Le seuil symbolique est franchi. Plus de 4 000 personnes sont désormais mortes d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) depuis le début de l’épidémie au printemps. Selon le dernier bilan de l’Institut national de santé publique congolais, communiqué le 1er octobre, 4 018 décès ont été enregistrés parmi 8 300 cas confirmés. Cela représente un taux de létalité de 48,4 %. Autrement dit, près d’une personne diagnostiquée sur deux est décédée.
L’épidémie avait été officiellement déclarée le 15 mai 2026, après l’apparition des premiers cas dans la province de l’Ituri, dans le nord-est du pays. Cinq mois plus tard, elle s’étend à sept des 26 provinces de RDC. En l’occurrence, l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé, le Bas-Uélé, la Tshopo et le Sud-Ubangi. Le virus circule désormais dans des territoires éloignés les uns des autres. Fin septembre, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) comptabilisait déjà 63 zones de santé touchées. Une dispersion géographique qui rend la traque du virus autrement plus complexe.
La pire épidémie d’Ebola jamais enregistrée en RDC
Ebola : le précédent record largement dépassé
La RDC connaît malheureusement bien Ebola. C’est dans l’ancien Zaïre que le virus a été identifié pour la première fois en 1976. L’épisode actuel est déjà la 17e épidémie recensée dans le pays. Mais son ampleur change la donne. Jusqu’ici, la flambée de 2018-2020, principalement concentrée dans l’est du pays, restait la plus importante de l’histoire congolaise. Elle avait provoqué 3 481 cas et 2 299 décès, selon le bilan final de l’OMS.
Le (triste) record est donc désormais largement dépassé. Dès le 1er août, alors que 3 605 contaminations étaient recensées, l’OMS qualifiait déjà l’épisode de 2026 de plus grande épidémie d’Ebola jamais enregistrée en RDC. À l’échelle mondiale, elle reste toutefois derrière la catastrophe sanitaire qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016. Partie de Guinée avant de toucher massivement le Liberia et la Sierra Leone, cette épidémie avait infecté plus de 28 600 personnes et causé 11 325 décès.
Un virus contre lequel les armes sont encore limitées
Toutes les épidémies d’Ebola ne sont pas provoquées exactement par le même virus. Celle qui frappe actuellement la RDC est liée au virus Bundibugyo. Un virus identifié pour la première fois en Ouganda en 2007. Problème, les vaccins et traitements qui ont changé la prise en charge lors de précédentes flambées ont surtout été développés contre une autre espèce, le virus Ebola Zaïre.
Pour Bundibugyo, aucun vaccin ni traitement spécifique n’est actuellement homologué. Des recherches sont néanmoins en cours. L’OMS a notamment recommandé d’évaluer le vaccin Ervebo dans le cadre d’un protocole de recherche. Son efficacité contre Bundibugyo chez l’être humain restant inconnue. Début septembre, plus de 2 000 professionnels de santé et intervenants de première ligne avaient ainsi été vaccinés dans le cadre de cette stratégie expérimentale.
Un essai clinique consacré aux traitements a également débuté en juillet dans plusieurs structures de prise en charge de l’Ituri. L’enjeu est de disposer enfin d’une arme spécifiquement efficace contre cette forme d’Ebola. En attendant, la prise en charge repose essentiellement sur les soins de soutien. Réhydrater les patients, maintenir leur oxygénation et leur tension artérielle, traiter les infections associées ou encore prendre en charge rapidement les défaillances d’organes peut augmenter les chances de survie. Et avec Ebola, chaque heure compte : plus un malade est identifié et pris en charge tôt, meilleures sont ses chances.
Plus de 2 000 personnes ont déjà guéri
Derrière le bilan humain particulièrement lourd, tous les malades ne meurent pas. Au 1er octobre, les autorités congolaises comptabilisaient 2 162 personnes guéries, tandis que 842 patients étaient encore hospitalisés ou placés en isolement.
Ces chiffres permettent aussi de comprendre pourquoi le taux de létalité doit être interprété avec prudence tant que l’épidémie continue. Des centaines de malades sont encore en cours de prise en charge et les données peuvent être corrigées au fur et à mesure de leur consolidation.
Une autre difficulté complique la lecture de la situation. Une baisse du nombre de nouveaux cas détectés ne signifie pas nécessairement que le virus recule. Dans les territoires où les équipes sanitaires accèdent difficilement aux populations, moins de diagnostics peut aussi signifier que certains malades passent sous les radars.
Comment Ebola se transmet-il ?
