Pediatrics, s’est intéressée aux prescriptions de Saxenda, Wegovy et Zepbound chez plus de 3,5 millions d’enfants américains âgés de 8 à 11 ans, souffrant d’obésité mais pas de diabète, entre janvier 2019 et juin 2026. Le résultat est saisissant. La proportion de prescriptions relevée par les chercheurs est passée de 0,03 % en 2019 à 9,3 % en 2026, soit une multiplication par 310. Sur l’ensemble de la période étudiée, la proportion d’enfants ayant reçu l’un de ces médicaments reste toutefois beaucoup plus faible, à 0,6 %.
GLP-1 : de quoi parle-t-on exactement ?
Le glucagon-like peptide-1, ou GLP-1, est une hormone naturellement produite par l’intestin après un repas. Les médicaments qui reproduisent son action interviennent notamment sur la sensation de satiété. Ils ralentissent la vidange de l’estomac et agissent sur certaines zones du cerveau impliquées dans la régulation de l’appétit. Résultat, la faim diminue et les quantités consommées peuvent se réduire. L’American Academy of Pediatrics rappelle que ces médicaments ont d’abord été développés dans le traitement du diabète avant que certains ne trouvent une place dans celui de l’obésité.
Chez l’adulte, leur arrivée a considérablement modifié les possibilités thérapeutiques. Mais traiter un enfant de 8 ou 10 ans n’est évidemment pas tout à fait la même affaire. Aux États-Unis comme en Europe, les principaux GLP-1 destinés au traitement de l’obésité ne disposent actuellement pas d’autorisation pour cette indication chez les moins de 12 ans. Dans l’Union européenne, Wegovy est ainsi indiqué chez les adolescents à partir de 12 ans souffrant d’obésité et pesant plus de 60 kg, en complément d’une alimentation moins calorique et d’une augmentation de l’activité physique.
Médicaments anti-obésité : peut-on vraiment les donner aux enfants ?
Des prescriptions en plein essor
L’étude a suivi les données médicales de plus de 3,5 millions d’enfants âgés de 8 à 11 ans souffrant d’obésité et sans diabète. Entre 2019 et 2026, seuls 0,6 % d’entre eux ont reçu une prescription de GLP-1. Ces traitements restent donc très minoritaires à cet âge. C’est surtout leur progression qui interpelle. En 2019, leur prescription était quasiment inexistante chez les moins de 12 ans. Sept ans plus tard, elle a été multipliée par 310. Une envolée d’autant plus notable qu’aucun de ces médicaments n’est actuellement autorisé contre l’obésité avant 12 ans.
Les prescriptions concernent davantage les enfants les plus âgés, les filles et surtout ceux dont l’obésité s’accompagne déjà d’autres problèmes de santé. Chez ces derniers, les chercheurs ont relevé près de 189 prescriptions pour 10 000 enfants. Ces médicaments semblent donc davantage utilisés dans les situations où l’obésité est déjà associée à des complications. L’étude révèle enfin une différence sociale. Les enfants vivant dans les milieux les moins défavorisés recevaient plus souvent ces traitements, avec 76 prescriptions pour 10 000 enfants, contre 49 pour 10 000 parmi les plus défavorisés. Un écart qui soulève une autre question, celle de l’accès à ces nouveaux traitements selon le milieu social.
Ces médicaments ne sont pourtant pas autorisés avant 12 ans !
Une prescription peut être réalisée en dehors des conditions exactes prévues par l’autorisation d’un médicament. On parle alors de prescription « hors AMM », c’est-à-dire hors autorisation de mise sur le marché pour l’âge ou l’indication concernés. Aux États-Unis, aucun agoniste du GLP-1 n’est actuellement autorisé spécifiquement pour faire perdre du poids aux enfants de moins de 12 ans. Cela ne signifie toutefois pas que toute utilisation médicamenteuse est exclue chez les 8-11 ans.
Les recommandations publiées en 2023 par l’American Academy of Pediatrics indiquent que les médecins peuvent envisager une pharmacothérapie chez certains enfants obèses âgés de 8 à 11 ans, en fonction des indications du médicament, de ses bénéfices et de ses risques. Elle doit rester complémentaire d’une prise en charge portant sur les habitudes de vie. L’organisation souligne elle-même que les données disponibles chez les moins de 12 ans restent insuffisantes pour établir une recommandation forte concernant les médicaments destinés uniquement au traitement de l’obésité. Pas question, donc, d’une simple piqûre destinée à faire perdre quelques kilos à un enfant.
Est-ce que cela fonctionne vraiment chez les jeunes ?
L’essai STEP TEENS, publié en 2022 dans le New England Journal of Medicine, a suivi 201 adolescents âgés de 12 à moins de 18 ans. Après 68 semaines, l’IMC avait diminué en moyenne de 16,1 % chez ceux recevant du sémaglutide, associé à une intervention sur le mode de vie, contre une hausse de 0,6 % dans le groupe placebo. Près de trois adolescents traités sur quatre avaient perdu au moins 5 % de leur poids. Les données commencent également à arriver chez les plus jeunes.
