Fourmillements dans les doigts, main engourdie au réveil, douleurs ou perte de force… Ces symptômes peuvent être ceux d’un syndrome du canal carpien. Et pour beaucoup de personnes concernées par ces signes, le travail n’y serait pas étranger. C’est l’un des principaux constats d’une étude publiée le 1er septembre 2026 par Santé publique France, à partir des éditions 2020 et 2021 de son Baromètre. L’agence sanitaire s’est intéressée au parcours de soins des personnes souffrant d’un syndrome du canal carpien, mais aussi à la façon dont elles perçoivent le rôle de leur activité professionnelle.
En 2021, les douleurs déclarées liées au syndrome du canal carpien concernaient 10 % des femmes et 9 % des hommes en France, selon Santé publique France. Et parmi les personnes touchées, plus de 70 % déclarent que le travail est la cause probable de leur pathologie. Pourtant, très peu franchissent l’étape suivante d’une demande de reconnaissance en maladie professionnelle. Un paradoxe particulièrement frappant puisque le canal carpien est déjà la deuxième maladie professionnelle la plus fréquemment reconnue par le régime général de la Sécurité sociale, avec 21 % des maladies professionnelles reconnues en 2023.
Canal carpien : pourquoi le travail peut-il être en cause ?
Syndrome du canal carpien : c’est quoi exactement ?
Le canal carpien est un petit tunnel délimité par les os du poignet et un ligament. Plusieurs tendons y passent, ainsi que le nerf médian, qui intervient notamment dans la sensibilité de la main et certains mouvements. Lorsque ce nerf est comprimé, des fourmillements, picotements, engourdissements ou douleurs peuvent apparaître, principalement au niveau du pouce, de l’index, du majeur et d’une partie de l’annulaire. Lorsque l’atteinte progresse, une diminution de la force de la main peut également survenir. Et certains gestes effectués quotidiennement au travail peuvent favoriser cette compression. Selon l’Assurance Maladie, plusieurs situations professionnelles sont susceptibles de favoriser l’apparition d’un syndrome du canal carpien :
- les mouvements répétés de flexion, d’extension ou de torsion du poignet,
- les gestes nécessitant une force importante de la main,
- l’utilisation répétée de la pince entre le pouce et l’index,
- les travaux exposant les mains aux vibrations ou au froid.
Ce n’est donc pas simplement le fait d’utiliser ses mains qui pose problème. C’est surtout la répétition, la force exercée, la posture du poignet et la durée d’exposition qui peuvent entrer en jeu.
Quels métiers sont les plus exposés ?
Tous les travailleurs ne sont donc pas logés à la même enseigne. Une étude de Santé publique France avait déjà identifié plusieurs professions dans lesquelles la part des syndromes du canal carpien attribuable au travail était particulièrement importante. Chez les hommes, l’agence citait notamment :
- les couvreurs,
- les bouchers,
- les ouvriers de la transformation des viandes,
- certains ouvriers du textile et du cuir,
- les chaudronniers,
- les ouvriers de l’élevage.
Chez les femmes, figuraient notamment les ouvrières agricoles du maraîchage, de l’horticulture, de la viticulture et de l’arboriculture, les ouvrières de la transformation des viandes, de l’électricité et de l’électronique ainsi que certaines ouvrières du textile et du cuir. Pour certaines de ces professions ouvrières, Santé publique France estimait que la part des cas attribuable à l’activité professionnelle pouvait atteindre 90 % ou davantage. Le syndrome du canal carpien fait plus largement partie des troubles musculo-squelettiques (TMS), ces atteintes des muscles, tendons, articulations et nerfs particulièrement fréquentes dans le monde du travail. Selon l’Assurance Maladie, les TMS ont augmenté de 6,7 % entre 2023 et 2024 et représentent désormais environ 90 % des maladies professionnelles reconnues en France.
Syndrome du canal carpien : une maladie professionnelle encore largement sous-déclarée
Plus de 70 % des personnes atteintes estiment que leur travail est probablement à l’origine de leur syndrome du canal carpien. Pourtant, seules 10 % d’entre elles ont entrepris une démarche pour le faire reconnaître comme maladie professionnelle. Et celles qui se lancent obtiennent souvent gain de cause. Selon l’étude, près de 80 % des personnes ayant effectué une déclaration indiquent que celle-ci a été acceptée.
