Une femme dont la vie sexuelle s’est éteinte parce que son mari souffre d’apnée du sommeil.
L’apnée obstructive du sommeil (AOS) est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes. © Freepik

Fatigue, irritation… L’apnée obstructive du sommeil ne se contente pas de gâcher les nuits. Elle s’invite parfois dans l’intimité, mine le désir et bouscule les couples. Une bonne nouvelle se dessine toutefois, puisque le traitement par pression positive continue (PPC) pourrait rallumer la flamme, selon une revue présentée lors du congrès 2025 de l’European Respiratory Society et détaillée dans un communiqué de ResMed.

L’apnée obstructive du sommeil (AOS) est loin d’être un simple trouble de ronflement. Ce trouble respiratoire nocturne, parmi les plus fréquents, se manifeste par des pauses répétées de la respiration dues à une obstruction partielle ou totale des voies aériennes supérieures.

À chaque interruption, le corps se met en alerte. Le dormeur micro-émerge, ventile à nouveau, replonge dans un sommeil instable… et recommence. Nuit après nuit, ces centaines de mini-réveils fragmentent le repos, épuisent l’organisme et brouillent la vigilance.

En France, l’AOS touche plusieurs millions d’adultes, souvent sans diagnostic formel, tant le trouble peut passer inaperçu ou être confondu avec une simple fatigue persistante. Les conséquences sont pourtant sérieuses. Le lien entre AOS, somnolence diurne, fatigue chronique et risques cardiovasculaires est aujourd’hui largement compris. 

Mais un autre aspect demeure encore dans l’ombre, comme un impensé de la consultation médicale : son impact sur la sexualité et l’équilibre du couple. Pourtant, l’apnée ne se contente pas de voler du sommeil, elle peut aussi éroder le désir, l’excitation et la satisfaction intime.

Fatigue, hormones et anxiété : un cocktail qui plombe le désir

La sexualité ne résiste pas toujours à la fatigue extrême. Chez les personnes atteintes d’AOS, la privation de sommeil fragmente non seulement les nuits mais aussi le fonctionnement hormonal. Certaines recherches pointent, par exemple, une diminution de la testostérone chez les hommes souffrant d’apnée sévère, pouvant contribuer à la baisse de libido.

À cela s’ajoute souvent :

  • une irritabilité accrue,
  • une perte d’énergie,
  • une difficulté à se concentrer,
  • une estime de soi en berne,
  • voire un malaise vis-à-vis des ronflements bruyants ou de la respiration chaotique.

Autant de facteurs susceptibles de perturber l’intimité du couple.

Des impacts différents selon le sexe

La revue narrative du Resmed Science Centre, présentée lors du congrès 2025 de l’European Respiratory Society, apporte un autre éclairage. En analysant 34 études internationales évaluées par les pairs, les chercheurs montrent que les effets de l’AOS sur la sexualité diffèrent selon le sexe.

  • Chez les hommes, les troubles de l’érection et la baisse du désir sont les plus fréquents. Plusieurs études, notamment celles sur la dysfonction érectile et l’AOS, évoquent un lien plausible entre hypoxie nocturne (manque d’oxygène) et altération de la fonction vasculaire.
  • Chez les femmes, la situation est tout aussi réelle mais moins documentée médiatiquement : diminution de l’excitation, désir réduit, satisfaction moindre. Ces difficultés sont mesurées dans la littérature via des outils tels que le Female Sexual Function Index (FSFI).

Ces disparités ne signifient pas que les femmes sont moins affectées, mais que leurs symptômes diffèrent, et souvent passent sous le radar.

AOS et vie de couple : un terrain fragilisé

Vivre avec une AOS non diagnostiquée ou non traitée peut modifier la dynamique du couple. Les ronflements, les mouvements brusques, les pauses respiratoires inquiétantes ou encore la fatigue constante peuvent entraîner un éloignement progressif. Plusieurs couples décrivent :

  • une baisse de l’intimité,
  • des tensions liées au sommeil perturbé du partenaire,
  • parfois le choix de chambres séparées,
  • une communication difficile autour du sujet, souvent perçu comme honteux.