Un essai clinique publié dans le New England Journal of Medicine a évalué le liraglutide chez des enfants de 6 à moins de 12 ans souffrant d’obésité. Les enfants recevaient le traitement ou un placebo pendant 56 semaines, dans les deux cas avec une intervention sur les habitudes de vie. Le traitement a permis une diminution de l’IMC supérieure à celle observée sous placebo. Mais cette étude rappelle aussi pourquoi la prudence reste de mise. Elle ne portait que sur 82 enfants. Un effectif limité lorsqu’il s’agit de déterminer ce qui pourrait se passer après plusieurs années de traitement chez des organismes encore en développement.
Des effets secondaires à ne pas mettre sous le tapis
Comme chez les adultes, les médicaments GLP-1 peuvent provoquer des effets indésirables chez les enfants et les adolescents, principalement au niveau digestif. Dans l’essai STEP TEENS sur le sémaglutide, 62 % des adolescents traités ont présenté des troubles gastro-intestinaux, contre 42 % de ceux ayant reçu un placebo. Cinq adolescents sous sémaglutide ont également développé une lithiase biliaire, autrement dit des calculs dans la vésicule biliaire. Chez les enfants de 6 à 11 ans traités par liraglutide, ces désagréments étaient encore plus fréquents. Selon l’essai publié en 2024 dans le New England Journal of Medicine :
- 80 % des enfants sous liraglutide ont présenté des troubles gastro-intestinaux, contre 54 % sous placebo ;
- 12 % ont connu un événement indésirable grave, contre 8 % dans le groupe placebo.
Ces traitements sont donc loin d’être anodins, surtout lorsqu’ils sont administrés à des enfants encore en pleine croissance. Leur prescription doit rester réservée aux situations où les bénéfices attendus l’emportent réellement sur les risques, avec un suivi médical régulier. Car une inconnue importante demeure. Les études sont encore trop peu nombreuses et trop courtes pour savoir ce qu’implique un traitement commencé à 8 ou 9 ans et poursuivi pendant plusieurs années, notamment sur la croissance et la puberté. Un manque de recul qui invite forcément à la prudence.
En France, pas de ruée sur les injections chez les enfants
De ce côté-ci de l’Atlantique, le mouvement reste beaucoup plus encadré. Mais les médicaments GLP-1 ne sont plus tout à fait absents du paysage de l’obésité et leur place progresse en France, principalement chez l’adulte. Chez l’enfant, la priorité reste avant tout une prise en charge globale et personnalisée. La Haute Autorité de santé recommande d’agir sur l’alimentation, l’activité physique, la sédentarité et le sommeil, mais aussi de tenir compte de la santé psychologique et de l’environnement familial. L’objectif n’est d’ailleurs pas forcément de faire perdre rapidement du poids à l’enfant, mais plutôt de freiner l’évolution de sa corpulence et d’améliorer durablement sa santé.
Car chez les plus jeunes, l’IMC ne se lit pas comme chez l’adulte. Il évolue naturellement avec l’âge et doit être interprété selon le sexe et les courbes de corpulence du carnet de santé. Un chiffre considéré comme élevé chez un adulte n’a donc pas la même signification chez un enfant de 8 ans. Les médicaments commencent néanmoins à entrer dans l’équation à l’adolescence. Dans l’Union européenne, Wegovy peut être prescrit contre l’obésité à partir de 12 ans chez les adolescents pesant plus de 60 kg, toujours en complément d’une alimentation adaptée et d’une activité physique accrue. L’Agence européenne des médicaments prévoit également une réévaluation du traitement si l’IMC n’a pas diminué d’au moins 5 % après douze semaines à la dose de 2,4 mg ou à la dose maximale tolérée.
L’obésité infantile, un vrai enjeu de santé
Si les médecins cherchent de nouvelles solutions, c’est aussi parce qu’une obésité installée pendant l’enfance peut être difficile à enrayer. En France, 20 % des 6-17 ans étaient en surpoids en 2017, dont 5,4 % en situation d’obésité, selon l’Assurance maladie. Surtout, près d’un enfant en surpoids ou obèse à 6 ans sur deux l’était toujours en classe de troisième. Et les premières complications n’attendent pas forcément l’âge adulte. Santé publique France fait notamment état de troubles respiratoires, orthopédiques, métaboliques ou psychologiques, auxquels s’ajoute à plus long terme un risque accru de diabète et de maladies cardiovasculaires.
C’est face aux formes les plus sévères que l’arrivée des GLP-1 change progressivement la donne. Lorsque l’obésité persiste malgré une prise en charge adaptée ou que des complications apparaissent, ces médicaments pourraient offrir une possibilité supplémentaire aux médecins. Pas pour remplacer l’accompagnement déjà proposé aux enfants, mais pour élargir les options lorsque celui-ci ne suffit pas.
À SAVOIR
Un cap historique a été franchi en 2025. Pour la première fois dans le monde, l’obésité est devenue plus fréquente que l’insuffisance pondérale chez les 5-19 ans. Selon l’UNICEF, 9,4 % des enfants et adolescents sont désormais obèses, contre 9,2 % en insuffisance pondérale. En 2000, l’obésité n’en concernait encore que 3 %.





