Une femme en surpoids en quête du « summer body » à l’approche de l’été.
Une large majorité de Français estime avoir déjà été complexée par son poids. © Magnific

Le body positive a beau gagner du terrain, la chasse aux kilos n’a visiblement pas dit son dernier mot. Selon une étude IFOP réalisée pour Darwin Nutrition et publiée le 23 juin 2026, une majorité de Français continue de surveiller son poids et aimerait perdre quelques kilos, en particulier à l’approche de l’été. Un paradoxe qui montre que derrière les discours sur l’acceptation de soi, l’idéal de minceur reste solidement ancré dans les mentalités.

Chaque année, à l’approche de l’été, les préoccupations liées au poids et à la silhouette gagnent en visibilité. Régimes, activité physique, objectif « ventre plat » ou préparation au maillot de bain :le concept de « summer body », largement diffusé sur les réseaux sociaux, continue d’alimenter l’idée qu’il faudrait modifier son apparence avant les vacances. Une injonction qui contraste avec l’essor du mouvement « body positive », lequel prône l’acceptation de tous les corps, indépendamment de leur taille ou de leur morphologie.

Mais cette évolution culturelle a-t-elle réellement changé le regard que les Français portent sur eux-mêmes ? Les résultats de l’étude menée par l’IFOP pour Darwin Nutrition révèlent un décalage saisissant entre les discours et la réalité.

L’enquête révèle qu’une large majorité de Français déclare avoir déjà été complexée par son poids au cours de sa vie. Plus encore, nombreux sont ceux qui souhaitent perdre quelques kilos, notamment à l’approche de l’été. Ce constat peut sembler surprenant à une époque où les messages valorisant la diversité corporelle sont omniprésents. Pourtant, les spécialistes rappellent que les représentations sociales du corps évoluent lentement. Depuis plusieurs décennies, la minceur reste associée à de nombreuses valeurs positives : 

  • santé, 
  • réussite, 
  • maîtrise de soi, 
  • attractivité,
  • performance. 

Ces représentations sont véhiculées par la publicité, les médias, l’industrie de la mode mais aussi parfois par l’entourage familial ou professionnel. Même lorsque les individus adhèrent intellectuellement à l’idée qu’il faut accepter tous les corps, ils continuent souvent à subir les normes esthétiques dominantes.

Le body positive, un mouvement qui change les mentalités…

Le mouvement body positive est né dans les années 1960 aux États-Unis avant de connaître un véritable essor avec les réseaux sociaux dans les années 2010. Son objectif est de lutter contre les discriminations liées à l’apparence physique et promouvoir une image plus réaliste et plus inclusive des corps. Cette approche a contribué à plusieurs évolutions importantes :

  • une meilleure visibilité des personnes en surpoids ;
  • une remise en question des standards de beauté irréalistes ;
  • une sensibilisation aux effets psychologiques de la grossophobie ;
  • une réflexion plus large sur l’estime de soi et la santé mentale.

Ces dernières années, plusieurs études ont montré que l’exposition à des représentations corporelles diversifiées peut améliorer l’image corporelle et réduire certains complexes. Selon l’OMS, l’image négative de son corps constitue un facteur de risque pour le développement de troubles psychologiques comme l’anxiété, la dépression ou certains troubles du comportement alimentaire. En ce sens, le mouvement body positive répond à un véritable enjeu de santé publique.

…mais qui peine à effacer des décennies de pression sociale

Si les mentalités évoluent, les résultats de l’étude IFOP suggèrent que les normes de minceur restent particulièrement puissantes. Cette résistance s’explique notamment par le fait que les messages contradictoires se multiplient. D’un côté, la société valorise davantage la diversité corporelle. De l’autre, elle continue de promouvoir des idéaux physiques souvent difficiles à atteindre. Les réseaux sociaux illustrent parfaitement cette contradiction.

Certes, ils ont permis l’émergence de nombreux comptes dédiés à l’acceptation de soi. Mais ils exposent aussi quotidiennement les utilisateurs à des images très travaillées, filtrées ou retouchées. Selon plusieurs travaux scientifiques, les comparaisons sociales répétées peuvent avoir un impact significatif sur la satisfaction corporelle. Plus une personne se compare à des modèles jugés idéaux, plus elle risque de développer un sentiment d’insatisfaction vis-à-vis de son propre corps.

Les femmes restent les premières concernées

Les femmes demeurent davantage exposées à la pression liée au poids. Cette différence apparaît dès l’adolescence. Selon Santé publique France, les préoccupations liées à l’apparence physique sont plus fréquentes chez les jeunes filles que chez les garçons et peuvent influencer durablement l’estime de soi.

Les femmes sont également plus souvent confrontées à des injonctions contradictoires. Elles doivent être minces mais pas trop, sportives mais naturelles, jeunes mais sans paraître artificielles. Cette pression permanente contribue à expliquer pourquoi les régimes amaigrissants restent largement féminisés malgré les nombreuses mises en garde des professionnels de santé. Car perdre du poids n’est pas toujours synonyme de meilleure santé.

C’est toute la complexité du débat. D’un côté, les autorités sanitaires rappellent qu’un excès de poids important peut augmenter le risque de certaines maladies chroniques comme le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires ou certains cancers. De l’autre, les experts insistent sur le fait que la santé ne se résume pas à un chiffre sur la balance. Selon la Haute Autorité de santé (HAS), l’approche du poids doit être individualisée et tenir compte de nombreux facteurs : 

  • activité physique, 
  • alimentation, 
  • qualité du sommeil, 
  • santé mentale,
  • contexte social. 

De plus en plus de spécialistes défendent ainsi une approche centrée sur les comportements de santé plutôt que sur la seule perte de poids. L’objectif n’est pas forcément de devenir plus mince, mais d’améliorer durablement son bien-être physique et psychologique.

L’un des enseignements les plus intéressants de l’étude IFOP est peut-être là : l’acceptation de soi et le désir de changer ne sont pas forcément incompatibles. Accepter son corps ne signifie pas renoncer à prendre soin de sa santé ni abandonner toute volonté d’évolution personnelle. Cela consiste plutôt à sortir de la culpabilité permanente et du rejet de soi. Pour de nombreux psychologues, la véritable avancée du mouvement body positive réside moins dans la disparition des complexes que dans la possibilité de parler plus librement du rapport au corps.

Les Français semblent ainsi naviguer entre deux aspirations : se libérer des injonctions esthétiques d’un côté, tout en continuant à subir l’influence de normes de minceur profondément ancrées dans la culture. L’étude publiée par l’IFOP pour Darwin Nutrition montre finalement que la révolution des mentalités est en marche, mais qu’elle n’a pas encore totalement effacé plusieurs décennies de pression sociale autour du poids. Derrière les discours sur l’acceptation de soi, le miroir reste encore, pour beaucoup, un juge particulièrement sévère.

À SAVOIR 

Le mouvement dont est issu le body positive trouve ses racines dans le Fat Acceptance Movement (« mouvement d’acceptation des personnes grosses ») né aux États-Unis à la fin des années 1960. En 1969 est créée la National Association to Advance Fat Acceptance, l’une des premières organisations militant contre les discriminations fondées sur le poids.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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