Le rap français a perdu l’une de ses figures singulières. Prince Waly, de son vrai nom Moussa Magassa, est décédé dimanche 4 octobre à l’âge de 34 ans. Dans un communiqué, ses proches ont annoncé sa disparition « des suites d’une longue maladie contre laquelle il se battait avec courage depuis huit ans ». Malgré ses problèmes de santé, le rappeur originaire de Montreuil avait poursuivi sa carrière et sorti son premier album en 2022.
En 2019, Prince Waly apprend qu’il souffre d’un cancer du thymus, une petite glande située dans le thorax. La tumeur, d’une dizaine de centimètres selon ce qu’il avait lui-même raconté, touchait un nerf impliqué dans le fonctionnement de ses cordes vocales. Du jour au lendemain, le rappeur avait pratiquement perdu sa voix. Après plusieurs mois de traitements, il avait annoncé fin 2021 être guéri de son cancer.
Mais son parcours médical ne s’était pas arrêté là. En septembre 2026, quelques semaines seulement avant sa mort, Prince Waly avait révélé souffrir d’une autre pathologie appelée pemphigus paranéoplasique. Une maladie auto-immune extrêmement rare et potentiellement très grave.
Pemphigus paranéoplasique : que provoque réellement cette maladie ?
Le pemphigus paranéoplasique, c’est quoi exactement ?
Le pemphigus paranéoplasique est une maladie auto-immune extrêmement rare qui touche principalement la peau et les muqueuses. Elle apparaît généralement chez des personnes atteintes d’une tumeur, d’où le terme « paranéoplasique ». Concrètement, le système immunitaire se dérègle et fabrique des anticorps qui s’attaquent à des protéines servant à maintenir les cellules de la peau et des muqueuses solidement attachées entre elles. Lorsque ces sortes de « points d’ancrage » sont endommagés, les cellules se désolidarisent. La peau et les muqueuses deviennent alors beaucoup plus fragiles et peuvent former des bulles, des plaies et des zones à vif.
La maladie se manifeste très souvent d’abord dans la bouche. Des lésions particulièrement douloureuses peuvent apparaître sur les lèvres, la langue, les gencives ou l’intérieur des joues. Elles peuvent être persistantes et rendre difficile le simple fait de manger ou d’avaler. D’autres muqueuses peuvent également être touchées, notamment les yeux, le nez, la gorge, l’œsophage ou les parties génitales.
Sur la peau, le tableau est beaucoup plus variable. Certains patients développent des cloques, d’autres des plaques rouges, des croûtes ou des lésions ressemblant à celles d’autres maladies dermatologiques. Et le pemphigus paranéoplasique peut également attaquer les voies respiratoires, avec dans les formes sévères une atteinte des petites bronches susceptible d’entraîner de graves difficultés respiratoires.
Seulement 500 cas décrits dans le monde
Le pemphigus paranéoplasique est extrêmement rare. On ne sait pas exactement combien de personnes en souffrent, mais environ 500 cas seulement ont été décrits dans le monde. La maladie représenterait 3 à 5 % de tous les pemphigus et peut toucher des personnes de tout âge.
Autre particularité, elle est associée à la présence d’une tumeur, cancéreuse ou parfois bénigne. C’est d’ailleurs de là que vient le terme « paranéoplasique ». Elle est notamment retrouvée chez des patients atteints de certains lymphomes ou d’une leucémie lymphoïde chronique. Elle peut aussi être associée à un thymome, une tumeur du thymus, une petite glande située dans le thorax.
C’était justement au niveau du thymus que Prince Waly avait développé un cancer, diagnostiqué en 2019. Le rappeur avait annoncé en être guéri fin 2021. Les informations disponibles sur son état de santé ne permettent toutefois pas de savoir précisément quel lien existait entre ce cancer et la maladie auto-immune dont il souffrait.
