La leishmaniose cutanée reste relativement rare en France. Pourtant, une hausse inhabituelle des diagnostics vient d’être observée à Toulouse. Cette maladie parasitaire, qui se manifeste principalement par des lésions de la peau, est transmise par la piqûre d’un minuscule insecte appelé phlébotome. Un tout petit insecte piqueur proche du moucheron.
Entre octobre 2025 et mai 2026, 28 cas causés par le parasite Leishmania major ont été diagnostiqués par le service de parasitologie-mycologie du CHU de Toulouse. Un nombre particulièrement élevé. En effet, entre 2019 et 2024, le même établissement n’en avait identifié que neuf au total, sans jamais dépasser trois cas par an.
Cette augmentation a conduit les spécialistes toulousains à rechercher l’origine des contaminations. Leur enquête, publiée le 13 août 2026 dans la revue scientifique Eurosurveillance, montre que presque tous les patients avaient récemment séjourné au Maghreb, principalement en Tunisie.
Leishmaniose : comment expliquer cette falmbée des cas à Toulouse ?
24 patients avaient voyagé en Tunisie
L’enquête publiée dans Eurosurveillance a permis de retracer les voyages des patients. Sur les 28 personnes infectées, 24 avaient récemment séjourné en Tunisie, trois au Maroc et une n’avait pas d’historique de voyage documenté. Pour 19 des voyageurs revenus de Tunisie, la destination précise était connue. Tous avaient séjourné dans le gouvernorat de Sidi Bouzid, dans le centre du pays. Une région où Leishmania major circule de manière endémique. Autrement dit, le parasite y est installé durablement.
La plupart des séjours concernés ont eu lieu pendant l’été 2025. Les chercheurs estiment donc que cette multiplication des diagnostics en France pourrait être le reflet d’une augmentation de la transmission de Leishmania major dans le centre de la Tunisie en 2025, plutôt que l’apparition d’un nouveau foyer toulousain.
La leishmaniose, c’est quoi exactement ?
Pour rappel, la leishmaniose est une maladie parasitaire provoquée par des micro-organismes du genre Leishmania. La transmission se fait principalement par la piqûre d’un phlébotome femelle infecté. Ce minuscule insecte piqueur peut rappeler un moustique. Mais il appartient à un autre groupe. Lorsqu’il prend son repas de sang, il peut transmettre le parasite à l’être humain. Selon l’OMS, plus de 20 espèces de Leishmania peuvent provoquer la maladie. Et, plus de 90 espèces de phlébotomes sont capables de transmettre ces parasites.
Dans le cas des patients suivis à Toulouse, le responsable est Leishmania major. Son cycle implique notamment des rongeurs qui servent de réservoir au parasite, puis des phlébotomes qui peuvent le transmettre à l’être humain. Les patients toulousains n’avaient d’ailleurs pas signalé de contact direct avec des rongeurs. Ce n’est pas nécessaire pour être infecté. La piqûre du phlébotome constitue en effet le maillon essentiel de la transmission à l’humain.
Quels sont les symptômes de la leishmaniose cutanée ?
La leishmaniose peut prendre plusieurs formes. L’OMS en distingue principalement trois, cutanée, viscérale et cutanéomuqueuse. Les 28 patients diagnostiqués à Toulouse étaient atteints de la forme cutanée, la plus fréquente dans le monde. Selon l’Institut Pasteur, elle touche principalement les zones de peau non protégées par les vêtements et peut provoquer :
- une ou plusieurs lésions cutanées ;
- des lésions qui s’ulcèrent et forment des plaies ;
- l’apparition de croûtes ;
- des plaies qui peuvent persister plusieurs mois avant de guérir ;
- des cicatrices, parfois définitives.
Chez les patients suivis à Toulouse, une à quinze lésions ont été observées, principalement sur les bras, les jambes et le visage. Parmi les 24 patients disposant de données cliniques détaillées. L’âge médian était de 14 ans. Trois ont développé des complications, notamment des infections bactériennes secondaires ou une réaction inflammatoire importante.
