La douleur au sternum inquiète souvent parce qu’elle peut piquer, brûler, elle irradie parfois jusque dans le dos ou le bras. Est-ce le cœur ? Est-ce « juste » un muscle ? Une inflammation ? Un reflux ? Éléments de réponse.
Le sternum n’est pas, en principe, une zone qui s’exprime volontiers. Alors lorsqu’une douleur s’y installe l’inquiétude monte vite. Et pour cause, la douleur thoracique fait partie des symptômes les plus redoutés, précisément parce qu’elle mêle des causes très banales à d’autres, nettement plus sérieuses.
En France, près de 5 % des passages aux urgences concernent des douleurs thoraciques, selon la DREES. Pourtant, la grande majorité d’entre elles n’ont rien de cardiaque. Entre inflammations des cartilages, tensions musculaires, troubles digestifs ou infections respiratoires, les explications sont nombreuses.
Les causes les plus fréquentes de douleur au sternum
La costochondrite : l’inflammation des cartilages
C’est probablement la cause la plus courante… et la moins connue. La costochondrite est une inflammation des cartilages qui relient les côtes au sternum, un point d’attache très sollicité au quotidien. La douleur est généralement très caractéristique. Elle peut se présenter sous forme de :
- Douleur vive et précise, qui augmente nettement à la palpation (le simple fait d’appuyer avec un doigt suffit à la réveiller).
- Sensation de pointe, parfois associée à une impression de brûlure.
- Douleur amplifiée lors d’un mouvement du tronc, d’une toux ou d’une inspiration profonde.
La costochondrite est bénigne et survient le plus souvent après un surmenage musculaire, un geste brusque ou une infection respiratoire récente. Aussi, une mauvaise position de sommeil peut participer à l’apparition d’une costochondrite, ou du moins en aggraver les symptômes.
Le syndrome de Tietze : un cousin plus spectaculaire
Beaucoup plus rare que la costochondrite, le syndrome de Tietze fait pourtant souvent davantage parler de lui. Et pour cause, au-delà de la douleur, il s’accompagne d’un gonflement bien visible au niveau d’une articulation entre une côte et le sternum. Ce relief inflammatoire, parfois rouge ou sensible au toucher, est l’un des signes les plus évocateurs.
Si ce tableau impressionne au premier regard, il n’a rien de dangereux sur le plan médical. Le problème vient plutôt de la sévérité de la douleur, qui peut être suffisamment intense pour limiter certains mouvements et installer une gêne durable.
Le syndrome de Tietzel pourrait être déclenché par une irritation mécanique, un microtraumatisme ou une infection virale récente. Quoi qu’il en soit, l’évolution est généralement favorable, même si la disparition complète du gonflement peut prendre plusieurs semaines.
Les troubles musculaires : tension, posture, stress
Longtemps sous-estimées, les douleurs musculo-squelettiques représentent pourtant l’une des causes les plus courantes de douleurs thoraciques non liées au cœur. Elles touchent principalement les muscles intercostaux et les structures qui entourent le sternum.
Les situations qui favorisent ces douleurs sont très quotidiennes :
- Une posture voûtée ou figée, typique des longues heures, en télétravail ou non, tête penchée vers un écran ou épaules enroulées vers l’avant. Cette position crée une pression continue sur la cage thoracique et favorise les contractures.
- Un effort inhabituel, qu’il s’agisse de déplacer des meubles, de bricoler un peu trop intensément ou de reprendre le sport sans échauffement. Ces sollicitations brusques peuvent entraîner une irritation des muscles intercostaux.
- Le stress modifie le rythme respiratoire et peut provoquer une crispation involontaire des muscles du thorax.
Dans ces cas-là, la douleur est généralement mécanique. Elle augmente lors de certains mouvements, à la palpation, ou encore en fin de journée lorsque les tensions se sont accumulées.
Le reflux gastro-œsophagien (RGO) : une brûlure qui imite un problème cardiaque
Une brûlure rétro-sternale, survenant surtout après un repas ou en position allongée, en est l’un des signes les plus typiques. Concrètement, l’acide contenu dans l’estomac remonte dans l’œsophage, un tube qui n’est pas conçu pour supporter un milieu aussi acide. Résultat, une sensation de chaleur ou de brûlure très nette, parfois confondue avec une douleur cardiaque, surtout lorsqu’elle s’installe au centre de la poitrine.
Certains symptômes orientent clairement vers le RGO :
- un goût acide ou amer dans la bouche, surtout au réveil ;
- une toux nocturne ou des irritations de gorge récidivantes ;
- une aggravation après les repas lourds, riches en graisses ou pris trop tard dans la soirée.
Le RGO peut être très inconfortable, mais il garde une origine digestive. Cette distinction est parfois difficile à faire pour les patients… et c’est précisément ce qui contribue à sa réputation de “fausse alerte cardiaque”.
