Le gouvernement veut augmenter le reste à charge de certains patients

le 23 juillet 2026 à 13h40
Sébastien Lecornu, Premier ministre.
"Pour financer l'accès de tous et partout aux soins, nous devons être plus rigoureux avec la surconsommation de soins et demander un effort à ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments par an ou vont plus de 25 fois chez le médecin par an, tout en protégeant les plus fragiles socialement”, a déclaré Sébastien Lecornu. © Ecole-polytechnique-_-Institut-Polytechnique-de-Paris-_-J.Barande
Pour réduire le déficit de l’Assurance maladie, Sébastien Lecornu veut mettre davantage les patients à contribution. Le Premier ministre envisage notamment de relever les plafonds des franchises médicales et des participations payées sur les soins, mais aussi de réduire le remboursement de certains médicaments. Des pistes dévoilées mercredi 22 juillet 2026 pour préparer le budget 2027 de la Sécurité sociale, qui pourraient alourdir la facture de ceux qui consomment le plus.
Sommaire

Le prochain tour de vis budgétaire pourrait bien se jouer dans nos pharmacies et nos cabinets médicaux. Alors que les comptes de la Sécurité sociale restent dans le rouge, Sébastien Lecornu a dévoilé, mercredi 22 juillet, plusieurs pistes d’économies qui pourraient intégrer le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027, le texte qui fixe chaque année les recettes et les dépenses de la Sécu. Parmi elles : faire davantage contribuer certains patients à leurs soins.

Le Premier ministre souhaite notamment demander un effort supplémentaire à ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments ou se rendent plus de 25 fois chez le médecin dans l’année. Il envisage également de revoir à la baisse le remboursement de certains médicaments dont le bénéfice thérapeutique est jugé faible. Aucune de ces mesures n’est encore entrée en vigueur. Elles font partie des pistes avancées par le gouvernement en vue du projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027. Les montants, les patients concernés et les éventuelles protections devront encore être précisés.

Les Français consomment-ils trop de médicaments ?

Les armoires à pharmacie françaises ont tendance à bien se remplir… parfois pour rien. Selon l’étude PERIMED, publiée en juin 2026 par l’ANSM, l’Assurance maladie et Cyclamed, 7 675 tonnes de médicaments non utilisés ont été rapportées en pharmacie en 2024. Et tous n’étaient pas de vieux comprimés oubliés depuis des années : 39 % des médicaments collectés n’étaient même pas périmés.

Un gaspillage qui pèse aussi sur les comptes de la santé. L’Assurance maladie estime à 517 millions d’euros par an le montant remboursé pour des médicaments finalement non utilisés, dont 278 millions d’euros pour des produits encore valables. Conditionnements trop grands, traitement arrêté ou modifié, effets indésirables, médicaments prescrits « si besoin » mais finalement inutilisés… les raisons sont nombreuses. Ces chiffres montrent surtout qu’avant même de parler de faire davantage payer les patients, une quantité importante de médicaments délivrés et financés par la collectivité finit chaque année sans être consommée.

Faire davantage participer les patients aux dépenses de santé

L’idée n’est pas de faire payer entièrement une consultation à partir du 26e rendez-vous, ni une boîte de médicaments au prix fort à partir de la 51e. Le gouvernement envisage de modifier les petites sommes qui restent déjà à la charge des patients lorsqu’ils se soignent. Vous les avez peut-être déjà aperçues sur un relevé de remboursement sans forcément y prêter attention. Lorsque l’Assurance maladie rembourse une consultation, elle retire actuellement une participation forfaitaire de 2 euros. Cette retenue concerne les consultations et actes réalisés par un médecin, mais aussi les examens radiologiques et les analyses de biologie médicale. Elle ne peut toutefois pas dépasser 50 euros par an et par personne, précise l’Assurance maladie.

À la pharmacie, le principe est comparable. Une franchise médicale de 1 euro est retenue sur chaque boîte de médicaments remboursable. Elle s’applique également aux actes paramédicaux, à raison de 1 euro par acte, et aux transports sanitaires, pour lesquels elle atteint 4 euros par trajet. Là encore, le compteur s’arrête actuellement à 50 euros de franchises par an. Au maximum, un assuré concerné peut donc actuellement supporter 100 euros par an au titre de ces deux dispositifs, soit 50 euros de franchises médicales et 50 euros de participations forfaitaires. Et c’est précisément ce garde-fou que Sébastien Lecornu veut remettre en question.

Plus de soins, plus de frais : comment cela fonctionnerait ?

Est-ce que je vais payer plus cher mes médicaments et mes consultations en 2027 ?

Pas forcément, et surtout pas dès maintenant. Sébastien Lecornu envisage de relever les plafonds annuels des franchises médicales et des participations forfaitaires, aujourd’hui fixés à 50 euros chacun. Si cette piste est retenue dans le budget 2027 de la Sécurité sociale, elle concernerait surtout les patients qui atteignent déjà ces plafonds au cours de l’année, notamment parce qu’ils prennent régulièrement des médicaments ou consultent fréquemment. 

