
Dans deux rapports publiés le 13 janvier 2026, l’Organisation mondiale de la Santé alerte sur la place prise par les boissons sucrées et l’alcool dans notre quotidien. Devenus trop accessibles, ils contribuent à l’augmentation des maladies chroniques, des dépendances et à la pression sur les systèmes de santé. Pour y répondre, l’OMS appelle les États à augmenter les taxes sur ces produits. Mais en quoi ces boissons posent-elles un véritable problème de santé publique ? Décryptage.
Malgré leur capacité à nuire à la santé, les boissons sucrées et alcoolisées sont devenues plus abordables dans de nombreux pays, notamment parce que les taxes qui s’y appliquent ne suivent ni l’inflation ni la croissance des revenus.
Entre 2022 et 2024, les sodas sont devenus plus accessibles dans 62 pays et la bière dans 56, selon l’analyse mondiale récemment publiée par l’organisation.
Ça peut sembler anecdotique, mais ce petit détail fiscal joue un rôle de premier plan. Plus c’est bon marché, plus on en consomme. Un principe que les économistes appellent la “demande élastique”. Dans ses communiqués, l’OMS ne s’embarrasse pas de demi-mesures : “Les taxes sur ces produits restent trop faibles pour influer sur la consommation et faire reculer les maladies évitables”.
Boissons sucrées, alcoolisées : quels sont les dangers ?
Boissons sucrées : le sucre liquide, piège parfait
En France, les boissons sucrées restent l’une des premières sources de sucres ajoutés, notamment chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Selon Santé publique France, près d’un adolescent sur deux consomme des boissons sucrées au moins une fois par jour.
Le problème ? Le sucre liquide ne rassasie pas. On peut boire 30 ou 40 grammes de sucre sans même s’en rendre compte, là où la même quantité solide couperait l’appétit. Résultat, on ajoute du sucre… sans réduire le reste. Les conséquences sont désormais solidement identifiées :
- augmentation du risque de surpoids et d’obésité,
- hausse des cas de diabète de type 2,
- impact négatif sur la santé cardiovasculaire,
- rôle indirect dans certaines maladies chroniques.
En France, près de 17 % des adultes sont aujourd’hui obèses, et près d’un adulte sur deux est en surpoids. Un chiffre en constante progression depuis les années 1990.
Alcool : une tolérance culturelle… mais un risque sanitaire majeur
Le cas de l’alcool est encore plus délicat. Parce qu’en France, il est culturel. Patrimonial, presque affectif. Pourtant, sur le plan strictement médical, le constat est sans appel. L’alcool est responsable de 41 000 décès par an, selon Santé publique France.
Cancers, maladies du foie, accidents, violences, troubles cognitifs, dépendance… L’alcool est impliqué dans plus de 200 maladies ou traumatismes. Et contrairement à une idée longtemps répandue, aucun niveau de consommation n’est totalement sans risque.
Ce qui inquiète l’OMS, ce n’est pas le verre occasionnel, mais :
- la consommation régulière,
- les volumes sous-estimés,
- et le fait que l’alcool reste financièrement très accessible, notamment le vin, souvent peu ou pas taxé selon les pays.
Quand un produit dangereux est peu cher, il devient banal. Et quand il devient banal, on en oublie les risques.
Le facteur prix : un levier invisible mais puissant
Le prix influence nos comportements bien plus qu’on ne le croit. Quand le prix augmente, la consommation baisse, surtout chez les jeunes, et davantage dans les foyers les plus modestes, qui sont aussi les plus exposés aux maladies chroniques.
Dans de nombreux pays, les taxes sur les boissons sucrées représentent moins de 2 % du prix final. Autant dire presque rien. Quant à l’alcool, ses taxes sont souvent anciennes, mal indexées sur l’inflation, voire inexistantes pour certains produits.
En clair, ces boissons sont aujourd’hui trop bon marché pour refléter leur coût réel sur la santé.
Boissons sucrées, alcoolisées : est-ce que taxer fonctionne vraiment ?
Oui, et ce n’est pas nouveau
Au Mexique, l’introduction d’une taxe sur les sodas a entraîné une baisse significative des ventes, surtout dans les foyers modestes, et une augmentation de la consommation d’eau. En Europe, plusieurs études montrent qu’une taxe bien conçue peut :
- réduire la consommation de sucre,
- encourager les industriels à reformuler leurs produits,
- et, à long terme, prévenir des milliers de cas de maladies chroniques.
En France, des travaux estiment qu’une augmentation significative de la taxe sur les boissons sucrées pourrait éviter plusieurs centaines de décès par an, tout en générant des recettes réinvestissables dans la prévention ou le système de soins.
Une mesure impopulaire… mais efficace
Parler de taxes n’est jamais populaire. Mais l’OMS rappelle qu’il ne s’agit pas de punir, mais de protéger. Comme pour le tabac, il a fallu du temps pour accepter que le prix soit un outil de santé publique.
L’objectif n’est pas d’interdire, mais de rééquilibrer un environnement devenu trop favorable aux produits nocifs. De rendre les choix sains plus faciles, plus évidents, plus accessibles.
Pourquoi cette alerte maintenant ?
Parce que les maladies chroniques explosent. Parce que les systèmes de santé sont sous tension. Et parce que, sans action structurelle, les générations futures paieront le prix fort de nos habitudes actuelles.
Avec son initiative « 3 by 35 », l’OMS propose une trajectoire : agir sur trois produits à risque majeur, le tabac, l’alcool et les boissons sucrées, en augmentant progressivement leur prix d’ici 2035, afin de réduire leur consommation et prévenir des millions de maladies évitables. Pas par idéologie, mais parce que les données scientifiques convergent toutes dans la même direction.
À SAVOIR
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, une augmentation d’au moins 20 % du prix des boissons sucrées est associée à une baisse significative de leur consommation, en particulier chez les jeunes et les ménages modestes.







