Vaccination : la Cour des comptes pointe les failles du suivi des Français

le 7 septembre 2026 à 15h48
Un adulte en train de faire ses rappels de vaccins obligatoires.
Selon l’Assurance Maladie, 48 % des 15-30 ans ne connaissent pas la nature de leur dernière vaccination. © Magnific
Êtes-vous vraiment à jour dans vos vaccins ? Pas si sûr. En ce début septembre 2026, la Cour des comptes alerte sur les failles de la vaccination en France. Si les plus jeunes sont globalement bien protégés, les rappels et certaines injections recommandées passent encore trop souvent à la trappe avec l’âge.
Sommaire

Carnet de santé égaré, rappel oublié ou calendrier vaccinal devenu flou avec les années… En France, rester à jour de ses vaccins est loin d’être un automatisme. Un constat que vient pointer la Cour des comptes, qui s’inquiète des failles persistantes dans le suivi vaccinal de la population. Car la vaccination ne s’arrête pas à l’enfance. 

Plusieurs injections doivent être renouvelées à l’âge adulte et d’autres sont recommandées à certaines périodes de la vie. Des oublis qui, lorsqu’ils s’accumulent, peuvent laisser davantage de place à des maladies infectieuses pourtant évitables. Un enjeu directement lié à la couverture vaccinale, c’est-à-dire à la part de la population effectivement protégée par les vaccins recommandés ou obligatoires.

Vaccination : chez les enfants, le calendrier est respecté !

Des nourrissons globalement très bien vaccinés

La France ne part pas de zéro. Loin de là. Chez les plus jeunes enfants, les niveaux de vaccination sont même particulièrement élevés. Selon le dernier bilan national de Santé publique France, publié le 27 avril 2026 à partir des données de 2025, plus de 95 % des enfants âgés de 24 mois sont vaccinés contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, les infections à Haemophilus influenzae b, l’hépatite B et le pneumocoque. Des niveaux élevés, notamment portés par les obligations vaccinales instaurées chez les nourrissons.

Quelques écarts persistent toutefois selon les vaccins. Contre les méningocoques ACWY, dont la vaccination est devenue obligatoire chez les nourrissons en 2025, 88,2 % des bébés avaient reçu à huit mois la première dose prévue. La couverture atteignait en revanche 96,8 % contre le méningocoque B. Le carnet de vaccination des plus petits est donc généralement bien rempli. Mais plus les années passent, plus les rendez-vous vaccinaux ont tendance à se faire oublier. Et c’est notamment à l’adolescence puis à l’âge adulte que les trous dans la couverture deviennent plus visibles.

Rougeole, la deuxième dose qui fait toute la différence

En 2025, 95,5 % des enfants âgés de 24 mois avaient reçu une première dose du vaccin ROR contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, selon Santé publique France. C’est 4,6 points de plus qu’en 2018. Le problème se situe davantage du côté de la deuxième injection. Santé publique France indique que le seuil de 95 % n’est toujours pas atteint pour un schéma complet à deux doses. Or, pour une maladie extrêmement contagieuse comme la rougeole, c’est précisément ce niveau de couverture qui est recherché pour empêcher une circulation durable du virus.

La circulation de la rougeole a repris en France depuis 2024. Une couverture insuffisante expose notamment les personnes qui ne peuvent pas être correctement protégées par la vaccination, comme certains nouveau-nés ou patients immunodéprimés. La règle est donc simple pour les adultes nés depuis 1980. Le calendrier vaccinal prévoit deux doses de ROR. Si elles n’ont pas été reçues, un rattrapage peut être proposé.

