Ebola : un premier cas mortel au Kenya, l’épidémie franchit une nouvelle frontière

le 6 octobre 2026 à 15h54
Un médecin qui se prépare à faire face à une potentielle épidémie d’Ebola au Kenya.
Face à Ebola, les soignants doivent se protéger de tout contact avec les liquides biologiques des malades. © Magnific
Le Kenya a confirmé, ce mardi 6 octobre, son premier cas d’Ebola depuis le début de l’épidémie qui frappe la République démocratique du Congo. Le patient, un Kényan installé en RDC depuis plusieurs années, est décédé lundi soir à Nairobi après être passé par l’Ouganda. Désormais, les autorités sanitaires tentent de retrouver toutes les personnes ayant pu être en contact avec lui, notamment les passagers de son vol.
Sommaire

Jusqu’ici, le Kenya avait réussi à garder Ebola à ses portes. Ce n’est désormais plus le cas, l’épidémie progresse hors des seules frontières de la République démocratique du Congo (RDC). Le ministre kényan de la Santé, Aden Duale, a annoncé mardi 6 octobre 2026 la détection du premier cas confirmé de maladie à virus Ebola dans le pays. Il s’agit d’un cas importé de RDC, épicentre d’une épidémie qui a déjà contaminé plus de 8 000 personnes.

Le patient était un ressortissant kényan qui vivait en RDC depuis sept ans. Selon les informations communiquées par les autorités, l’homme était malade depuis environ un mois. Il avait déjà été pris en charge dans plusieurs établissements de santé congolais. Il a ensuite rejoint Kampala, la capitale de l’Ouganda, par voie terrestre avant de prendre un avion à destination de Nairobi, où il est arrivé samedi 3 octobre. Après son arrivée, son état de santé a conduit à son hospitalisation. Des analyses ont confirmé une infection par le virus Ebola Bundibugyo, responsable de l’épidémie actuelle. Malgré sa prise en charge et son isolement, le patient est décédé lundi soir à Nairobi.

28 personnes déjà identifiées comme contacts au Kenya 

Lorsqu’un cas d’Ebola est détecté, l’un des premiers réflexes sanitaires consiste à reconstituer aussi précisément que possible les déplacements du malade. Mais aussi d’identifier les personnes susceptibles d’avoir été exposées. Au Kenya, 28 contacts avaient déjà été identifiés mardi, parmi lesquels figurent des membres de la famille du patient et des professionnels de santé. Les autorités cherchent également à retrouver 23 passagers ayant voyagé sur le même vol entre l’Ouganda et le Kenya.

Attention, être considéré comme un « contact » ne signifie toutefois pas être contaminé. Il s’agit d’une personne ayant potentiellement été exposée au virus et qui doit donc être surveillée. Les contacts identifiés doivent faire l’objet d’un suivi pendant 21 jours. Période correspondant à la durée maximale habituelle d’incubation d’Ebola.

Cette surveillance est d’autant plus importante que les premiers symptômes peuvent facilement passer pour ceux d’une autre infection. En l’ocurrence, fièvre soudaine, grande fatigue, douleurs musculaires, maux de tête ou maux de gorge. Des vomissements et diarrhées peuvent ensuite apparaître, ainsi que des atteintes de plusieurs organes. Et, dans certains cas, des manifestations hémorragiques. Seul un test permet de confirmer avec certitude l’infection.

Ebola ne se transmet pas simplement en croisant un malade

L’arrivée du virus dans un nouveau pays peut évidemment inquiéter. Mais Ebola n’est pas un virus respiratoire qui se diffuse facilement dans l’air d’une personne à l’autre. La contamination se produit principalement lors d’un contact direct avec le sang ou les liquides biologiques d’une personne infectée présentant des symptômes. Qu’il s’agisse de vomissures, selles, urine, salive ou autres sécrétions. Des objets contaminés par ces liquides, notamment du matériel médical, peuvent également participer à la transmission.

Le risque augmente donc avec la proximité et la nature du contact. C’est notamment pour cette raison que les proches des malades et les professionnels de santé figurent parmi les personnes particulièrement exposées lors des épidémies. Les dépouilles des personnes décédées restent également contagieuses. Ce qui impose des protocoles funéraires très stricts.

