Bien manger, faire du sport, éviter les boissons trop sucrées… Les conseils pour garder les enfants en bonne santé sont connus. Encore faut-il avoir les moyens de les suivre. Quand le budget des courses est serré, que les journées de travail s’éternisent ou que les activités sportives coûtent trop cher, les possibilités ne sont pas les mêmes pour toutes les familles. Les enquêtes nationales de santé scolaire montrent notamment que les enfants d’ouvriers consomment davantage de boissons sucrées, passent plus de temps devant les écrans et pratiquent moins souvent une activité sportive que les enfants de cadres.
Près de cinq fois plus d’obésité chez les enfants d’ouvriers
Les différences apparaissent avant même l’entrée à l’école primaire. Selon la DREES (Direction de la Recherche, des Etudes, de la Recherche, de l’Evaluation des des Statistiques), 15,6 % des enfants d’ouvriers de 5 à 6 ans étaient en surcharge pondérale en 2012-2013, contre 7,2 % des enfants de cadres. Pour l’obésité seule, le fossé était encore plus important. 5,8 % des enfants d’ouvriers étaient concernés, contre 1,3 % des enfants de cadres, soit près de 4,5 fois plus.
En moyenne, près de 12 % des enfants de cet âge présentaient un excès de poids, dont 3,5 % une obésité. Ces chiffres ne décrivent pas la situation exacte en 2026. Chez les plus jeunes, les médecins évaluent la corpulence à partir de l’indice de masse corporelle (IMC), en suivant des courbes adaptées à l’âge et au sexe. Un enfant peut ainsi présenter un excès de poids sans que cela soit évident à l’œil nu.
Pourquoi les enfants des familles modestes sont-ils davantage en surpoids ?
Une alimentation équilibrée qui coûte cher
Fruits, légumes, poisson, produits frais… Composer des repas variés peut vite peser sur le budget familial. Lorsque les revenus sont limités, le prix, la quantité et la durée de conservation deviennent souvent prioritaires. Certains aliments très transformés, riches en sucres ou en graisses, apportent beaucoup de calories pour un prix relativement faible. Ils sont aussi rapides à préparer, un avantage pour les parents qui cumulent longues journées de travail, trajets et contraintes familiales. Les écarts alimentaires se retrouvent dans les chiffres de l’enquête de 2012-2013.
- 31,4 % des enfants d’ouvriers consommaient quotidiennement des boissons sucrées, contre seulement 8 % des enfants de cadres.
- 85,4 % des enfants d’ouvriers prenaient un petit-déjeuner chaque jour, contre 97,4 % chez les enfants de cadres.
Le prix n’est pas le seul obstacle. L’accès aux commerces, le temps disponible pour cuisiner ou encore l’équipement du logement peuvent compliquer la préparation de repas équilibrés.
Moins de sport, davantage d’écrans
Le portefeuille joue également sur les possibilités de bouger. Entre les cotisations sportives, l’achat d’équipements et les déplacements, inscrire un enfant dans un club représente parfois un coût important. Le quartier compte aussi. Sans parc à proximité, aire de jeux ou espace sécurisé, les occasions de courir et de jouer dehors sont plus limitées.
Autre différence marquante, le temps passé devant les écrans. En 2012-2013, 59 % des enfants d’ouvriers passaient plus d’une heure devant un écran les jours de classe, contre 25,4 % des enfants de cadres. Une exposition prolongée peut réduire le temps consacré aux activités physiques, favoriser le grignotage et retarder le coucher. Or, dormir trop peu peut perturber les hormones qui régulent la faim et la satiété.
Au collège, les inégalités de poids persistent
Les écarts ne disparaissent pas avec l’âge. En 2016-2017, une enquête nationale menée auprès des élèves de troisième révélait que 24,2 % des adolescents d’ouvriers étaient en surcharge pondérale, contre 11,5 % des enfants de cadres. L’obésité concernait respectivement 7,5 % et 2,7 % des collégiens.
Ces différences s’accompagnent aussi d’un accès inégal au sport. Selon les données de l’Éducation nationale, 62,7 % des collégiens d’ouvriers pratiquaient une activité sportive au moins une fois par semaine en dehors des cours d’EPS, contre 83,5 % des enfants de cadres.
Autre donnée préoccupante, une étude de la DREES publiée en 2017 montrait qu’un enfant sur deux en surpoids à 5 ou 6 ans présentait encore un excès de poids en troisième, contre 11 % de ceux qui avaient une corpulence normale au même âge.
Surpoids infantile : quels risques pour la santé ?
Un excès de poids important et durable peut avoir des conséquences dès l’enfance. Les médecins surveillent notamment plusieurs complications.
- Le diabète de type 2, favorisé par une mauvaise régulation du sucre dans le sang.
- L’hypertension artérielle, qui peut apparaître avant l’âge adulte.
- Les douleurs articulaires, notamment au niveau des genoux et des hanches.
- Les troubles du sommeil, dont l’apnée du sommeil, plus fréquente chez les enfants présentant une obésité.
Le poids peut aussi devenir une source de souffrance à l’école. Les moqueries, les remarques sur le physique et le harcèlement peuvent provoquer une perte de confiance, de l’anxiété ou un isolement social.
Comment aider les enfants en surpoids sans culpabiliser les familles ?
La prévention commence notamment à l’école. Une cantine proposant des repas équilibrés à des tarifs adaptés aux revenus permet aux enfants de bénéficier d’une alimentation variée. Les activités physiques gratuites, les équipements sportifs municipaux et les espaces de jeux accessibles offrent également des possibilités de bouger sans frais importants. Pour les enfants déjà en surpoids ou présentant un risque d’obésité, l’Assurance maladie propose le dispositif « Mission retrouve ton cap », destiné aux 3-12 ans.
Sur prescription médicale, ce programme permet de bénéficier gratuitement, pendant deux ans au maximum, d’un accompagnement adapté comprenant jusqu’à trois bilans et 18 séances de suivi nutritionnel ou psychologique. La prise en charge est remboursée à 100 %, sans avance de frais ni dépassement d’honoraires. Le médecin peut également repérer un risque de surpoids avant l’apparition de complications, en suivant régulièrement la courbe de corpulence de l’enfant dans son carnet de santé. Une remontée précoce de l’IMC, avant 5 ans, fait notamment partie des signes qui peuvent justifier un accompagnement adapté.
À SAVOIR
En France, la publicité alimentaire destinée aux enfants est interdite dans les programmes jeunesse de la télévision publique depuis 2018. Depuis 2020, cette interdiction concerne également les plateformes numériques de France Télévisions. Les chaînes privées peuvent toujours diffuser des publicités pour des produits alimentaires autour de leurs programmes jeunesse, sous certaines règles.