Pour Santé publique France, ce décalage montre qu’il reste encore du chemin à parcourir pour mieux faire connaître la reconnaissance en maladie professionnelle. Les auteurs appellent notamment à « renforcer la formation des médecins généralistes sur les maladies professionnelles » et à mieux informer le grand public sur les troubles musculo-squelettiques.
Comment faire reconnaître un canal carpien comme maladie professionnelle ?
Avoir mal au poignet après une journée de travail ne suffit évidemment pas à faire automatiquement du syndrome du canal carpien une maladie professionnelle. Mais cette affection peut être reconnue lorsqu’elle répond à certains critères. Pour les salariés relevant du régime général, le syndrome du canal carpien figure dans le tableau n°57 des maladies professionnelles, consacré aux affections provoquées par certains gestes et postures de travail.
La démarche n’est pas automatique. Comme le rappelle l’Assurance Maladie, si un médecin estime qu’une origine professionnelle est possible, il peut établir un certificat médical initial décrivant la maladie. C’est ensuite au patient de remplir la déclaration de maladie professionnelle et de transmettre les documents à sa caisse d’Assurance Maladie. La reconnaissance dépend notamment des conditions dans lesquelles la maladie est apparue et de l’exposition professionnelle aux gestes concernés. Lorsqu’elle est reconnue, l’origine professionnelle ouvre notamment droit à une prise en charge spécifique de la maladie et de ses conséquences.
Travail, santé, hormones… Quelles sont les causes du canal carpien ?
Le syndrome du canal carpien est une affection multifactorielle. Le travail peut contribuer à son apparition sans nécessairement en être l’unique cause. L’Assurance Maladie rappelle que plusieurs facteurs individuels peuvent également favoriser la compression du nerf médian :
- diabète,
- hypothyroïdie,
- certaines maladies articulaires,
- séquelles de fracture du poignet,
- canal carpien naturellement étroit.
Les femmes sont également davantage concernées par certaines formes de la maladie. La grossesse peut notamment favoriser son apparition et la ménopause fait partie des facteurs associés au syndrome. En 2022, 124 011 personnes ont été opérées d’un syndrome du canal carpien en France et 61 % étaient des femmes, selon les données de Santé publique France reprises par l’Assurance Maladie. Le lien avec le travail doit donc être évalué au cas par cas, en tenant compte à la fois de l’état de santé de la personne et de son exposition professionnelle.
Seulement 60 % des personnes atteintes consultent
Avant même la question de la maladie professionnelle se pose celle du diagnostic. Là encore, Santé publique France relève un important non-recours aux soins. Parmi les personnes âgées de 20 à 64 ans déclarant avoir souffert d’un syndrome du canal carpien au cours des cinq années précédentes, seulement 60 % indiquent avoir consulté au moins un médecin. Parmi celles ayant consulté, 86 % ont vu un médecin généraliste, 36 % un rhumatologue et 36 % un chirurgien. Au total, 15 % des personnes interrogées déclarent avoir été opérées.
Tous les syndromes du canal carpien ne nécessitent heureusement pas une intervention chirurgicale. Selon la gravité de l’atteinte, le traitement peut notamment passer par une adaptation des activités, le port d’une attelle ou des infiltrations. Mais lorsque les fourmillements, engourdissements ou douleurs deviennent réguliers, mieux vaut ne pas simplement attendre qu’ils passent. Et si les symptômes apparaissent ou s’aggravent en fonction des tâches réalisées au travail, signaler précisément ses conditions de travail au médecin peut aussi permettre d’explorer une éventuelle origine professionnelle.
À SAVOIR
Le syndrome du canal carpien peut apparaître pendant la grossesse et disparaître tout seul après l’accouchement. Selon l’Assurance Maladie, les symptômes régressent spontanément dans environ un tiers des cas, notamment lorsqu’ils sont liés à une grossesse.