A savoir également, une personne infectée ne transmet pas Ebola pendant sa période d’incubation tant qu’elle n’a pas développé de symptômes. Cette particularité facilite en partie la recherche des personnes réellement exposées. Même si le parcours du patient entre plusieurs pays complique ici sérieusement la tâche des autorités sanitaires.

Plus de 4 000 morts en RDC

Déclarée en mai 2026 en République démocratique du Congo, l’épidémie est provoquée par le virus Bundibugyo. L’une des espèces de virus responsables de la maladie à Ebola. Elle a d’abord particulièrement frappé la province de l’Ituri, dans l’est du pays, avant de gagner progressivement d’autres territoires.

Au 23 septembre, l’OMS comptabilisait déjà 7 890 cas confirmés et 3 799 décès, répartis dans 63 zones sanitaires de sept provinces congolaises. Le taux de létalité observé atteignait alors environ 48 %. Ce qui signifie que près d’un malade confirmé sur deux était décédé.

Depuis, le bilan s’est encore alourdi. Selon les données gouvernementales congolaises rapportées le 2 octobre par Reuters, 8 300 infections avaient été confirmées et 4 018 personnes étaient mortes. Plus de 2 000 malades avaient en revanche guéri. L’épidémie actuelle est désormais la plus importante jamais enregistrée en RDC. C’est aussi la deuxième plus meurtrière épidémie d’Ebola recensée dans le monde, derrière celle qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016.

Le virus avait déjà franchi les frontières de la RDC

L’Ouganda, pays voisin de la RDC, avait enregistré 20 cas confirmés et deux décès. Le pays avait ensuite réussi à interrompre les chaînes de transmission et avait déclaré la fin de son épidémie fin juillet. Une période de surveillance renforcée avait néanmoins été maintenue jusqu’à la fin du mois d’août en raison du risque permanent de nouvelles importations depuis la RDC.

Un cas avait également été diagnostiqué en France en juin 2026 chez un médecin revenant d’une mission de cinq semaines dans la province congolaise de l’Ituri. Dès son arrivée à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, le professionnel de santé avait signalé ses symptômes et avait été immédiatement isolé. Il avait ensuite guéri et quitté l’hôpital après deux tests PCR négatifs successifs. Aucun cas secondaire n’avait été identifié parmi ses contacts.

L’importation d’un malade ne signifie pas automatiquement qu’une épidémie va démarrer dans le pays où il arrive. Tout dépend notamment de la rapidité avec laquelle le cas est repéré, isolé et diagnostiqué. Puis de la capacité à identifier et surveiller ses contacts.

Pas encore de vaccin homologué contre cette forme d’Ebola

L’autre difficulté tient au virus lui-même. Tous les Ebola ne sont pas identiques. Le virus responsable de l’épidémie actuelle appartient à l’espèce Bundibugyo, identifiée pour la première fois lors d’une épidémie en Ouganda en 2007. Or les outils disponibles contre certaines autres formes d’Ebola ne sont pas directement transposables. Il n’existe actuellement aucun vaccin homologué ni traitement antiviral spécifique approuvé contre la maladie provoquée par le virus Bundibugyo. Même si des candidats sont en cours d’évaluation.

La prise en charge repose donc largement sur les soins de soutien. Réhydratation, correction des déséquilibres provoqués notamment par les diarrhées et vomissements, prise en charge des défaillances d’organes et traitement des complications. Une détection et des soins précoces peuvent améliorer les chances de survie. Les précédentes épidémies provoquées par Bundibugyo avaient déjà montré la gravité de cette infection. Selon l’OMS, les flambées enregistrées en Ouganda en 2007 et en RDC en 2012 avaient présenté des taux de létalité respectifs d’environ 30 % et 50 %.

À SAVOIR

Même après la guérison, Ebola peut jouer les prolongations. Le virus peut persister dans certaines zones de l’organisme, notamment les testicules, l’intérieur de l’œil ou le cerveau. Une transmission par le sperme a même déjà été documentée jusqu’à 15 mois après la guérison clinique, selon l’OMS. 

Image de Pascal Auclair
Pascal Auclair
Enfant des radios locales, aujourd'hui homme de médias, il fait partager son expertise de la santé sur les supports print, web et TV du groupe Ma Santé AuRA.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Tags
Partagez sur