mal de ventre et douleurs utérus
L'adénomyose se traduit par d'intenses et chroniques douleurs dans le bas-ventre ©Azerbaijan-Stockers-Freepik

L’adénomyose, longtemps restée dans l’ombre de son « cousin » l’endométriose, est une pathologie gynécologique chronique qui touche des millions de femmes en France. Douleurs pelviennes, règles abondantes, fatigue persistante : les symptômes sont handicapants et peuvent altérer considérablement la qualité de vie. Pourtant, cette affection reste méconnue, parfois mal diagnostiquée, et souvent confondue avec d’autres troubles utérins. Quels sont les mécanismes en jeu ? Quelles sont les causes possibles ? Et surtout, comment la diagnostiquer et la traiter efficacement ? Réponses.

Affection génocologique fréquente mais très peu médiatisée, l’adénomyose est une pathologie bénigne mais chronique de l’utérus. Elle se caractérise par la présence anormale de tissu endométrial – celui qui tapisse normalement l’intérieur de l’utérus – à l’intérieur du muscle utérin, appelé myomètre. Ce tissu, qui réagit aux hormones au même titre que l’endomètre, provoque des inflammations, des douleurs et des saignements inhabituels lors du cycle menstruel.

Autrement dit, c’est comme si l’endomètre « s’enfonçait » dans les couches musculaires de l’utérus, déclenchant des micro-hémorragies internes à chaque cycle. Cette migration entraîne une inflammation chronique du muscle utérin et une augmentation progressive du volume de l’utérus.

Selon les données de l’INSERM, l’adénomyose toucherait environ 11 à 33 % des femmes en âge de procréer. Ces chiffres varient en fonction des méthodes de diagnostic utilisées, mais la fourchette donne une idée de sa fréquence réelle. Encore récemment, elle n’était diagnostiquée qu’après une hystérectomie (ablation de l’utérus), ce qui explique en partie pourquoi elle est longtemps restée invisible dans les statistiques médicales.

Depuis les années 2010, grâce à l’amélioration des techniques d’imagerie – notamment l’échographie pelvienne transvaginale et l’IRM – l’adénomyose est mieux détectée, même chez les femmes jeunes. Problème, elle est souvent associée à d’autres pathologies comme les fibromes utérins ou l’endométriose, ce qui complique son identification.

Une origine multifactorielle

La cause exacte de l’adénomyose reste aujourd’hui inconnue. Cependant, plusieurs hypothèses scientifiques sont avancées. La plus plausible repose sur la rupture de la jonction entre l’endomètre et le myomètre, le tissu endométrial pouvant ainsi migrer dans le muscle utérin. Cette rupture pourrait être favorisée par des traumatismes répétés de l’utérus : accouchements, césariennes, curetages, fausses couches, poses de dispositifs intra-utérins (stérilets).

Par ailleurs, des facteurs hormonaux – en particulier une hypersensibilité à l’œstrogène – pourraient favoriser le développement de la maladie. C’est pourquoi l’adénomyose est souvent diagnostiquée entre 35 et 50 ans. Une période de la vie des femmes où les taux hormonaux sont particulièrement actifs.

Des facteurs de risque identifiés

Plusieurs éléments semblent accroître le risque de développer une adénomyose, notamment :

  • Des grossesses multiples : chaque grossesse étire et fragilise l’utérus.
  • Des antécédents de chirurgie utérine : notamment les césariennes, curetages ou myomectomies.
  • Une précocité des règles : un cycle menstruel commencé très jeune augmente la durée d’exposition aux hormones.
  • Des règles longues ou abondantes : parfois à la fois conséquence et facteur aggravant.

Autre élément à prendre en considération, toutes les femmes peuvent être concernées, même celles sans antécédents particuliers.

Des signes évocateurs mais non spécifiques

Les symptômes de l’adénomyose varient d’une femme à l’autre, ce qui rend le diagnostic évidemment délicat. Néanmoins, plusieurs signes sont caractéristiques :

  • Des règles très abondantes (ménorragies), souvent avec caillots.
  • Des douleurs pelviennes chroniques, parfois comparables à celles de l’endométriose.
  • Des douleurs pendant les rapports sexuels (dyspareunie).
  • Une fatigue importante, liée à l’anémie provoquée par les pertes de sang.
  • Un utérus augmenté de volume, palpable lors d’un examen gynécologique.

