Ozempic, Wegovy : la France bientôt gagnée par la vague des médicaments anti-obésité ?

le 20 août 2026 à 17h53
Une femme se pèse avant de commencer un traitement médicamenteux contre l’obésité afin d’en mesurer l’efficacité.
L’obésité n’est pas seulement une question de poids, mais une maladie chronique complexe qui nécessite une prise en charge médicale adaptée. © Magnific
Ozempic, Wegovy, Mounjaro… Les médicaments de la famille des GLP-1 ont fait irruption dans les conversations sur la perte de poids. En France, leur utilisation reste encore limitée, mais l’intérêt est bien là : 18 % des adultes se disent prêts à prendre ce type de traitement pour maigrir, selon une étude Ifop pour Darwin Nutrition réalisée en mai 2026. Une pratique qui n'est pas sans risques...
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Une injection pour perdre du poids plutôt que d’enchaîner les régimes ? L’idée, qui aurait encore semblé futuriste il y a quelques années, séduit désormais une partie non négligeable des Français. Les médicaments analogues du GLP-1, devenus particulièrement visibles avec l’Ozempic, occupent aujourd’hui une place nouvelle dans l’imaginaire collectif de la minceur. C’est ce que montre une étude Ifop pour Darwin Nutrition réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 17 au 21 mai 2026. Une étude auprès d’un échantillon de 3 004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

L’enquête révèle que peu de Français ont, pour l’instant, effectivement recours à ces médicaments pour perdre du poids. Mais beaucoup plus se disent prêts à tenter l’expérience. Et parmi ces candidats potentiels, certains n’excluent pas de contourner le circuit médical.

Ozempic, Wegovy, Mounjaro : de quoi parle-t-on exactement ?

Les analogues du GLP-1 sont des médicaments qui agissent notamment sur les mécanismes de la faim et de la satiété. Ils reproduisent l’action d’une hormone naturellement produite par l’organisme après les repas. Et donc contribuent notamment à augmenter la sensation de satiété afin de réduire les apports alimentaires. Attention toutefois à ne pas mettre tous ces médicaments dans le même panier. Ozempic, à base de sémaglutide, est autorisé pour traiter le diabète de type 2 insuffisamment contrôlé. Et non comme médicament destiné à la perte de poids chez les personnes non diabétiques. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a d’ailleurs déjà alerté sur son détournement à des fins d’amaigrissement.

Wegovy contient également du sémaglutide. Mais possède, lui, une indication dans la prise en charge du poids. Mounjaro, à base de tirzépatide, est également utilisé dans l’obésité. Depuis le 15 juin 2026, Wegovy et Mounjaro peuvent être pris en charge par l’Assurance Maladie en France. Mais, pas pour perdre quelques kilos avant les vacances. Le remboursement concerne notamment les adultes présentant un IMC d’au moins 40 kg/m² après l’échec d’une prise en charge nutritionnelle bien conduite. Ou un IMC à partir de 35 kg/m² associé à au moins une comorbidité liée au poids. Le traitement doit venir en complément d’une alimentation moins calorique et d’une activité physique accrue. La première prescription permettant le remboursement est par ailleurs réservée à certains médecins impliqués dans la prise en charge de l’obésité.

Les médicaments anti-obésité séduisent de plus en plus les Français

Pour l’instant, seuls 4 % des Français ont essayé

Malgré leur formidable exposition médiatique et leur popularité sur les réseaux sociaux, les médicaments contre l’obésité restent encore assez peu utilisés pour maigrir en France. Selon l’enquête Ifop-Darwin Nutrition, 4 % des Français déclarent avoir déjà essayé de perdre du poids avec un médicament contre l’obésité comme Ozempic ou Wegovy et 2 % disent le faire actuellement.

À titre de comparaison, l’activité physique est passée par là pour près d’une personne sur deux : 49 % des personnes interrogées déclarent avoir déjà tenté de perdre du poids en faisant ou en intensifiant leur activité physique. Viennent ensuite les conseils d’un diététicien ou le coaching nutritionnel, testés par 20 % des répondants.