Une infection respiratoire : bronchite, pleurésie, pneumonie
Certaines douleurs localisées au niveau du sternum trouvent leur origine non pas dans les muscles ou les articulations, mais dans une infection des voies respiratoires. Lorsque la gêne thoracique apparaît dans un contexte de :
- fièvre,
- toux persistante,
- essoufflement ou gêne respiratoire,
il est fréquent qu’une infection soit en cause : bronchite, pneumonie ou encore pleurésie.
Pour la pleurésie, l’Inserm décrit une douleur vive, aiguë, qui peut irradier vers le sternum et qui s’intensifie franchement à chaque inspiration profonde. En effet, l’inflammation de la plèvre, la fine membrane qui enveloppe les poumons, rend chaque mouvement de la cage thoracique douloureux.
Douleur au sternum : les causes plus rares
Les douleurs cardiaques : à ne jamais écarter trop vite
Même si la plupart des douleurs sternales ne sont pas d’origine cardiaque, il faut toujours rester vigilant. Selon Santé publique France, les maladies cardiovasculaires restent la 2e cause de mortalité dans le pays.
Et les symptômes peuvent être trompeurs, en particulier chez les femmes. Les signes qui doivent immédiatement alerter :
- douleur thoracique constrictive (« étau »),
- irradiations dans bras gauche, mâchoire, dos,
- sueurs froides, nausées,
- essoufflement ou malaise.
L’angine de poitrine et l’infarctus du myocarde peuvent donner une douleur rétro-sternale mal localisée.
L’embolie pulmonaire : rare mais grave
Une douleur thoracique brutale, accompagnée d’un essoufflement soudain, doit immédiatement faire envisager une embolie pulmonaire (un caillot sanguin qui vient obstruer une artère pulmonaire).
Le risque augmente nettement en présence de facteurs tels que :
- une immobilisation prolongée (plâtre, alitement, longs trajets),
- une opération récente,
- l’association pilule contraceptive-tabac,
- des antécédents de phlébite ou d’embolie pulmonaire,
- ou certains déséquilibres de la coagulation.
La douleur liée à une embolie pulmonaire est souvent décrite comme :
- vive et soudaine,
- plutôt située d’un côté du thorax,
- marquée par une aggravation nette à l’inspiration profonde.
Ce tableau, surtout lorsqu’il s’accompagne de palpitations, d’une sensation d’oppression ou d’un malaise, justifie une prise en charge en urgence absolue.
Les traumatismes du sternum
Le sternum, bien qu’épais et solide, n’est pas à l’abri des traumatismes. Un impact direct peut suffire à provoquer une douleur localisée et persistante :
- un choc lors d’une activité sportive, notamment dans les sports de contact ou en cas de chute mal amortie ;
- un accident de la voie publique, même à vitesse modérée ;
- un coup de volant lors d’un freinage brutal, un mécanisme très classique dans les collisions automobiles.
La douleur peut sembler banale au départ, mais une gêne qui se prolonge doit alerter. Certaines fractures sternales passent inaperçues dans l’immédiat, faute de déformation visible. Un examen médical, souvent accompagné d’une radiographie, permet alors d’écarter une lésion plus sérieuse et de vérifier l’intégrité des structures thoraciques.
Quand consulter pour une douleur au sternum ?
Appel d’urgence (15 ou 112) sans attendre si la douleur s’accompagne de :
- un essoufflement soudain, même au repos ;
- un malaise ou une sensation de perte de connaissance imminente ;
- une douleur qui irradie vers le bras gauche, la mâchoire, le cou ou le dos ;
- des sueurs froides ou une pâleur marquée ;
- une confusion, un trouble inhabituel du comportement ;
- des palpitations importantes ou irrégulières.
Ces signes peuvent évoquer une urgence cardiaque ou respiratoire et nécessitent une prise en charge immédiate.
Une consultation rapide est recommandée lorsque :
- la douleur persiste plusieurs jours sans amélioration ;
- elle s’intensifie progressivement ;
- elle gêne la respiration ou limite les mouvements ;
- elle apparaît après un choc ou une chute ;
- elle s’accompagne de fièvre, qui peut suggérer une infection.
Toutes les douleurs sternales ne sont pas inquiétantes, mais certaines situations exigent une réaction immédiate. Les médecins insistent sur un principe simple : en cas de doute, mieux vaut consulter que minimiser.
À SAVOIR
Les crises d’angoisse et les attaques de panique peuvent elles aussi provoquer une douleur située en plein milieu du thorax. L’Inserm rappelle que l’hyperventilation et la forte contraction des muscles de la cage thoracique, typiques de ces épisodes, créent parfois une douleur aiguë au sternum, suffisamment intense pour être confondue avec un symptôme cardiaque.








