Réseaux sociaux : après 2h30 par jour, le risque de dépression explose

le 3 septembre 2026 à 12h21
Un jeune homme au bord de la dépression à cause du temps qu'il passe sur les réseaux sociaux.
La dépression pourrait aussi nous pousser à nous réfugier davantage sur les réseaux sociaux et à y passer encore plus de temps. © Magnific
Scroller, encore et encore… jusqu’à y laisser un peu de sa santé mentale ? Une vaste étude américaine, relayée par nos confrères de BFM TV, s’est penchée sur les habitudes de plus de 183 000 adultes entre 2014 et 2024. Et selon les résultats, le cap des 2 h 30 de réseaux sociaux par jour pourrait bien être celui de trop pour notre moral.
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Quelques minutes dans le bus, un petit scroll à la pause déjeuner, une dernière vidéo avant de dormir… puis une autre, évidemment. À force de grappiller quelques minutes ici et là, le compteur peut vite s’emballer. Et lorsque ces minutes dépassent deux heures et demie par jour, la santé mentale pourrait bien entrer dans l’équation.

C’est en tout cas ce que suggère une vaste étude américaine publiée dans npj Mental Health Research. Plus de 183 000 adultes ont été pris en compte dans cette recherche menée à partir de données recueillies entre 2014 et 2024.  C’est en tout cas ce que suggère une vaste étude américaine publiée dans npj Mental Health Research. Les chercheurs se sont plongés dans les habitudes de plus de 183 000 adultes, à partir de données recueillies entre 2014 et 2024. Dix années pendant lesquelles nos façons de scroller ont sacrément évolué. Mais au milieu des nouveaux réseaux, des nouvelles tendances et des heures de vidéos avalées, un constat persiste. Plus le temps passé sur les réseaux sociaux grimpe, plus la dépression autodéclarée apparaît fréquemment dans les données. 

Dépression : faut-il vraiment limiter son temps sur les réseaux sociaux ?

Plus on scrolle, plus le lien avec la dépression se confirme

Les chercheurs n’ont pas suivi les mêmes personnes pendant onze ans. Entre 2014 et 2024, ils ont plutôt pris onze grandes « photos » de la population américaine, à travers autant d’enquêtes réalisées auprès de différents groupes d’adultes. Et en dix ans, nos téléphones ont colonisé nos poches, TikTok a débarqué, Instagram a changé de visage et le scroll est devenu un réflexe presque aussi naturel que de regarder l’heure. Malgré cette petite révolution numérique, le même lien revient au fil des années. Ceux qui passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux déclarent aussi plus souvent souffrir de dépression.

Restait à faire parler cette montagne de données. Les chercheurs ont donc utilisé des algorithmes capables de croiser le temps passé sur les réseaux sociaux avec l’âge, le sexe ou encore d’autres habitudes liées aux médias. Objectif, repérer ce qui différencie le mieux les personnes déclarant une dépression des autres. Résultat, leurs modèles y parviennent avec une précision comprise entre 71 et 75 % selon les années. Et dans cette grande tambouille statistique, un ingrédient pèse particulièrement lourd, le temps passé sur les réseaux sociaux.

À partir de combien de temps les réseaux sociaux pèsent-ils sur le moral ?

Deux heures et demie. C’est le chiffre qui ressort de cette immense masse de données. Autour de 150 minutes de réseaux sociaux par jour, le lien avec la dépression devient plus marqué. Et 2 h 30, ça peut aller vite. Entre vidéos, stories, messages et quelques détours qui s’éternisent dans le fil d’actualité, les minutes s’accumulent parfois sans qu’on les voie vraiment passer.

En revanche, les 150 minutes ne correspondent pas à une limite médicale ni à un seuil de danger établi. C’est un point de bascule observé dans les données de l’étude. En dessous, le temps passé sur les réseaux sociaux intervient relativement peu dans les résultats. Au-delà, son association avec la dépression devient progressivement plus importante. Autrement dit, l’étude ne fixe pas un temps d’écran à ne surtout pas dépasser. Elle montre plutôt qu’une utilisation quotidienne très importante des réseaux sociaux va davantage de pair avec la dépression. 

Les réseaux sociaux rendent-ils vraiment dépressif ?

L’étude montre bien que forte consommation de réseaux sociaux et dépression ont tendance à avancer main dans la main. Mais elle ne permet pas encore de savoir laquelle entraîne l’autre. Car le fil peut se dérouler dans les deux sens. Passer plusieurs heures par jour happé par les vidéos, les stories et les notifications pourrait peser sur le moral. Mais une personne déjà déprimée peut aussi davantage se tourner vers son écran, pour maintenir un lien avec les autres, chercher du soutien, tromper l’ennui ou simplement mettre ses pensées sur pause quelques instants.

