Il aura suffi de trois mois pour mesurer l’attente. Depuis le 15 juin 2026, certains patients atteints d’obésité peuvent enfin obtenir le remboursement de Wegovy, à base de sémaglutide, et de Mounjaro, à base de tirzépatide. Jusqu’alors, ces traitements représentaient une dépense pouvant atteindre plusieurs centaines d’euros par mois pour les patients qui les achetaient sans prise en charge. Selon les chiffres de l’Assurance maladie rendus publics ce lundi 14 septembre, environ 86 000 boîtes de Wegovy et de Mounjaro ont déjà été prises en charge depuis l’entrée en vigueur du remboursement.
L’engouement est donc bien réel. Mais derrière le succès de ces médicaments parfois présentés un peu rapidement comme des produits « pour maigrir », la réalité médicale est nettement plus encadrée. Non, quelques kilos à perdre avant l’été ne suffisent pas pour se les faire rembourser. Wegovy et Mounjaro sont destinés, dans ce cadre, à des personnes présentant une obésité importante et répondant à des critères précis.
Wegovy et Mounjaro, comment ça marche exactement ?
Wegovy et Mounjaro sont des traitements injectables administrés par voie sous-cutanée, généralement une fois par semaine. Le Wegovy contient du sémaglutide, une molécule qui imite l’action d’une hormone naturellement produite par l’intestin, le GLP-1. Celle-ci intervient notamment dans la régulation de l’appétit. Le médicament augmente la sensation de satiété et ralentit la vidange de l’estomac. Concrètement, le patient a tendance à avoir moins faim et à manger moins.
Mounjaro contient quant à lui du tirzépatide. Son fonctionnement est un peu différent puisqu’il agit sur deux récepteurs hormonaux, ceux du GLP-1 mais aussi ceux du GIP, une autre hormone impliquée dans la régulation du métabolisme. Ces médicaments n’ont toutefois rien d’une baguette magique. La Haute Autorité de santé (HAS) les positionne comme des traitements de seconde intention dans l’obésité. Autrement dit, ils interviennent après une prise en charge nutritionnelle suffisamment longue qui n’a pas permis d’obtenir une perte de poids satisfaisante. L’alimentation, l’activité physique, la lutte contre la sédentarité et l’accompagnement global du patient restent donc au cœur du traitement.
Médicaments pour maigrir : quelles sont les conditions pour être remboursé ?
Qui peut réellement être remboursé ?
Être autorisé à recevoir le médicament et avoir droit à son remboursement sont deux choses différentes. Les arrêtés du 10 juin 2026 publiés au Journal officiel ont défini un périmètre précis. Pour que Wegovy ou Mounjaro soit remboursé dans le traitement de l’obésité, le patient doit être majeur et se trouver dans l’une de ces situations :
- avoir un IMC initial supérieur ou égal à 40 kg/m², même sans autre maladie associée ;
- ou avoir un IMC initial supérieur ou égal à 35 kg/m² avec au moins une comorbidité sévère liée au poids, comme certaines formes de diabète de type 2, d’hypertension artérielle, d’apnée obstructive du sommeil ou certaines maladies cardiovasculaires.
Aussi, le traitement intervient après l’échec d’une prise en charge nutritionnelle bien conduite pendant six mois, défini dans les textes par une perte de poids inférieure à 5 % du poids initial. L’IMC, ou indice de masse corporelle, correspond au poids divisé par la taille au carré. Il permet de classer différentes situations de corpulence, même s’il ne résume évidemment pas, à lui seul, l’état de santé d’une personne. Les médicaments sont utilisés en complément d’une alimentation moins calorique et d’une augmentation de l’activité physique. Ils ne viennent donc pas remplacer les autres composantes de la prise en charge de l’obésité.
Un remboursement très encadré
Pour éviter que le remboursement ne transforme ces médicaments en produits amaigrissants accessibles sur simple demande, un garde-fou supplémentaire a été mis en place. La première prescription donnant droit à la prise en charge doit être réalisée par un professionnel habilité impliqué dans la prise en charge spécialisée de l’obésité. Les textes prévoient notamment certains spécialistes en endocrinologie, diabétologie et nutrition, des médecins compétents en nutrition ou des chirurgiens bariatriques lorsqu’ils exercent dans certaines structures spécialisées, ainsi que certains médecins experts travaillant en lien avec un Centre spécialisé de l’obésité (CSO).