Une maladie qui peut aussi s’attaquer aux poumons
Le pemphigus paranéoplasique ne touche pas seulement la peau et les muqueuses. Dans les formes les plus sévères, les voies respiratoires peuvent également être atteintes. Selon Orphanet, cela concernerait environ 30 à 40 % des patients. La complication la plus préoccupante est la bronchiolite oblitérante. Contrairement à la bronchiolite que l’on connaît surtout chez les nourrissons, il s’agit ici d’une atteinte des petites voies respiratoires. Les bronchioles s’enflamment, s’abîment et peuvent progressivement se rétrécir. L’air circule alors de plus en plus difficilement dans les poumons.
Cette atteinte peut devenir irréversible et, dans les cas les plus graves, entraîner une insuffisance respiratoire. Elle fait partie des complications les plus sévères du pemphigus paranéoplasique. D’autres organes peuvent également être touchés, notamment au niveau du système digestif. La maladie est d’ailleurs parfois appelée « syndrome auto-immun multiviscéral paranéoplasique », un terme qui souligne qu’elle peut dépasser largement les seules atteintes de la peau.
Pourquoi le pemphigus paranéoplasique est-il si dangereux ?
Le pemphigus paranéoplasique reste une maladie potentiellement mortelle. Les données disponibles font état d’une survie d’environ 49 % à un an, 41 % à trois ans et 38 % à cinq ans après le diagnostic. Les principales complications sont les infections sévères, l’aggravation du cancer associé et les atteintes respiratoires. La bronchiolite oblitérante peut notamment endommager durablement les petites voies respiratoires et conduire à une insuffisance respiratoire.
Le traitement peut également fragiliser les patients. Les médicaments utilisés pour calmer la réaction auto-immune diminuent l’activité du système immunitaire et peuvent donc augmenter le risque d’infections. La gravité de la maladie dépend toutefois beaucoup des organes touchés et de la tumeur à laquelle elle est associée.
Peut-on traiter cette maladie ?
Il n’existe aujourd’hui aucun traitement capable de guérir systématiquement le pemphigus paranéoplasique. La prise en charge consiste d’abord à freiner la réaction anormale du système immunitaire, tout en traitant la tumeur associée. Les médecins peuvent notamment utiliser des corticoïdes et des médicaments qui diminuent ou modifient l’activité du système immunitaire. Le rituximab, un traitement qui cible certaines cellules immunitaires impliquées dans la production d’anticorps, peut également être utilisé dans certains cas.
En parallèle, la tumeur doit être prise en charge lorsqu’elle peut l’être, par exemple par chirurgie. Mais son traitement ne fait pas forcément disparaître le pemphigus. La maladie auto-immune peut continuer à évoluer même lorsque la tumeur est contrôlée ou retirée. Chez certains patients, le traitement de la tumeur permet toutefois une amélioration, voire une rémission des symptômes.
Est-ce cette maladie qui a causé la mort de Prince Waly ?
Prince Waly avait bien annoncé souffrir d’un pemphigus paranéoplasique et cette maladie peut engager le pronostic vital. Mais les proches du rappeur n’ont pas communiqué de cause médicale précise de son décès. Le communiqué annonçant sa mort évoque seulement une « longue maladie » contre laquelle Moussa Magassa se battait depuis huit ans. Les informations disponibles publiquement ne permettent donc pas d’affirmer que le pemphigus paranéoplasique est directement responsable de sa mort, ni de déterminer quelle éventuelle complication serait en cause.
Ce que l’on sait en revanche, c’est que les problèmes de santé avaient profondément marqué son parcours. En 2019, lorsqu’il avait brutalement perdu sa voix, Prince Waly avait d’abord pensé à une extinction de voix. Après plusieurs consultations et examens, un scanner et une IRM avaient finalement permis de découvrir son thymome. « J’aurais pu vivre avec pendant encore deux ans sans savoir que j’en étais atteint », racontait-il en 2022 à l’ABCDR du Son.
À SAVOIR
Le pemphigus paranéoplasique peut parfois être le premier signe d’une tumeur qui n’a pas encore été diagnostiquée. Des lésions persistantes et inexpliquées dans la bouche peuvent ainsi conduire les médecins à rechercher un cancer sous-jacent. Dans certaines séries, ces manifestations précèdent le diagnostic de la tumeur dans 30 à 45 % des cas.