La revue présentée par ResMed rappelle d’ailleurs que ce sont aussi les partenaires qui subissent les conséquences nocturnes de l’AOS., et non uniquement celui qui en souffre

PPC : de quoi parle-t-on au juste ? 

Le traitement de référence de l’AOS modérée à sévère est la pression positive continue, plus connue sous le nom de PPC. Cet appareil délivre un flux d’air continu qui maintient les voies aériennes ouvertes durant la nuit.

D’ordinaire évoquée pour ses bénéfices sur la vigilance, la pression artérielle ou les risques cardiovasculaires, la PPC pourrait également… redonner un coup de pouce à l’intimité.

La revue narrative « Différences selon le sexe dans les bénéfices sexuels de la PPC » publiée dans l’European Respiratory Journal met en lumière des améliorations notables après mise en route du traitement, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. 

La PPC, un vrai coup de pouce pour raviver l’intimité ?

Les auteurs rapportent :

  • Chez les hommes : une amélioration nette de la fonction érectile, mesurée via l’International Index of Erectile Function (IIEF), observable à court et long terme.
  • Chez les femmes : une hausse du désir, de l’excitation et de la satisfaction globale, évalués via le FSFI.
  • Pour le couple : une meilleure qualité de sommeil pour les deux partenaires, une diminution des tensions nocturnes et, globalement, une dynamique relationnelle plus harmonieuse.

Le Dr Carlos Nunez, Chief Medical Officer chez Resmed, souligne dans le communiqué que ces bénéfices sont souvent sous-estimés, alors qu’ils peuvent même renforcer l’adhésion au traitement à long terme.

La PPC ne se contente pas de stabiliser la respiration. Elle agit en cascade sur des mécanismes essentiels au désir et à l’épanouissement sexuel. 

  • Un sommeil enfin réparateur : lorsque les nuits deviennent plus profondes et continues, l’énergie remonte, l’humeur s’éclaircit et la vitalité revient.
  • Une oxygénation mieux assurée : en limitant les épisodes d’hypoxie nocturne, la PPC soutient le bon fonctionnement vasculaire et neurologique. Ces deux systèmes jouent un rôle central dans la réponse sexuelle, en particulier chez les hommes.
  • Une confiance qui revient doucement : retrouver une respiration stable, dormir sans craindre les ronflements ou les micro-réveils incessants, se sentir en meilleure forme… tout cela contribue à se réapproprier son corps et son intimité, avec moins de gêne et davantage de spontanéité.
  • Des nuits apaisées pour le partenaire : lorsque le conjoint dort mieux, l’atmosphère de la chambre s’apaise elle aussi. Le couple gagne en proximité et en disponibilité émotionnelle. La sexualité est une affaire de désir, certes, mais aussi de dynamique relationnelle.

L’AOS reste souvent diagnostiquée tardivement, alors même que ses conséquences les mieux connues (fatigue, somnolence, accidents de la route, hypertension, risques cardiovasculaires) sont désormais bien établies. En revanche, son impact sur la vie affective et sexuelle demeure largement sous-estimé, comme s’il ne faisait pas vraiment partie du tableau clinique.

Plusieurs freins expliquent cette négligence :

  • La sexualité reste un sujet tabou, que les patients hésitent à aborder.
  • Les soignants n’interrogent pas systématiquement cette dimension, faute d’outils ou de temps.
  • Le lien entre sommeil et intimité est méconnu, alors qu’il s’agit d’un marqueur important du bien-être.

Ce silence peut peser lourd. Les difficultés sexuelles non reconnues isolent les patients, accentuent le mal-être et fragilisent parfois les couples déjà éprouvés par les nuits agitées.

À SAVOIR 

Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), le diagnostic de l’apnée obstructive du sommeil repose principalement sur un enregistrement du sommeil, soit par polysomnographie en laboratoire du sommeil, soit par polygraphie ventilatoire à domicile. Ces examens permettent de mesurer l’index d’apnées-hypopnées (IAH), indispensable pour confirmer le diagnostic et définir la sévérité du trouble.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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