Ces symptômes peuvent profondément impacter la vie sociale, professionnelle et intime. Selon une enquête de l’association EndoFrance réalisée en 2022, 68 % des femmes atteintes d’adénomyose estiment que la maladie a un impact négatif sur leur vie quotidienne.

Confusion fréquente avec d’autres pathologies

L’adénomyose est parfois confondue avec d’autres affections comme les fibromes, les polypes utérins ou l’endométriose.

Cette confusion retarde le diagnostic et la prise en charge. En fait, seule l’imagerie médicale (IRM), associée à une évaluation clinique précise, permet de poser un diagnostic fiable.

L’échographie pelvienne transvaginale

En cas de suspicion d’adénomyose, c’est le premier examen généralement prescrit. Réalisée entre le 5e et le 10e jour du cycle, elle permet d’observer la structure de l’utérus. En cas d’adénomyose, certains signes typiques peuvent être visibles : parois utérines épaissies, hétérogènes, présence de petits kystes myométriaux, asymétrie entre les parois antérieure et postérieure.

L’IRM pelvienne : l’examen de référence

Lorsque l’échographie n’est pas suffisamment explicite, l’IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) permet une analyse plus fine… et donc un diagnostic plus fiable !

Cette IRM permet notamment de visualiser l’invasion du myomètre par le tissu endométrial et d’évaluer l’extension de la maladie.

Une priorité : soulager les symptômes et préserver la fertilité

Il n’existe à ce jour aucun traitement curatif de l’adénomyose. En revanche, plusieurs options permettent de contrôler les symptômes et d’améliorer la qualité de vie des femmes concernées. Le choix dépend de plusieurs facteurs : âge, désir de grossesse, intensité des douleurs, volume utérin, tolérance aux traitements hormonaux.

Les traitements médicamenteux

Les traitements hormonaux sont souvent proposés en première intention. Leur objectif est de bloquer l’activité hormonale qui alimente l’adénomyose.

  • Progestatifs (par voie orale ou en stérilet hormonal type Mirena®) : ils réduisent les règles et soulagent les douleurs.
  • Pilules œstroprogestatives en continu : utilisées hors AMM, elles peuvent également apporter un soulagement.
  • Analogues de la GnRH : prescrits sur de courtes durées, ils mettent les ovaires au repos de façon temporaire.

Attention, ces traitements ont cependant des effets secondaires (prise de poids, troubles de l’humeur, bouffées de chaleur) qui doivent être surveillés.

Les traitements chirurgicaux

Lorsque les traitements médicamenteux sont inefficaces ou mal tolérés, une prise en charge chirurgicale peut être envisagée :

  • L’hystérectomie (ablation totale de l’utérus) constitue le seul traitement radical. Elle est réservée aux femmes ne désirant plus d’enfants, en cas de formes sévères.
  • L’embolisation des artères utérines, technique moins invasive, consiste à bloquer l’irrigation sanguine des zones touchées. Elle peut soulager les symptômes, mais n’est pas indiquée dans tous les cas.

Le cas particulier des femmes en désir de grossesse

L’adénomyose peut parfois compromettre la fertilité, en perturbant la nidation ou la vascularisation de l’utérus. Des traitements spécifiques sont alors proposés, en lien avec un centre de fertilité. La procréation médicalement assistée (PMA) est parfois nécessaire, mais son efficacité peut être réduite si l’adénomyose est étendue.

L’adénomyose reste une maladie peu visible dans le débat public, malgré son impact considérable. Pourtant, une meilleure sensibilisation des patientes et des professionnels de santé est essentielle pour favoriser un diagnostic plus précoce.

En mars 2024, le ministère de la Santé a inscrit l’adénomyose dans la nouvelle stratégie nationale de lutte contre les douleurs gynécologiques chroniques, au même titre que l’endométriose. Une avancée saluée par les associations de patientes, qui espèrent une reconnaissance plus large de cette pathologie dans les années à venir.

À SAVOIR

Maladie gynécologique plus médiatisée que l’adénomyose, l’endométriose ne concerne pas l’intérieur de l’utérus mais la partie externe de l’utérus. Le développement de tissu semblable à la muqueuse utérine en dehors de l’organe se traduit par des symptômes (règles très hémorragiques) et des douleurs dans le bas-ventre assez semblables. Seule différence de taille, l’adénomyose se concentre sur le muscle utérin alors que l’endométriose peut affecter d’autres organes voisins comme la vessie ou l’intestin. 

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Enfant des radios locales, aujourd'hui homme de médias, il fait partager son expertise de la santé sur les supports print, web et TV du groupe Ma Santé AuRA.

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