Une aide à domicile s'occupe d'une personne âgée.
Malgré leur bonne volonté, les salariés de l'aide à domicile ne parviennent plus à satisfaire des besoins grandissants de séniors toujours plus dépendants. ©Freepik

Alors que l’Ehpad peine à redorer une image écornée, la question du maintien à domicile des séniors se fait de plus en plus stratégique et a même été érigée en enjeu de santé publique par le gouvernement. Les personnes âgées veulent vieillir à la maison, dans de bonnes conditions que les services d’aide à domicile ne sont paradoxalement plus en capacité de garantir. Le secteur, en plein boom depuis quelques années, peine en effet à trouver du personnel qualifié, dans des proportions inégalées jusqu’ici. Le SAPRA, collectif d’entreprises spécialisées en Auvergne-Rhône-Alpes, tire la sonnette d’alarme face à une pénurie jugée abyssale, quand la demande, elle, ne fait qu’augmenter.

Ils sont les soignants de l’ombre, les garants de l’autonomie des séniors et du bien vieillir. Eux, ce sont les salariés des services d’aides à domicile, un secteur en pleine expansion mais qui se heurte à un cruel manque de main d’oeuvre.

La demande explose, notamment en matière de dépendance, mais l’offre ne suit pas, faute de bras, et ce alors que les besoins vont croissant. “La part des Français de plus de 75 ans va passer de 6,3 millions en 2020 à 12 millions en 2050. Soit 16% de la population”, prévient Franck Thouny, dirigeant de trois structures d’aide à domicile en région lyonnaise et président du Sapra, collectif d’acteurs du secteur opérant en Auvergne-Rhône-Alpes. “D’ici 2030, le besoin de recrutement est estimé à 800 000 personnes, pour 140 000 équivalents temps plein !”

Les Français veulent vieillir à domicile !

À Lyon comme ailleurs en Auvergne-Rhône-Alpes et dans tout le pays, la population vieillit et sa dépendance s’amplifie. Mais neuf Français sur dix souhaitent rester le plus longtemps possible à la maison. Une volonté renforcée par ”l’Ehpad bashing” qui sévit depuis plusieurs années et qui s’est amplifié avec la crise sanitaire et, surtout, les récents scandales. Sauf que pour assurer des conditions décentes à cette ambition du bien vieillir chez soi, il y a un gouffre que les structures ont de plus en plus de mal à franchir. “Le secteur n’arrive plus à recruter et un poste sur cinq n’est pas pourvu”, confirme Franck Thouny, qui alerte sur une inévitable dégradation de service. “Alors que l’on a déjà du mal à satisfaire nos propres bénéficiaires, on refuse 10% des nouvelles demandes de prise en charge…”

Le Sapra a profité d’une rencontre au Club de la Presse de Lyon, le 5 avril dernier, pour relayer son cri d’alerte. ©DR

La raison de cette pénurie exponantielle ? Un défaut d’attractivité criant, lié à l’image de métiers jugés difficiles, ingrats et peu rémunérés. “C’est difficile de longue date en secteur rural, mais avec l’effet Covid et les confinements, même les grandes villes, jusqu’ici mieux loties, sont concernées”, confie Anne-Sophie Carrier, directrice de la Compagnie de Louis, à Lyon. “Nombre de salariés ont été malades ou ont tant travaillé qu’ils sont épuisés. Les plus sérieux et disponibles trinquent et se font ”pourrir” par les aidants et les bénéficiaires, dont il n’arrivent plus à répondre aux besoins. Quant à la jeune génération, elle bénéficie du plein emploi actuel et ne se tourne pas vers nous”. En résumé, “nous sommes coincés entre la crise des vocations pour entrer dans ces métiers, et la volonté de ceux qui y sont d’en sortir”.

L’aide à domicile doit être revalorisée pour gagner en attractivité

Pour y remédier, les acteurs multiplient les opérations pour redorer le blason de ces métiers essentiels. Dernier exemple en date, les “Trophées à la personne“, organisés par le SAPRA mardi 5 avril dernier pour valoriser la filière. “Ceux qui choisissent ces métiers le font avant tout parce qu’ils aiment rendre service”, note Nathan Amouyal, dirigeant du groupe Famille + et vice-président du SAPRA. “Ces professions ont du sens et, avant de nécessiter des qualifications, demandent un véritable savoir-être”. Le but de ces actions de sensibilisation est de révéler les facilités d’accès à ces métiers, à travers notamment l’apprentissage et l’alternance. De montrer qu’il est possible d’y trouver un certain épanouissement, tout en se construisant une carrière atypique où le temps partiel reste prépondérant.

Ces efforts, pour autant, ne vaudront rien sans une prise de conscience au sommet de l’État, jugée insuffisante sur le terrain. “L’État ne s’est jamais autant engagé pour le maintien à domicile”, plaidait pourtant Brigitte Bourguignon, la ministre déléguée à l’autonomie, en octobre dernier. Le coût moyen d’une heure d’aide à domicile, jusqu’ici fluctuante entre les départements, a été harmonisée au 1er janvier (22€). Les salaires ont également été valorisés de 13 à 15%.

Un système à bout de souffle ?

Des réponses vertueuses, vraiment ? “C’est historique, mais le privé n’est pas concerné, alors que l’on pèse 40% des salariés du secteur !”, regrette Franck Thouny. Qui demande, donc, à ce que cette mesure soit généralisée, et que le tarif socle soit rehaussé à 25€, voire 30€. “L’idée n’est pas de faire plus de marges, mais de solvabiliser nos structures sur le long terme. D’avoir les moyens d’augmenter les salaires et de motiver nos collaborateurs. Aucun candidat à la Présidentielle ne se positionne sur ce sujet. Mais nous sommes au pied du mur et la question se pose clairement: que va-t-on faire, sans bras, de nos personnes âgées en manque d’autonomie ?”

Les conséquences d’un défaut de service peuvent être lourdes, en effet. Au-delà des néo-bénéficiaires en manque de solutions, quid des personnes dépendantes confrontées à l’absence d’un salarié ? “S’il ne vient pas chez le bénéficiaire, il n’y a personne pour le remplacer. Cela lui met une pression terrible, tout en mettant potentiellement en danger la personne dépendante”, relève Anne-Sophie Carrier. Comme dans les hôpitaux, comme dans les Ehpad, la pénurie de personnel est devenue critique dans l’aide à l’autonomie. De quoi ajouter de l’eau aux moulins de tous ceux, toujours plus nombreux, qui réclament une profonde refonte du système de santé français.

À SAVOIR

Fondé en 2010, le SAPRA (Services à la personne Auvergne-Rhône-Alpes) est une association à but non lucratif d’entreprises indépendantes de service à la personne. Son rôle est de défendre et promouvoir les activités de 82 agences dans la région. Soit 2500 salariés répartis dans trois secteurs : l’autonomie et la dépendance, le confort et la garde d’enfants.

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