Seize années de recherche commencent à porter leurs fruits. Ce mardi 20 octobre 2026, à la Maison de la Chimie à Paris, les équipes du CHU de Besançon ont dévoilé de nouveaux résultats encourageants pour UCPVax, leur vaccin expérimental contre le cancer. Développé sous la direction du professeur Olivier Adotevi, ce traitement a déjà été testé dans plus de vingt établissements de santé français, à travers neuf essais cliniques portant sur plusieurs cancers, notamment ceux du poumon, du foie, du cerveau et les tumeurs liées au papillomavirus (HPV).
Parmi les résultats annoncés, sept rémissions complètes et huit patients atteints d’un glioblastome, un cancer du cerveau particulièrement agressif, toujours en vie plus de deux ans après leur traitement. Des avancées qui ouvrent désormais la voie à des essais de plus grande ampleur pour confirmer l’efficacité du vaccin.
Vaccin contre le cancer : des résultats qui donnent de l’espoir
Sept rémissions complètes et une survie prolongée chez certains patients
Chez environ 80 % des patients évalués, le vaccin a réussi à stimuler les défenses naturelles de l’organisme. En clair, leur système immunitaire a appris à reconnaître une cible présente dans les cellules cancéreuses. Mais les résultats ne s’arrêtent pas là. Plusieurs patients ont également vu leur état de santé évoluer favorablement :
- Cancer du cerveau : huit patients étaient toujours en vie plus de deux ans après la fin du traitement.
- Cancers liés au papillomavirus (HPV) : six patients ont connu une disparition des signes détectables de leur cancer et 18 étaient encore en vie plus de deux ans après le traitement.
- Cancer du poumon avancé : un patient a connu une disparition durable des signes détectables de la maladie. D’autres résultats encourageants ont également été observés concernant la survie.
Ces disparitions des signes du cancer sont appelées des rémissions complètes. Cela signifie que les examens médicaux ne détectent plus de tumeur, même si une récidive reste possible. Les chercheurs doivent maintenant vérifier si ces résultats se confirment chez davantage de patients et si le vaccin permet réellement de prolonger leur vie par rapport aux traitements habituels.
Cancer du cerveau : certains patients vivent plusieurs années après le traitement
Les résultats concernant le glioblastome attirent particulièrement l’attention. Ce cancer du cerveau est l’un des plus agressifs et reste très difficile à soigner. Même avec une opération, de la radiothérapie et de la chimiothérapie, la moitié des patients vivent généralement moins de 15 à 18 mois après le diagnostic. Entre 2020 et 2024, 61 patients atteints de ce cancer ont participé à un essai du vaccin UCPVax. Plus de neuf sur dix ont vu leurs défenses immunitaires réagir au traitement.
Parmi eux, huit étaient encore en vie plus de deux ans après la fin du traitement, et six approchaient les trois années de survie après celui-ci. C’est notamment le cas de Wanda Agnello, diagnostiquée en novembre 2022. Après une opération du cerveau, elle a commencé à recevoir le vaccin en janvier 2023. Depuis, ses examens n’ont révélé aucune réapparition de la maladie, selon son témoignage.
Elle préside aujourd’hui l’association Neuro Vie, qui accompagne les personnes atteintes de tumeurs cérébrales et leurs proches. Ces résultats expliquent pourquoi les chercheurs souhaitent désormais concentrer une partie de leurs efforts sur ce cancer particulièrement difficile à traiter.
Comment fonctionne ce vaccin français contre le cancer ?
Contrairement aux vaccins classiques, qui servent à prévenir une maladie, UCPVax s’adresse aux personnes déjà atteintes d’un cancer. Son objectif est de renforcer les défenses immunitaires pour les aider à combattre les cellules cancéreuses. Pour cela, il cible la télomérase, une enzyme présente dans la grande majorité des cancers, qui permet aux cellules tumorales de continuer à se multiplier. Le vaccin entraîne le système immunitaire à reconnaître cette cible et à mieux réagir face aux tumeurs.
Cette particularité pourrait permettre d’utiliser un même vaccin contre plusieurs types de cancers, plutôt que de développer un traitement différent pour chaque tumeur. C’est pourquoi UCPVax est présenté comme un vaccin potentiellement « universel ». Il pourrait être utilisé chez des patients atteints de cancers différents, sans nécessiter une fabrication sur mesure pour chacun. Les doses utilisées dans les essais sont actuellement fabriquées et distribuées par la pharmacie du CHU de Besançon.
Un vaccin qui pourrait renforcer les traitements contre le cancer
Attention, UCPVax n’a pas vocation à remplacer systématiquement les traitements déjà utilisés contre le cancer. Les chercheurs souhaitent notamment l’associer à certains médicaments qui aident déjà le système immunitaire à combattre les tumeurs. Ces traitements, appelés immunothérapies, ont permis des progrès importants ces dernières années, mais ils ne fonctionnent pas chez tous les patients.
L’idée est donc de combiner leurs effets. Le vaccin apprendrait à l’organisme à reconnaître les cellules cancéreuses, tandis que les autres médicaments l’aideraient à mieux les attaquer. Cette association est notamment étudiée chez des patients atteints d’un cancer du foie avancé, dans le cadre d’un essai français appelé TERTIO. Les premiers essais ont également montré que le vaccin semblait globalement bien toléré. Les prochaines études permettront de mieux connaître ses effets secondaires, notamment lorsqu’il est utilisé avec d’autres traitements.
Vaccin contre le cancer : quelles sont les prochaines étapes avant sa commercialisation ?
Vaccin anticancer : 6 millions d’euros pour poursuivre les recherches
Pour aller plus loin, les chercheurs ont désormais besoin de financements. Le 20 octobre, le CHU de Besançon a lancé un appel aux dons pour réunir 6 millions d’euros et poursuivre le développement d’UCPVax. Cette somme doit permettre de produire de nouvelles doses du vaccin et de le tester sur davantage de patients, afin de vérifier son efficacité face aux traitements déjà disponibles.
Le projet a déjà reçu un premier soutien important. Le Crédit Agricole s’est engagé à verser 1,5 million d’euros, devenant le premier mécène privé du programme. Les chercheurs comptent désormais sur la participation d’entreprises, de fondations, d’associations et de particuliers pour réunir les fonds manquants et financer les prochaines étapes des essais.
Quand ce vaccin contre le cancer pourrait-il être disponible ?
Les chercheurs espèrent franchir une première étape dès 2029, en demandant un accès anticipé au vaccin pour certains patients atteints d’un glioblastome. Ce dispositif permettrait, si les autorités sanitaires donnent leur accord, de proposer le traitement à des malades avant sa commercialisation officielle. L’équipe vise ensuite 2032 pour une éventuelle autorisation de mise sur le marché, qui permettrait une utilisation plus large du vaccin.
Ces dates restent des objectifs. Tout dépendra des résultats des prochains essais et des décisions des autorités de santé. À ce jour, UCPVax n’est donc pas disponible dans les traitements habituels contre le cancer. Il reste réservé aux patients participant aux essais cliniques, selon les conditions propres à chaque étude.
À SAVOIR
Certains cancers peuvent être provoqués par des virus. C’est notamment le cas du papillomavirus humain (HPV), responsable de cancers du col de l’utérus, mais aussi de la gorge, de l’anus ou du pénis. Particularité intéressante, il existe déjà un vaccin contre ce virus, capable de prévenir une grande partie des cancers qu’il provoque. Contrairement à UCPVax, il est administré avant l’apparition de la maladie.