Plus on vieillit, moins on pense à ses vaccins

À l’adolescence, les trous deviennent plus visibles

Le décrochage apparaît encore plus clairement pour certains vaccins recommandés aux adolescents et aux jeunes adultes. Prenons les papillomavirus humains, plus connus sous l’acronyme HPV. Ces virus peuvent provoquer plusieurs cancers, notamment du col de l’utérus, mais aussi de l’anus, du pénis et de certaines parties de la gorge. La vaccination progresse, mais la France reste encore loin de son objectif. En 2025, 61,6 % des filles âgées de 15 ans avaient reçu au moins une dose de vaccin contre les HPV. Chez les garçons du même âge, ils étaient 46 %. Un an auparavant, les proportions atteignaient respectivement 58,4 % et 36,9 %.

Ça avance donc, surtout chez les garçons. Mais l’objectif fixé dans la stratégie décennale de lutte contre les cancers reste une couverture de 80 % à l’horizon 2030. Pour tenter de combler le retard, la vaccination contre les HPV est proposée gratuitement aux élèves de 5e dans les collèges. Le calendrier 2026 a également élargi le rattrapage à l’ensemble des jeunes femmes et des jeunes hommes jusqu’à 26 ans révolus.

Méningocoques, des jeunes encore très peu protégés

Les chiffres sont encore plus faibles contre les infections invasives à méningocoques ACWY. Ces bactéries peuvent provoquer des méningites ou des septicémies qui évoluent parfois très rapidement. En 2025, seulement 17,1 % des 11-14 ans étaient vaccinés contre les méningocoques ACWY. Chez les 15-24 ans, la couverture tombait à 7,9 %, selon Santé publique France.

Ces faibles niveaux prennent une importance particulière alors que les recommandations ont récemment évolué. La vaccination contre les méningocoques ACWY est recommandée chez les adolescents, avec un rattrapage chez les jeunes adultes. Elle doit également intégrer les campagnes organisées au collège à partir de 2026. L’objectif ne consiste pas seulement à protéger celui qui reçoit l’injection. Une couverture élevée réduit aussi la circulation de certains agents infectieux et protège indirectement les personnes les plus vulnérables.

À l’âge adulte, le casse-tête des rappels

Une fois passé le rythme bien balisé des vaccinations infantiles, le suivi devient beaucoup moins automatique. Or, certaines protections diminuent avec le temps. C’est notamment le cas pour la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. En France, les rappels DTP sont prévus à 25 ans, 45 ans et 65 ans, puis tous les dix ans après 65 ans. Un rappel contre la coqueluche est également prévu à 25 ans. Encore faut-il se souvenir de les faire.

L’Assurance Maladie rapporte que 19 % des personnes estiment ne pas être à jour de leurs vaccinations. Plus révélateur encore, 28 % des 15-79 ans ne connaissent pas la nature de leur dernière vaccination. Chez les 15-30 ans, cette proportion atteint 48 %. Le problème n’est donc pas nécessairement un refus du vaccin. Il peut être beaucoup plus banal. Carnet de santé perdu, date oubliée, changement de médecin, rappel passé sous le radar ou simple ignorance du calendrier peuvent suffire. D’ailleurs, l’adhésion à la vaccination reste globalement élevée. Selon le Baromètre de Santé publique France, plus de 80 % des adultes âgés de 18 à 79 ans interrogés en 2024 se déclaraient favorables à la vaccination.

Faciliter la vaccination plutôt que d’attendre que chacun y pense

Face aux oublis, le défi est désormais de simplifier au maximum le parcours vaccinal. Plus besoin, dans de nombreux cas, de passer systématiquement par son médecin. Pharmaciens, infirmiers et sages-femmes peuvent aujourd’hui prescrire et administrer de nombreux vaccins, selon l’âge et les recommandations. Une façon de multiplier les occasions de se mettre à jour.

Reste un autre problème, et pas des moindres, se souvenir des vaccins déjà reçus. Pour éviter de partir à la recherche d’un carnet de santé perdu depuis quinze ans, Mon espace santé dispose d’un carnet de vaccination numérique où peuvent être enregistrés le vaccin administré, la date de l’injection et son numéro de lot. L’idée est finalement assez simple. Faire de chaque contact avec un professionnel de santé une occasion de vérifier son statut vaccinal. Chez le médecin, à la pharmacie ou auprès d’une sage-femme, quelques minutes peuvent suffire pour repérer un rappel oublié et, si nécessaire, programmer un rattrapage.