La leishmaniose peut aussi toucher les organes
Toutes les formes de leishmaniose n’ont pas la même gravité. Si les 28 patients diagnostiqués à Toulouse présentent une forme cutanée, qui touche essentiellement la peau, il existe également une leishmaniose viscérale qui atteint plusieurs organes internes. D’après l’OMS, cette forme peut notamment provoquer de la fièvre. Autres effets connus, une perte de poids, une augmentation du volume de la rate et du foie ainsi qu’une anémie. Elle nécessite une prise en charge rapide puisque, sans traitement, elle est mortelle dans plus de 95 % des cas.
La leishmaniose reste par ailleurs une maladie largement répandue dans certaines régions du monde. L’OMS estime qu’entre 700 000 et un million de nouveaux cas surviennent chaque année, toutes formes confondues. La forme cutanée représente à elle seule 600 000 à un million de nouveaux cas annuels, notamment dans les Amériques, le bassin méditerranéen, au Moyen-Orient et en Asie centrale.
Comment soigne-t-on une leishmaniose cutanée ?
Toutes les lésions ne nécessitent pas exactement la même prise en charge. Le choix dépend notamment de l’espèce de Leishmania, du nombre, de la taille et de la localisation des lésions, mais aussi de l’état de santé du patient. Au CHU de Toulouse, 17 patients ont reçu un traitement local à base de paromomycine.
Quatre ont nécessité un traitement général par amphotéricine B liposomale, notamment en raison du nombre ou de la taille des lésions ou de leur localisation dans une zone particulièrement sensible sur le plan esthétique. Un autre patient a reçu du fluconazole après une réaction d’hypersensibilité à l’amphotéricine B. Deux personnes ont été perdues de vue avant le début du traitement.
L’OMS rappelle que la leishmaniose est une maladie qui peut être traitée et guérie, mais que le choix du traitement doit être adapté à chaque situation. En présence d’une plaie inhabituelle qui persiste après un séjour dans une région où la maladie circule, mieux vaut donc consulter plutôt que d’attendre indéfiniment qu’elle disparaisse.
La leishmaniose existe-t-elle en France ?
La France métropolitaine n’est pas totalement étrangère à la leishmaniose. La maladie est historiquement présente dans le bassin méditerranéen, où des phlébotomes capables de transmettre certaines espèces de Leishmania sont présents. Selon les données du Centre national de référence (CNR) des leishmanioses citées dans l’étude d’Eurosurveillance, 207 cas importés de leishmaniose cutanée ont été signalés en France en 2024, dont 41 chez des personnes revenant du Maghreb.
La surveillance ne se limite d’ailleurs plus au pourtour méditerranéen. Une étude publiée en juin 2026 dans le Bulletin épidémiologique de l’Anses a recensé 38 cas humains diagnostiqués en Bourgogne-Franche-Comté entre 2019 et 2024, dont un seul considéré comme autochtone, en Saône-et-Loire. Les chercheurs y ont également confirmé la présence de deux espèces de phlébotomes, dont l’une est un vecteur reconnu de la leishmaniose. Cela ne signifie pas qu’une épidémie se prépare en France, mais ces observations justifient une surveillance attentive de l’évolution géographique du parasite et de ses vecteurs.
Comment éviter de se faire piquer ?
Il n’existe actuellement ni vaccin humain ni médicament préventif contre la leishmaniose, rappelle l’OMS. Pour limiter les risques, les chercheurs toulousains recommandent surtout d’éviter les piqûres de phlébotomes en utilisant des répulsifs, des vêtements couvrants et des moustiquaires imprégnées d’insecticide, notamment du crépuscule à l’aube.
Au retour d’un voyage dans une zone où le parasite circule, une lésion qui persiste plusieurs semaines, s’ulcère ou forme une croûte doit conduire à consulter, en précisant au médecin les pays récemment visités.
À SAVOIR
En France, le chien peut servir de principal réservoir à Leishmania infantum, l’espèce responsable de la leishmaniose présente dans le sud du pays. Mais un chien infecté ne contamine pas directement son maître et le parasite doit passer par la piqûre d’un phlébotome.