Et entre le pouce qui scrolle et le moral qui flanche, il manque encore quelques pièces au puzzle. Sommeil, isolement, situation personnelle ou professionnelle, âge, habitudes de vie… de nombreux facteurs peuvent entrer dans la danse. Les chercheurs préfèrent donc garder le doigt loin du bouton « conclusion ». Il faudra notamment suivre les mêmes personnes sur plusieurs années pour comprendre plus précisément ce qui se joue. Pour l’instant, une chose ressort clairement, plus de réseaux sociaux et dépression se retrouvent souvent dans le même fil. 

Le contenu regardé compte aussi

Compter les minutes, c’est bien. Savoir ce qu’on en fait, c’est encore mieux. Car deux heures passées sur les réseaux sociaux peuvent cacher des expériences radicalement différentes. Discuter avec ses proches, rigoler devant quelques vidéos ou échanger avec une communauté n’a pas grand-chose à voir avec deux heures à faire défiler machinalement des contenus anxiogènes, à encaisser des commentaires agressifs ou à comparer sa vie avec celle, soigneusement filtrée, des autres.

Le compteur ne raconte donc pas toute l’histoire. Ce que l’on regarde, la façon dont on utilise les plateformes, mais aussi notre âge, notre vie sociale ou notre état psychologique peuvent faire toute la différence. Et c’est là que les choses se compliquent. La dépression ne se résume évidemment pas à quelques heures passées sur Instagram ou TikTok. Elle se construit à partir d’un ensemble de facteurs personnels, sociaux, psychologiques et biologiques. Les réseaux sociaux peuvent faire partie du décor, mais ils sont loin d’écrire le scénario à eux seuls.

En France, près d’un adulte sur six touché par la dépression

Selon le Baromètre de Santé publique France 2024, 15,6 % des 18-79 ans ont connu un épisode dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois. Autrement dit, près d’un adulte sur six. Chez les jeunes, le moral est encore plus souvent dans le rouge. Plus d’un 18-29 ans sur cinq est concerné, soit 21,5 %. Les femmes sont également davantage touchées, avec 18,2 % contre 12,8 % chez les hommes.

Mais un autre chiffre fait franchement tiquer. 44 % des personnes ayant traversé un épisode dépressif caractérisé en 2024 n’ont bénéficié d’aucune prise en charge, selon Santé publique France. Et non, on ne parle pas ici d’un simple passage à vide après une mauvaise semaine. Un épisode dépressif caractérisé s’installe dans la durée et pèse réellement sur le quotidien. Tristesse persistante, perte d’envie ou de plaisir, fatigue, sommeil perturbé, difficultés à se concentrer ou dévalorisation de soi peuvent notamment en faire partie. Quand le blues s’installe et ne veut plus repartir, on change clairement de registre.

Nous avons déjà conscience de passer beaucoup de temps devant nos écrans

Les Français semblent d’ailleurs eux-mêmes assez lucides sur leur consommation numérique. Selon le Baromètre du numérique 2025, piloté notamment par l’Arcep, l’Arcom, le Conseil général de l’économie et l’Agence nationale de la cohésion des territoires, 59 % des personnes consultant les réseaux sociaux plusieurs fois par jour considèrent leur propre temps d’écran comme excessif.

Cette impression augmente logiquement chez les gros utilisateurs. Parmi les personnes passant plus de cinq heures quotidiennement devant un écran et utilisant les réseaux sociaux plusieurs fois par jour, 67 % jugent leur temps d’écran excessif. Ces données françaises ne permettent pas d’établir de lien avec la dépression. Elles montrent en revanche à quel point la question du temps passé devant les écrans est devenue concrète dans la vie quotidienne.

Comment décrocher un peu des réseaux sociaux ?

Pas besoin de passer au téléphone à clapet pour reprendre la main. Réduire son temps sur les réseaux sociaux fonctionne surtout en cassant les petits automatismes qui nous font ouvrir Instagram ou TikTok sans même y penser. Quelques réflexes simples peuvent aider :

  • Couper les notifications inutiles, qui sont autant de petites invitations à revenir voir ce qui se passe.
  • Fixer une limite quotidienne grâce aux outils de temps d’écran du téléphone et la réduire progressivement.
  • Sortir les applications de l’écran d’accueil pour éviter de les ouvrir machinalement dès que l’on déverrouille son téléphone.
  • Créer des moments sans téléphone, notamment pendant les repas, au travail ou avant de dormir.
  • Éviter le téléphone dans la chambre, surtout si le « dernier petit scroll » a tendance à repousser l’heure du coucher.
  • Remplacer le réflexe du scroll par autre chose quand l’ennui pointe son nez, comme marcher, lire, écouter de la musique, faire du sport ou simplement discuter.

L’idée n’est donc pas de bannir les réseaux sociaux de sa vie. Il s’agit surtout de recommencer à choisir quand on les ouvre… et surtout quand les refermer.

À SAVOIR 

Passer son téléphone en noir et blanc pourrait aider à moins le regarder. Une étude publiée en juillet 2026 dans Frontiers in Digital Health auprès de 51 étudiants en médecine a constaté une baisse moyenne d’environ 28 minutes de temps d’écran par jour lorsque leur smartphone était réglé en niveaux de gris. 

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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