Vaccination, comment savoir si l’on est à jour ?

Pour les enfants et les adolescents

Pas besoin de connaître par cœur l’intégralité du calendrier vaccinal, qui évolue d’ailleurs régulièrement. Le calendrier officiel est actualisé chaque année par le ministère chargé de la Santé après avis de la Haute Autorité de santé.

  • Dès les premiers mois, les nourrissons sont vaccinés contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, Haemophilus influenzae b, l’hépatite B et le pneumocoque, avec plusieurs injections réparties au cours de la première année. Les vaccinations contre les méningocoques ACWY et B font également partie des vaccinations obligatoires. Celle contre le rotavirus, responsable notamment de gastro-entérites parfois sévères chez les bébés, est recommandée.
  • Entre 12 et 18 mois, place notamment aux deux doses du vaccin ROR contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, ainsi qu’à certains rappels de vaccinations commencées pendant la première année.
  • À 6 ans, un rappel contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et la coqueluche est prévu.
  • Entre 11 et 13 ans, un nouveau rappel contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et la coqueluche doit être réalisé.
  • Entre 11 et 14 ans, filles comme garçons sont concernés par la vaccination contre les papillomavirus humains (HPV). La vaccination contre les méningocoques ACWY est également recommandée à l’adolescence.
  • Après l’âge recommandé, des rattrapages restent possibles lorsque certaines vaccinations n’ont pas été réalisées, notamment contre les HPV, les méningocoques ACWY ou le ROR.

Et une fois adulte ?

Plusieurs rappels restent prévus tout au long de la vie.

  • À 25 ans, un rappel contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, associé à la coqueluche, est prévu.
  • À 45 ans, nouveau rappel contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite.
  • À 65 ans, même principe avec un nouveau rappel contre ces trois maladies. Ensuite, le rythme devient facile à retenir puisqu’un rappel est prévu tous les dix ans, à 75 ans, 85 ans, 95 ans…
  • À partir de 65 ans, d’autres vaccinations prennent davantage d’importance. La vaccination contre la grippe est notamment recommandée chaque année et celle contre le pneumocoque est recommandée à tous les seniors de cette tranche d’âge. Des recommandations existent également contre la Covid-19 et le zona, selon l’âge et la situation.

À cela s’ajoutent des recommandations particulières. Grossesse, maladie chronique, immunodépression, profession ou voyage à l’étranger peuvent nécessiter des vaccinations supplémentaires ou modifier le calendrier habituel. La vaccination contre la coqueluche est par exemple recommandée à chaque grossesse pour protéger le bébé pendant ses premiers mois. Et si une date manque dans votre carnet, un rattrapage vaccinal permet généralement de compléter les doses manquantes sans recommencer depuis le début. En cas de doute, carnet en main, un médecin, un pharmacien, un infirmier ou une sage-femme peut vérifier précisément où vous en êtes.

À SAVOIR 

Vous avez perdu votre carnet de vaccination ? Pas besoin de repartir de zéro. Un professionnel de santé peut tenter de reconstituer votre historique à partir des informations disponibles, puis vous fournir un nouveau carnet de vaccination pour y inscrire les injections connues et celles réalisées par la suite. Le suivi peut également être enregistré dans Mon espace santé. Et si certaines anciennes vaccinations restent impossibles à retrouver, un rattrapage peut être proposé. Les doses dont on possède une preuve restent, elles, prises en compte, même si plusieurs années se sont écoulées depuis la dernière injection.

Image de Pascal Auclair
Pascal Auclair
Enfant des radios locales, aujourd'hui homme de médias, il fait partager son expertise de la santé sur les supports print, web et TV du groupe Ma Santé AuRA.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partagez sur