Une femme qui souffre d'anorexie, un trouble des conduites alimentaires.
Globalement, les troubles des conduites alimentaires touchent davantage les femmes. © Magnific

Anorexie, boulimie, hyperphagie… Les troubles des conduites alimentaires explosent depuis la pandémie de Covid-19, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes. Isolement, anxiété, dépression, troubles cardiaques ou encore risque suicidaire… Les spécialistes alertent sur une urgence de santé publique encore largement sous-estimée en France.

« Je pensais juste faire attention à ce que je mangeais. » C’est souvent comme cela que commencent les troubles des conduites alimentaires (TCA). Un régime qui dérape, des repas sautés « pour compenser », des crises alimentaires vécues dans le secret, une obsession du corps ou du poids qui finit par envahir toute la vie quotidienne. Et depuis quelques années, les professionnels de santé voient arriver de plus en plus de patients, de plus en plus jeunes, avec des formes parfois très sévères.

Dans une interview accordée à Franceinfo début juin 2026, une médecin nutritionniste évoquait même un « raz-de-marée » des troubles alimentaires en France.  Selon une étude française publiée dans la revue scientifique Nutrition Clinique et Métabolisme, les troubles des conduites alimentaires ont fortement augmenté chez les étudiants pendant la crise sanitaire.

Les chercheurs, qui ont analysé les données de plus de 8 000 jeunes adultes, observent une hausse importante des comportements alimentaires problématiques depuis les confinements. Isolement social, anxiété, perte de repères, explosion du temps passé sur les réseaux sociaux ou encore détresse psychologique auraient joué un rôle majeur.

Même constat sur le terrain hospitalier. Dès 2020, plusieurs services pédiatriques français avaient alerté sur une augmentation spectaculaire des hospitalisations pour anorexie mentale chez les adolescents. Le CHU de Rouen rapportait notamment une hausse de 68 % des cas observés après le premier confinement.

Longtemps, les troubles alimentaires ont été résumés à une image caricaturale : celle d’une jeune fille extrêmement maigre refusant de manger. La réalité est bien plus vaste et beaucoup plus complexe. Les TCA regroupent plusieurs maladies psychiatriques, principalement l’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie boulimique. Toutes ont un point commun : une relation profondément perturbée à l’alimentation, au corps et à l’image de soi.

L’anorexie mentale se caractérise par une restriction alimentaire importante, une peur intense de prendre du poids et une perte de poids parfois extrême. La boulimie associe des crises alimentaires incontrôlables à des comportements compensatoires, comme les vomissements provoqués ou l’usage excessif de laxatifs. Quant à l’hyperphagie boulimique, aujourd’hui considérée comme le TCA le plus fréquent, elle provoque des épisodes de consommation excessive de nourriture sans comportements compensatoires.

Contrairement aux idées reçues, une personne souffrant d’un TCA n’est pas forcément maigre. Certains troubles restent longtemps invisibles, y compris pour l’entourage. Selon Santé publique France, les formes complètes ou partielles de troubles des conduites alimentaires concerneraient environ une adolescente sur quatre et un adolescent sur cinq. La Fondation pour la recherche médicale estime même que près de 10 % de la population pourrait être touchée au cours de la vie.

Le Covid a agi comme un accélérateur

La pandémie semble avoir aggravé les troubles des conduites alimentaires. Pour de nombreux spécialistes, les confinements ont agi comme une caisse de résonance. Pendant plusieurs mois, des millions d’adolescents se sont retrouvés isolés, privés d’école, d’activités sportives ou de liens sociaux. Les routines ont explosé, les angoisses aussi. Dans le même temps, l’exposition aux contenus liés au corps, au sport ou à l’alimentation sur les réseaux sociaux a fortement augmenté.

Selon l’Inserm, les troubles alimentaires sont souvent associés à des facteurs psychologiques comme l’anxiété, la dépression, le perfectionnisme ou une faible estime de soi. Or, tous ces facteurs ont été exacerbés pendant la crise sanitaire. Les spécialistes observent également une arrivée plus précoce des troubles. Certains services hospitaliers français rapportent désormais des cas sévères chez des enfants de 10 à 12 ans, parfois plus jeunes.

Des conséquences physiques parfois graves

Les TCA ne se limitent pas à la santé mentale. Ces maladies peuvent toucher l’ensemble de l’organisme. Selon l’Inserm, l’anorexie mentale peut provoquer des complications cardiaques graves, des troubles hormonaux, une fragilité osseuse importante ou encore des atteintes digestives et neurologiques. Chez certaines jeunes filles, les règles disparaissent pendant plusieurs mois, voire plusieurs années.

La dénutrition peut également ralentir la croissance et perturber le développement cérébral chez les adolescents. Dans les formes sévères, le cœur lui-même peut être fragilisé. Une perte de poids importante entraîne parfois des troubles du rythme cardiaque potentiellement mortels. L’hyperphagie boulimique et la boulimie exposent quant à elles à d’autres complications : 

  • diabète de type 2,
  • hypertension artérielle,
  • reflux gastriques sévères, 
  • lésions de l’œsophage,
  • problèmes dentaires liés aux vomissements répétés. 

Mais les conséquences sont aussi sociales et psychologiques. Isolement, perte de confiance, décrochage scolaire, difficultés professionnelles, anxiété ou dépression accompagnent très fréquemment ces maladies.

TSA : parmi les maladies psychiatriques les plus mortelles

Les troubles alimentaires figurent parmi les maladies psychiatriques les plus graves. Selon l’Assurance maladie, l’anorexie mentale présente l’un des taux de mortalité les plus élevés parmi les troubles psychiatriques, notamment en raison des complications médicales et du risque suicidaire.

La Fédération française Anorexie Boulimie rappelle également que les TCA constituent la deuxième cause de mortalité prématurée chez les 15-24 ans, après les accidents de la route. Le problème, c’est que ces maladies restent souvent diagnostiquées tardivement. Beaucoup de patients cachent leurs troubles pendant des mois, parfois des années. Et certains comportements dangereux peuvent être banalisés socialement, notamment lorsqu’ils sont associés à la minceur ou au contrôle du corps.

Pour les médecins, psychologues et psychiatres, tout l’enjeu est désormais d’identifier les troubles le plus tôt possible. Car dans les TCA, le temps compte énormément : plus la prise en charge débute rapidement, plus les chances de guérison et de stabilisation sont importantes. Les soins reposent généralement sur un accompagnement global mêlant 

  • suivi médical, 
  • soutien psychologique, 
  • accompagnement nutritionnel, 
  • parfois thérapies familiales. 

Dans les formes les plus sévères, notamment lorsque la santé physique est menacée, une hospitalisation peut devenir indispensable. Mais les premiers signes passent souvent inaperçus. Au départ, cela peut ressembler à un simple « rééquilibrage alimentaire », une volonté de manger plus sainement ou de faire davantage de sport. Puis peu à peu, l’alimentation prend une place démesurée avec des repas sautés, la peur de certains aliments, l’obsession des calories, les crises alimentaires répétées, l’activité physique excessive, l’isolement social, l’irritabilité ou la perte de poids rapide.

À SAVOIR 

Dans l’anorexie mentale sévère, la dénutrition entraîne une perte de masse musculaire généralisée, y compris au niveau du muscle cardiaque. Le cœur peut donc devenir plus petit et moins performant. Les médecins parlent notamment d’« atrophie cardiaque » ou de diminution de la masse ventriculaire gauche.

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Ma Santé

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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