L’alerte est claire. Et même inquiétante. « L’épidémie est loin d’être maîtrisée », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 18 août 2026, à l’ouverture d’une réunion du Comité d’urgence du Règlement sanitaire international consacrée à l’épidémie. Et les chiffres donnent la mesure de la situation. Selon l’OMS, près de 5 000 personnes ont été infectées et plus de 2 300 sont mortes depuis le début de l’épidémie. Le virus circule désormais dans six provinces de République démocratique du Congo (RDC) et 55 zones de santé.
En fait, la situation s’est fortement dégradée depuis le printemps. L’épidémie avait été confirmée en mai 2026 dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la RDC. En cause, le virus Bundibugyo, une espèce d’Ebolavirus contre laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique n’est actuellement homologué.
Ebola : une épidémie qui a changé d’échelle
En quelques mois, l’épidémie a pris une ampleur considérable. Au 30 juillet, l’OMS recensait déjà 3 605 cas confirmés et 1 587 décès en RDC, soit une létalité brute de 44 %. Autrement dit, à cette date, plus de quatre personnes diagnostiquées sur dix étaient décédées. L’épidémie était alors présente dans 49 zones de santé réparties dans cinq provinces :
- l’Ituri,
- le Nord-Kivu,
- le Sud-Kivu,
- le Haut-Uélé,
- la Tshopo.
Moins de trois semaines plus tard, le bilan présenté le 18 août par l’OMS fait état de près de 5 000 contaminations, plus de 2 300 morts, six provinces et 55 zones de santé touchées. Une progression qui montre que les chaînes de transmission sont encore loin d’être interrompues. L’épidémie actuelle est déjà la plus importante jamais enregistrée en RDC en nombre de cas. Elle a dépassé celle qui avait frappé l’est du pays entre 2018 et 2020 et durant laquelle 3 317 cas confirmés avaient été recensés, selon l’OMS.
Des malades qui meurent encore en dehors des centres de soins
Des personnes continuent de mourir chez elles, au sein de leur communauté. La plupart, sans avoir été prises en charge dans un centre de traitement. Parfois sans avoir été préalablement identifiées comme contacts d’un malade.
Or, pour stopper Ebola, chaque maillon compte. Lorsqu’un cas est détecté, les équipes sanitaires cherchent à identifier les personnes ayant été en contact avec le malade. Nécessaire pour surveiller leur état de santé pendant la période d’incubation. L’objectif est de repérer rapidement l’apparition de symptômes, isoler la personne si nécessaire et éviter qu’une nouvelle chaîne de contamination ne s’installe. Quand des malades passent sous les radars, ce dispositif devient beaucoup plus difficile à appliquer.
À cela s’ajoute un contexte particulièrement compliqué. Selon l’OMS, l’insécurité, les déplacements de population et les mouvements importants de personnes le long des routes, des voies fluviales et des axes miniers alimentent la diffusion du virus. Les attaques contre des structures sanitaires peuvent également perturber la surveillance, les soins et le travail des équipes chargées de remonter les chaînes de transmission.
Ebola : mais comment en est-on arrivé là ?
Ebola ne s’attrape pas simplement en croisant un malade
Certes, le nom Ebola suffit souvent à inquiéter. Mais contrairement à des virus respiratoires comme celui de la grippe, Ebola ne se transmet pas facilement dans l’air d’une personne à l’autre. Selon Santé publique France, il s’agit d’une maladie virale aiguë qui se transmet par contact rapproché.
L’Institut Pasteur précise que le risque de transmission par aérosol est très limité en dehors de situations médicales particulières. La contamination survient principalement lors d’un contact direct avec le sang ou d’autres liquides biologiques d’une personne malade :
- vomissures,
- selles,
- urine,
- salive,
- sperme.
Des objets ou surfaces contaminés peuvent également participer à la transmission. Aussi, une personne infectée n’est pas contagieuse pendant toute son incubation. La contagiosité commence avec l’apparition des premiers symptômes et augmente lorsque la maladie progresse. Les dépouilles des personnes décédées restent également très contagieuses, ce qui explique pourquoi les pratiques funéraires impliquant un contact direct avec le corps peuvent favoriser la propagation du virus.
Quels sont les symptômes d’Ebola ?
Les premiers signes ne permettent pas forcément de penser immédiatement à Ebola. Ils ressemblent à ceux de nombreuses autres infections. Selon l’Institut Pasteur, institution de référence mondiale en virologie et en recherche sur les maladies infectieuses, l’incubation varie de 4 à 21 jours et se situe le plus souvent entre 5 et 12 jours. La maladie peut commencer brutalement par une fièvre supérieure à 38 °C, une grande fatigue, des douleurs musculaires, des maux de tête ou une irritation de la gorge. Peuvent ensuite apparaître :
- des vomissements et des diarrhées ;
- une éruption cutanée ;
- des atteintes du foie et des reins ;
- dans certains cas, des hémorragies internes ou externes.