Une fois le traitement initié dans ce cadre, son renouvellement peut ensuite être effectué par le médecin traitant ou un autre médecin. Le prescripteur doit également remplir un formulaire d’accompagnement confirmant que le patient répond aux critères permettant la prise en charge. Le patient le présente ensuite au pharmacien avec son ordonnance. Attention donc à une confusion fréquente : un médecin peut, dans certaines situations conformes à l’autorisation de mise sur le marché, prescrire Wegovy ou Mounjaro sans que cette prescription ouvre automatiquement droit au remboursement.
Médicaments anti-obésité : pourquoi la demande de Wegovy et Mounjaro explose-t-elle ?
Déjà 86 000 boîtes prises en charge
Ce cadre assez strict n’a visiblement pas freiné les demandes. En seulement trois mois, 86 000 boîtes de Wegovy et Mounjaro ont été remboursées, selon les données de l’Assurance maladie communiquées le 14 septembre. Les premières dépenses sont elles aussi conséquentes : elles atteignent environ 2,3 millions d’euros pour Wegovy et 13 millions d’euros pour Mounjaro.
Une précision s’impose toutefois avant d’additionner trop vite les chiffres. Mounjaro est également pris en charge dans certaines situations chez des patients atteints de diabète de type 2. Les 13 millions d’euros ne correspondent donc pas exclusivement au traitement de l’obésité. Le nombre de boîtes ne permet pas non plus de connaître directement le nombre de patients traités. Une même personne reçoit plusieurs boîtes au fil de son traitement. Ces 86 000 remboursements constituent donc avant tout un indicateur de consommation depuis juin, et non le nombre de Français nouvellement traités.
Pourquoi une telle demande ?
Le remboursement a fait sauter un obstacle de taille : le prix. Mais il intervient aussi dans un contexte où l’obésité concerne désormais une part importante de la population française. En 2025, 17,4 % des adultes vivant en France étaient en situation d’obésité, selon les données reprises par les autorités publiques. Cela représente plusieurs millions de personnes. Et l’obésité ne se résume pas à un chiffre sur une balance. L’Organisation mondiale de la santé la définit comme une maladie chronique complexe caractérisée par une accumulation excessive de graisse pouvant nuire à la santé. Elle augmente notamment le risque de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires, de troubles respiratoires et de certaines autres pathologies.
La HAS avait d’ailleurs estimé, dans son avis du 18 décembre 2025 sur la priorisation des patients, qu’entre 1 et 2,1 millions de personnes pourraient appartenir à la population correspondant à un IMC d’au moins 35 avec comorbidité ou d’au moins 40 sans comorbidité. Toutes ne seront évidemment pas traitées : l’éligibilité dépend aussi du parcours médical, de l’échec préalable de la prise en charge nutritionnelle et de la décision prise avec le médecin.
Le revers du succès : les consultations spécialisées sous pression
Puisque l’accès à la prise en charge financière passe au départ par des professionnels spécialisés, l’afflux de patients se concentre sur un nombre limité de consultations. Et avec l’arrivée de plusieurs médicaments anti-obésité ces dernières années, les demandes ne partaient déjà pas de zéro. Au Centre spécialisé de l’obésité de Rouen, par exemple, elles auraient été multipliées par dix depuis l’arrivée du remboursement. Le délai annoncé pour décrocher une première consultation, déjà très long auparavant, serait passé d’environ dix mois à un an et demi. Le problème dépasse donc la simple disponibilité du médicament. Rembourser un traitement ne suffit pas si le parcours nécessaire pour y accéder se retrouve saturé.
Cette tension était en partie prévisible. Dans son avis de décembre 2025, la HAS estimait déjà à plusieurs centaines de milliers, voire plus d’un million, le nombre de personnes susceptibles d’entrer dans les populations à prioriser. Elle insistait parallèlement sur la nécessité de maintenir ces médicaments en seconde intention et d’en encadrer la prescription initiale afin d’éviter les mésusages.
À SAVOIR
L’obésité a fortement progressé en France en une génération. Selon l’étude épidémiologique ObÉpi-Roche, sa prévalence chez les adultes est passée de 8,5 % en 1997 à 17 % en 2020, soit quasiment un doublement en un peu plus de vingt ans.