Ils pourraient alors continuer à payer 1 euro par boîte de médicaments et 2 euros par consultation au-delà des limites actuelles. En revanche, le gouvernement n’a pas encore précisé jusqu’où les plafonds pourraient être relevés, ni quelles catégories de patients seraient protégées. Impossible donc, à ce stade, de chiffrer la hausse pour votre portefeuille.

Qui devra réellement payer davantage ?

Si la réforme voit le jour, les premiers concernés seraient les patients qui atteignent aujourd’hui les plafonds annuels de 50 euros de franchises médicales ou de participations forfaitaires. Autrement dit, ceux qui prennent régulièrement plusieurs médicaments, consultent souvent ou ont recours à de nombreux soins au cours de l’année. Mais le périmètre exact reste à définir. 

Sébastien Lecornu a assuré vouloir protéger les personnes les plus fragiles socialement, sans préciser pour l’instant les critères qui seraient retenus. La question sera particulièrement sensible pour les personnes atteintes de maladies chroniques, qui peuvent multiplier consultations, examens et traitements par nécessité et non par « surconsommation ». À ce stade, aucune nouvelle catégorie de patients devant payer davantage n’a donc été officiellement arrêtée.

Les personnes atteintes d’une maladie chronique seront-elles pénalisées ?

C’est l’un des principaux points d’interrogation. Diabète, cancer, insuffisance cardiaque, maladies respiratoires… certaines pathologies imposent de multiplier les consultations, les examens et les traitements tout au long de l’année. Ces patients sont donc susceptibles d’atteindre plus rapidement les plafonds que le gouvernement envisage de relever. Et être reconnu en affection de longue durée (ALD) ne protège pas nécessairement de cette hausse. 

Aujourd’hui, même lorsque les soins liés à une ALD sont remboursés à 100 % sur la base du tarif de la Sécurité sociale, les franchises médicales et la participation forfaitaire restent dues, rappelle l’Assurance maladie. Tout dépendra donc des exemptions retenues dans la future réforme. Pour l’instant, Sébastien Lecornu a promis de protéger les personnes les plus fragiles socialement, mais aucune protection spécifique pour l’ensemble des malades chroniques n’a encore été annoncée.

Quels patients pourraient être exonérés ?

Plusieurs catégories de patients sont déjà exonérées des franchises médicales et de la participation forfaitaire de 2 euros. Selon l’Assurance maladie, c’est notamment le cas 

  • des moins de 18 ans, 
  • des bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (C2S) ou de l’aide médicale de l’État,
  • des femmes enceintes à partir du premier jour du sixième mois de grossesse et jusqu’au douzième jour après l’accouchement. 

Ces exemptions donnent une première idée des publics protégés, mais rien ne permet encore d’affirmer que les mêmes règles s’appliqueront à la réforme envisagée pour 2027. Sébastien Lecornu a indiqué vouloir préserver les personnes les plus fragiles socialement, sans détailler le dispositif. Reste notamment à savoir si des protections supplémentaires seront prévues pour les patients qui dépassent régulièrement les plafonds en raison de leur état de santé.

Ma mutuelle pourra-t-elle prendre en charge cette hausse ?

A priori, non. Les franchises médicales et la participation forfaitaire sont justement conçues pour rester à la charge du patient. Les contrats de complémentaire santé dits « responsables », qui représentent l’immense majorité des contrats souscrits en France, ne peuvent pas les rembourser. 

Si le gouvernement choisit simplement de relever leurs plafonds en 2027 sans modifier les règles du dispositif, la somme supplémentaire devrait donc rester à la charge des assurés concernés, sans possibilité de la faire rembourser par leur mutuelle. Il faudra néanmoins attendre le contenu précis de la réforme pour connaître les modalités définitives.

Le risque de voir certains Français renoncer à se soigner

C’est l’un des risques soulevés par une hausse du reste à charge, surtout pour les budgets les plus serrés. En France, le renoncement aux soins pour raisons financières existe déjà. Selon la DREES, les personnes aux revenus modestes sont davantage exposées aux besoins de soins non satisfaits, notamment lorsqu’elles ne disposent pas d’une couverture complémentaire adaptée. 

Quelques euros supplémentaires peuvent paraître limités pris séparément, mais leur accumulation peut peser sur les patients qui consultent ou prennent des médicaments régulièrement. Reste toutefois impossible d’affirmer aujourd’hui que la réforme envisagée par Sébastien Lecornu entraînera effectivement davantage de renoncements aux soins : ses montants, ses modalités et les éventuelles protections accordées aux patients les plus vulnérables ne sont pas encore connus.

À SAVOIR 

Vous pouvez devoir de l’argent à l’Assurance maladie sans vous en rendre compte immédiatement. Lorsque vous bénéficiez du tiers payant à la pharmacie ou chez un professionnel de santé, les franchises et participations forfaitaires ne peuvent pas toujours être prélevées sur le moment. Elles restent pourtant dues et l’Assurance maladie peut les déduire d’un remboursement ultérieur ou, si cela n’est pas possible, vous adresser directement un avis de somme à payer. 

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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