Contrairement à certains virus respiratoires, Ebola ne se transmet pas simplement en croisant une personne malade dans la rue. La contamination se produit principalement par contact direct avec le sang ou d’autres liquides biologiques d’une personne infectée, ou avec des objets et surfaces souillés. Un malade ne devient contagieux qu’à partir de l’apparition de ses symptômes. Après une contamination, la période d’incubation peut durer de deux à 21 jours.
Le problème est que les premiers signes ne crient pas forcément « Ebola ». Fièvre, fatigue intense, douleurs musculaires, maux de tête ou mal de gorge peuvent ressembler à de nombreuses autres infections présentes dans la région, notamment au paludisme. Vomissements, diarrhées et atteintes de différents organes peuvent apparaître ensuite. Les hémorragies, souvent associées à Ebola dans l’imaginaire collectif, ne sont pas systématiques. Ce début peu spécifique peut retarder le diagnostic. Or, pendant une épidémie, quelques jours de retard suffisent à multiplier les contacts à retrouver.
Ebola : l’épidémie peut-elle se propager au-delà des frontières de la RDC ?
Pourquoi l’épidémie est-elle si difficile à arrêter ?
La méthode pour casser les chaînes de contamination est bien connue : identifier rapidement les malades, les isoler, tester les cas suspects, retrouver leurs contacts et les suivre pendant 21 jours. Sur le terrain, c’est une autre histoire. L’épidémie frappe notamment l’est de la RDC, une région confrontée depuis des années aux conflits armés, aux déplacements de population et à une profonde crise humanitaire. Certaines zones restent difficiles d’accès pour les équipes médicales. Les mouvements importants de population compliquent également le suivi des personnes susceptibles d’avoir été exposées.
Fin septembre, l’OMS indiquait que seulement 80 % environ des contacts identifiés étaient effectivement suivis. Une faille importante : une personne exposée qui échappe à la surveillance peut développer des symptômes, contaminer son entourage et créer une nouvelle chaîne de transmission avant même d’être repérée.
L’insécurité touche aussi directement les soignants et les infrastructures sanitaires. Des attaques contre des établissements de santé ont perturbé les opérations de dépistage et de prise en charge au cours de l’épidémie. À cela s’ajoutent la méfiance envers les autorités et les équipes médicales ainsi que la circulation de fausses informations sur la maladie. Autant de grains de sable dans une mécanique qui, face à Ebola, doit justement fonctionner très vite.
L’Ituri reste l’épicentre, mais le virus voyage
La province de l’Ituri, où l’épidémie a débuté, concentre toujours l’essentiel des contaminations. D’après les données européennes arrêtées au 29 septembre, elle comptabilisait 6 250 cas et 2 885 décès, répartis dans 28 de ses 36 zones de santé. Mais l’inquiétude vient désormais aussi de la progression géographique de la maladie. Le Nord-Kivu comptait à la même date 1 570 cas et 931 décès. En septembre, le Sud-Ubangi, situé dans le nord-ouest du pays, est devenu à son tour une province touchée après la détection d’un cas chez un homme arrivé de l’est de la RDC.
Cette extension sur plusieurs centaines de kilomètres montre à quel point la mobilité des populations peut déplacer le virus. L’OMS estime désormais que cette dispersion augmente également le risque de propagation transfrontalière, notamment vers les pays voisins. Le virus avait d’ailleurs déjà franchi une frontière quelques semaines après le début de l’épidémie. Des cas liés à la flambée congolaise ont été enregistrés en Ouganda au printemps 2026. La transmission y a ensuite été interrompue.
Ebola a également atteint la France en 2026
L’épidémie n’est pas restée totalement cantonnée au continent africain. Le 24 juin 2026, les autorités françaises ont signalé à l’OMS un cas confirmé d’infection par le virus Bundibugyo chez un médecin revenant de RDC, où il avait participé pendant cinq semaines à la prise en charge de malades en Ituri.
À son arrivée à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, le 23 juin, l’homme avait lui-même signalé ses symptômes. Il avait immédiatement été isolé puis transféré dans un établissement spécialisé. Le suivi des personnes susceptibles d’avoir été en contact avec lui n’a ensuite mis en évidence aucune transmission secondaire en France.
Santé publique France maintient depuis une surveillance spécifique destinée à détecter rapidement d’éventuels cas importés. Le risque n’est donc pas celui d’une transmission facile dans la population française. Ebola nécessite un contact avec les liquides biologiques d’une personne devenue symptomatique.
À SAVOIR
Ebola peut persister dans l’organisme après la guérison. Le virus a notamment été retrouvé dans le sperme plusieurs mois après la disparition des symptômes, avec de rares transmissions sexuelles documentées. L’OMS recommande donc un suivi spécifique des survivants.



