Un père qui punit sévèrement ses enfants et use de violences physiques ou psychologiques pour imposer son autorité.
39% des parents estiment les punitions corporelles légitimes lorsque l’enfant adopte lui-même un comportement violent, et 21% y voient une réponse appropriée à la désobéissance © Freepik

La fessée recule, mais les cris, les humiliations et les menaces restent massivement présents dans le quotidien de nombreuses familles. Selon le nouveau baromètre IFOP, réalisé pour la Fondation pour l’Enfance, publié le 17 avril 2026, une large majorité de parents reconnaît encore avoir recours à des violences éducatives ordinaires. Alors qu’on connaît bien leurs effets néfastes, pourquoi ces pratiques persistent-elles ? Eléments de réponses.

Depuis la loi du 10 juillet 2019, la France interdit explicitement les violences éducatives ordinaires (VEO). En d’autres termes, l’usage de la violence physique ou psychologique pour corriger un enfant. Concrètement, cela inclut les fessées, claques, secousses, tirages d’oreille, mais aussi les cris répétés, humiliations, menaces, chantage affectif ou mises à l’écart punitives.

Les coups ne sont donc plus aussi banalisés qu’autrefois. C’est déjà un changement culturel majeur. Pourtant, les nouvelles données du baromètre IFOP pour la Fondation pour l’Enfance, publiées ce 17 avril 2026, montrent que ces pratiques restent ancrées dans de nombreux foyers.

36 % des parents estiment encore la fessée acceptable, 24 % la jugent efficace dans un but éducatif, et 83 % reconnaissent avoir déjà eu recours à des violences verbales ou psychologiques, comme crier, menacer ou humilier leur enfant. Plus largement, 81 % des parents déclarent avoir déjà utilisé au moins une forme de violence éducative ordinaire.

Une fessée “pour qu’il comprenne”, des cris sous la fatigue, une menace lancée dans l’énervement… Ces gestes peuvent sembler banals. Pourtant, les données françaises montrent qu’ils ne sont pas sans effet sur l’enfant.

Dans le rapport des 1000 premiers jours, remis au gouvernement, les experts indiquent que les violences vécues tôt dans la vie peuvent perturber la construction de l’architecture cérébrale. Elles provoquent « stress et peur », peuvent nuire au développement de l’enfant et affecter sa capacité d’apprentissage. Le rapport précise qu’elles « sont toujours délétères ».

La Haute Autorité de Santé (HAS) rappelle de son côté que l’exposition aux violences et aux négligences compromet le développement de l’enfant. Concrètement, cela peut fragiliser :

  • la confiance en soi ;
  • la gestion des émotions ;
  • le sentiment de sécurité ;
  • les relations avec les autres ;
  • l’attention et les apprentissages.

Santé publique France rappelle également que les expériences négatives répétées dans l’enfance sont associées à un risque accru de troubles anxieux, dépressifs et de difficultés de santé mentale plus tard dans la vie, en particulier lorsqu’elles s’accumulent. 

En clair, la peur peut faire obéir sur l’instant. Mais elle n’aide pas un enfant à grandir sereinement ni à apprendre durablement les règles.

“J’ai été élevé comme ça, et je vais bien”

Beaucoup d’adultes reproduisent, souvent malgré eux, ce qu’ils ont connu enfants. Non parce qu’ils approuvent forcément ces méthodes, mais parce qu’elles ont longtemps constitué leur seul modèle d’autorité. 

Quand on grandit avec des cris, des menaces ou des fessées pour “tenir le cadre”, ces réactions peuvent rester enregistrées comme des réponses normales, voire efficaces.

Dans les moments de tension, le parent fatigué ou débordé ne puise pas toujours dans ses convictions éducatives. Il puise d’abord dans ses réflexes. Et ces réflexes viennent souvent de l’enfance.

Le sociologue Pierre Bourdieu parlait d’habitus : ces façons d’agir, de parler et de réagir intégrées très tôt, que l’on reproduit parfois sans même s’en rendre compte. Et la parentalité n’échappe pas à cette logique.

À cela s’ajoute un mécanisme psychologique. Reconnaître que certaines pratiques reçues dans l’enfance étaient violentes peut être douloureux. Il est parfois plus simple de se dire “j’ai été élevé comme ça, et je vais bien” que de revisiter son propre passé.

Fatigue : quand l’épuisement parental fait déraper les réactions

Si les violences physiques reculent, les formes verbales explosent. Plus de 8 parents sur 10 admettent avoir crié, menacé ou humilié au moins une fois. Des comportements souvent liés à des situations de débordement plus qu’à une volonté de nuire.

Un parent épuisé régule moins bien ses émotions. Le manque de sommeil, la charge mentale, les soucis financiers, les tensions conjugales ou professionnelles augmentent le risque de réactions impulsives.

Selon l’INSEE, les familles monoparentales et les ménages modestes sont davantage exposés au stress matériel quotidien. Or, le stress chronique réduit les capacités de patience, de disponibilité mentale et de recul.