Le diagnostic ne peut toutefois pas être posé sur ces seuls symptômes. Des analyses biologiques sont indispensables, notamment la RT-PCR, qui recherche le matériel génétique du virus.
Le virus Bundibugyo complique la riposte
L’épidémie actuelle n’est pas provoquée par le virus Ebola de type Zaïre, contre lequel des outils médicaux ont été développés ces dernières années. Elle est liée au virus Bundibugyo. Selon l’OMS et Santé publique France, il n’existe actuellement ni vaccin homologué spécifique ni traitement spécifique approuvé contre la maladie provoquée par ce virus. Des candidats vaccins sont cependant à l’étude et l’OMS travaille à leur évaluation et à leur priorisation.
Cela ne signifie pas pour autant que les médecins sont totalement démunis. Une prise en charge rapide et des soins de soutien adaptés peuvent améliorer les chances de survie. L’enjeu reste donc de détecter les malades le plus tôt possible et de les orienter vers des structures capables de les prendre en charge en toute sécurité.
Épidémie d’Ebola : faut-il s’inquiéter d’un début de pandémie ?
Un risque de propagation surtout important autour de la RDC
L’autre grande inquiétude concerne les frontières. Les mouvements de population entre la RDC et les pays voisins rendent possibles des cas importés et de nouvelles chaînes de transmission. Santé publique France rappelle que, selon l’évaluation de l’OMS, les pays partageant une frontière terrestre avec la RDC présentent un risque élevé de propagation en raison notamment de la mobilité des populations, des échanges commerciaux et des incertitudes entourant certaines chaînes de transmission.
Ce scénario n’est d’ailleurs pas théorique. Des cas ont déjà été enregistrés en Ouganda au cours de l’épidémie. Au 30 juillet, l’OMS comptabilisait au total 3 626 cas confirmés liés à cet épisode épidémique : 3 605 en RDC, 20 en Ouganda et un en France. Deux cas diagnostiqués en RDC avaient également été pris en charge en Allemagne.
Un cas a déjà été pris en charge en France
La France n’est pas totalement restée à l’écart de cette épidémie. Le 24 juin 2026, un cas d’Ebola dû au virus Bundibugyo a été confirmé chez un médecin travaillant pour l’ONG médicale ALIMA, de retour de République démocratique du Congo. Selon l’OMS, il avait passé cinq semaines dans la province de l’Ituri, où il avait participé à la prise en charge de patients atteints par le virus.
À son arrivée à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, le 23 juin, le médecin a lui-même signalé des symptômes aux services sanitaires de l’aéroport. Il a immédiatement été isolé puis transféré dans un établissement de santé disposant des capacités nécessaires pour prendre en charge ce type d’infection hautement contagieuse. Un test PCR a ensuite confirmé l’infection par le virus Bundibugyo.
Le patient a finalement guéri et a pu quitter l’hôpital le 4 juillet après deux tests PCR négatifs consécutifs. Aucune transmission secondaire n’a été détectée en France. Les cinq personnes considérées comme contacts à faible risque pendant son trajet aérien ont terminé leur période de surveillance de 21 jours sans développer de symptômes, selon l’OMS.
Une course contre la montre pour casser les chaînes de transmission
Sur le terrain, la bataille se joue désormais sur plusieurs fronts :
- identifier les malades, les isoler,
- assurer leur prise en charge,
- retrouver leurs contacts,
- renforcer les capacités de diagnostic,
- protéger les soignants,
- préparer les régions et pays susceptibles d’être touchés.
L’OMS insiste également sur l’importance du travail avec les communautés locales. Car les équipes sanitaires peuvent disposer de protocoles très efficaces sur le papier. Encore faut-il pouvoir accéder aux populations, gagner leur confiance et repérer suffisamment tôt les personnes malades. C’est tout l’enjeu des prochaines semaines.
Après plusieurs mois de circulation, le virus dispose désormais de nombreuses occasions de se déplacer avec les populations. La RDC et ses voisins restent donc en première ligne. Pour la France, la situation n’appelle pas à la panique, le risque reste considéré comme faible et aucune transmission secondaire n’a été observée après le cas importé de juin.
À SAVOIR
Ebola peut persister dans le sperme après la guérison. Un patient peut ne plus avoir de virus détectable dans son sang et être considéré comme guéri, alors que le virus reste présent pendant plusieurs mois dans certains « sites immunologiquement privilégiés », notamment les testicules.