Contrairement à de nombreuses autres méthodes minceur, le recours aux médicaments contre l’obésité apparaît légèrement plus masculin. 6 % des hommes déclarent en avoir déjà pris pour perdre du poids, contre 4 % des femmes. Chez les hommes de moins de 35 ans, cette proportion atteint même 10 %, selon les résultats détaillés de l’enquête.

Près d’un Français sur cinq pourrait se laisser tenter

Interrogés sur la possibilité de prendre des médicaments injectables de type GLP-1 pour maigrir, 18 % des Français répondent positivement : 5 % d’entre eux disent qu’ils pourraient « certainement » en prendre et 13 % « probablement ». Les femmes se montrent légèrement plus intéressées, à 20 %, contre 16 % des hommes.

En ajoutant les personnes qui en consomment déjà, l’étude estime que 19 % des adultes sont des consommateurs actuels ou potentiels, soit 21 % des femmes et 17 % des hommes. Autrement dit, entre l’usage réel et l’intérêt déclaré, il existe encore un gouffre. Et prudence dans l’interprétation : dire que l’on serait prêt à prendre un médicament dans un questionnaire ne signifie évidemment pas que l’on passera réellement à l’acte.

Les femmes de 35 à 49 ans particulièrement intéressées

L’attrait n’est pas uniforme. D’après l’étude, il atteint notamment 28 % chez les femmes âgées de 35 à 49 ans, 23 % chez les 25-34 ans et 20 % chez les 18-24 ans. Chez les femmes âgées de 75 ans et plus, il tombe à 8 %.

Sans surprise, la corpulence joue également un rôle. Parmi les personnes interrogées, la disposition à prendre un GLP-1 augmente globalement avec l’IMC : elle atteint 6 % chez les personnes considérées comme maigres, 8 % chez les hommes et 10 % chez les femmes de poids dit « normal », puis 15 % des hommes et 23 % des femmes en surpoids.

Chez les personnes obèses, elle grimpe à 35 % des hommes et 40 % des femmes. Il y a donc bien un lien entre corpulence et intérêt pour ces traitements. Mais l’étude met aussi en lumière un autre facteur, beaucoup moins médical.

Réseaux sociaux : quand les contenus beauté pèsent dans la balance

L’écart est spectaculaire chez les femmes exposées aux contenus consacrés à la beauté sur les réseaux sociaux. Selon l’enquête, 44 % de celles qui consultent quotidiennement ce type de contenus se disent disposées à prendre un GLP-1 pour maigrir, contre 17 % de celles qui les consultent moins souvent.

Ce résultat ne permet pas d’affirmer que TikTok, Instagram ou les contenus beauté causent directement l’envie de prendre ces médicaments. L’étude met en évidence une association, pas un lien de cause à effet. Mais elle montre à quel point l’intérêt pour les GLP-1 dépasse désormais le seul cadre de la prise en charge médicale de l’obésité.

Le rapport à sa propre silhouette compte également. Parmi les femmes qui estiment avoir quelques kilos en trop et souhaiteraient les perdre avant l’été, 29 % se disent disposées à prendre du GLP-1 pour maigrir. Voilà qui pose une question de fond : ces traitements sont-ils progressivement perçus comme de simples produits minceur ? L’Assurance Maladie rappelle justement que les analogues du GLP-1 indiqués dans l’obésité ne doivent pas être utilisés pour une perte de poids à visée esthétique chez des personnes sans surpoids ni obésité, notamment en raison du risque d’effets indésirables.

Médicaments anti-obésité : un marché parallèle se met en place

41 % des candidats pourraient contourner l’ordonnance

Parmi les 595 personnes considérées comme des consommateurs potentiels de GLP-1 interrogées sur ce point, 41 % déclarent qu’elles pourraient se procurer ces médicaments sans prescription médicale, notamment via des pharmacies étrangères ou des sites non autorisés. Dans le détail, 13 % répondent « certainement » et 28 % « probablement ». Les proportions sont quasiment identiques chez les femmes (41 %) et les hommes (42 %).