Un enfant de trois ans qui refuse de mettre ses chaussures à 8h10 se trouve parfois confronté à un adulte lui même au bord de la rupture. Et bien souvent, ça dérape !

Le grand malentendu entre autorité et violence

En France, le débat éducatif reste souvent piégé par une opposition caricaturale :

  • soit on “tient” ses enfants ;
  • soit on les laisse tout faire.

Or les spécialistes de l’enfance rappellent qu’il existe une troisième voie : l’autorité sans violence.

  • Fixer un cadre clair, 
  • répéter les règles, 
  • poser des limites cohérentes, 
  • accompagner les émotions sans tout céder…

Cela demande souvent plus de temps et plus de constance qu’une gifle ou qu’un hurlement. Mais c’est plus efficace à long terme.

Le psychiatre Boris Cyrulnik explique régulièrement que l’enfant se construit dans un lien sécurisant, avec des repères stables, pas dans la peur. La peur peut arrêter un comportement immédiatement mais n’enseigne pas forcément l’autonomie. Bref, il y a la priorité éducative à très court terme et la vision pédagogique à long terme.

Les violences psychologiques, les grandes oubliées

La société a davantage pris conscience des coups. Beaucoup moins des mots. 83 % des parents reconnaissent des violences verbales ou psychologiques. Pourtant, dire à un enfant qu’il est nul, insupportable, méchant, ou menacer de l’abandonner n’est pas anodin.

L’UNICEF rappelle que les humiliations répétées peuvent altérer l’estime de soi et le sentiment de sécurité affective.

Le problème est que ces pratiques restent souvent perçues comme “normales”. On les minimise : je n’ai fait que crier, je l’ai juste puni dans sa chambre, c’était pour son bien. Or, pour un jeune enfant, la violence psychologique peut être profondément déstabilisante.

Les parents manquent souvent d’outils, pas d’amour

La plupart des parents ne manquent pas d’amour, bien au contraire. Ils manquent surtout de solutions quand le quotidien déraille.

Car élever un enfant, ce n’est pas seulement partager de bons moments. C’est aussi gérer une crise au supermarché, un refus de s’habiller à 7h45, un coucher qui s’éternise, des disputes entre frères et sœurs, un enfant qui tape, qui ment, qui hurle ou qui teste les limites encore et encore.

Dans ces moments-là, même les parents les plus patients peuvent se sentir démunis. Que dire ? Que faire ? Jusqu’où tenir ? Quand sanctionner ? Comment rester calme quand on ne l’est plus soi-même ?

Faute de repères concrets, beaucoup improvisent avec ce qu’ils connaissent déjà. Et ce qu’ils connaissent, souvent, ce sont les méthodes reçues dans leur propre enfance : crier, menacer, punir, faire peur pour obtenir l’obéissance rapidement.

La Fondation pour l’Enfance plaide depuis plusieurs années pour un meilleur soutien à la parentalité avec 

  • des campagnes d’information, 
  • des lieux d’écoute, 
  • des outils accessibles, 
  • un accompagnement précoce dès la grossesse,
  • une aide concrète dans les premières années de l’enfant.

La Suède, premier pays à interdire les châtiments corporels dès 1979, a observé sur plusieurs décennies une baisse importante du soutien social aux violences éducatives. L’interdiction légale n’a pas suffi à elle seule, mais elle a accompagné un changement culturel.

En France aussi, les mentalités évoluent. Si 36 % des parents jugent encore la fessée acceptable, cela signifie aussi qu’une large majorité ne la considère plus comme normale. Et c’est déjà un basculement !

Le prochain enjeu est donc de faire comprendre que blesser avec les mots n’est pas plus éducatif que blesser avec la main.

Face aux tensions du quotidien, il n’existe pas de parent parfait ni de méthode magique. En revanche, les professionnels de l’enfance s’accordent sur plusieurs leviers simples, souvent plus efficaces que les cris ou les punitions à répétition. Quelques conseils pour bannir la violence de son environnement familial ?

  • Annoncer des règles simples et réalistes : un cadre clair rassure davantage qu’une autorité imprévisible.
  • Prévenir plutôt que punir : anticiper la fatigue, la faim ou les moments de tension évite bien des conflits.
  • Nommer les émotions : aider l’enfant à mettre des mots sur sa colère ou sa frustration l’aide à se réguler.
  • Privilégier des conséquences logiques : on répare, on range, on recommence… plutôt que punir “pour punir”.
  • Réparer après un débordement parental : s’excuser après avoir crié n’enlève rien à l’autorité, au contraire.
  • Demander de l’aide quand la fatigue déborde : soutien familial, proches, professionnels… personne n’est censé tout gérer seul.

La violence, qu’elle soit physique ou verbale, n’est donc pas une fatalité. A vous, parents, de mettre ces quelques conseils en pratique…

À SAVOIR 

La France a été le 56e pays au monde à interdire explicitement les châtiments corporels envers les enfants, avec la loi du 10 juillet 2019. La première nation à l’avoir fait fut la Suède en 1979. Depuis, plus de 60 pays ont adopté une interdiction similaire selon le Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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