L’enquête met surtout en évidence l’intérêt pour ces circuits parallèles ne concerne pas seulement les personnes souffrant d’obésité. Parmi les candidats à ces traitements, 50 % des femmes et 54 % des hommes de corpulence dite normale pourraient envisager un achat sans prescription, contre respectivement 38 % et 34 % des personnes obèses. Le chiffre monte même jusqu’à 85 % chez les femmes qui se considèrent elles-mêmes comme minces, selon le détail de l’étude.

Jeunes, urbains et employés davantage tentés par le circuit parallèle

Toujours parmi les consommateurs potentiels interrogés, la disposition à acheter sans ordonnance atteint notamment 62 % chez les femmes de 25 à 34 ans. Elle atteint aussi 60 % chez les employés et 62 % chez les ouvriers. Dans l’agglomération parisienne, elle concerne 56 % des femmes et 53 % des hommes.

L’exposition aux contenus beauté ressort une nouvelle fois : 61 % des femmes consultant quotidiennement ce type de contenus envisageraient de se procurer ces médicaments sans ordonnance. Ces résultats doivent toutefois être lus avec précaution : certains sous-groupes représentent une fraction seulement des 595 consommateurs potentiels interrogés. Ils permettent de repérer des tendances, mais pas de prédire le comportement de millions de personnes.

Acheter un GLP-1 hors circuit médical, loin d’être anodin

Le scénario n’est pas seulement théorique. L’ANSM surveille depuis plusieurs années les mésusages des analogues du GLP-1. Dans un compte rendu consacré à cette classe de médicaments, l’agence faisait notamment état d’ordonnances falsifiées et de produits falsifiés circulant sur le marché européen. Des stylos présentés comme des analogues du GLP-1 avaient même été retrouvés avec de l’insuline rapide à l’intérieur, avec un risque d’hypoglycémie grave pour une personne non diabétique.

L’agence rappelle également que ces traitements ne sont pas anodins. Des troubles gastro-intestinaux peuvent notamment survenir et des effets indésirables plus sérieux sont possibles. Pour Ozempic, l’ANSM avait déjà cité parmi les risques potentiellement graves les pancréatites et les hypoglycémies. Et surtout, un achat sur un site non autorisé fait sauter une pièce essentielle du dispositif : le suivi médical.

Des médicaments contre l’obésité, pas des produits minceur

L’arrivée des GLP-1 bouleverse incontestablement la prise en charge de l’obésité. Mais leur nouvelle popularité crée aussi un drôle de grand écart : d’un côté, des traitements médicaux désormais remboursables pour certains patients répondant à des critères précis ; de l’autre, une demande de perte de poids qui peut parfois relever davantage de l’image corporelle que d’une indication médicale.

La photographie proposée par l’Ifop reste celle de mai 2026, soit avant l’entrée en vigueur, le 15 juin, du remboursement de Wegovy et Mounjaro pour certains patients. Elle constitue donc un état des lieux particulièrement intéressant à suivre dans le temps.

Pour l’heure, une chose ressort clairement : si les Français sont encore peu nombreux à avoir réellement essayé ces médicaments, leur potentiel d’attraction est déjà beaucoup plus important. Et avec quatre consommateurs potentiels sur dix déclarant pouvoir envisager de contourner l’ordonnance, la question dépasse désormais largement celle de la simple tendance minceur. Elle devient aussi un enjeu de bon usage du médicament et de sécurité sanitaire.

À SAVOIR 

L’ANSM a rapporté la saisie, sur le marché européen, de stylos présentés comme des analogues du GLP-1 qui contenaient en réalité de l’insuline rapide. Injectée par une personne non diabétique, celle-ci peut provoquer une hypoglycémie grave. En 2025, l’Agence européenne des médicaments alertait par ailleurs sur une forte hausse des faux produits à base de sémaglutide ou de tirzépatide vendus sur Internet et parfois promus via de faux profils sur les réseaux sociaux.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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