Endométriose : le sang des règles pourrait aider à accélérer le diagnostic

le 10 septembre 2026 à 13h23
Une chercheuse observe un échantillon de sang menstruel en laboratoire, dans le cadre de recherches visant à mieux détecter l’endométriose.
Le sang menstruel contient des cellules directement issues de l’endomètre, précieuses pour étudier certaines maladies gynécologiques. © Magnific
Le sang des règles pourrait devenir un nouvel allié pour détecter plus rapidement l’endométriose. Une équipe française de l’Inserm, de l’Institut Pasteur, de l’Université Claude Bernard Lyon 1 et du Centre Léon Bérard y a identifié cinq biomarqueurs associés à la maladie, selon une étude présentée ce 10 septembre 2026 par l’Inserm. Encore préliminaires, ces résultats ouvrent la voie à un possible outil de diagnostic plus simple et non invasif.
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Sept ans. C’est encore, en moyenne, le temps nécessaire pour obtenir un diagnostic d’endométriose en France. Sept années qui peuvent être jalonnées de règles extrêmement douloureuses, de douleurs pelviennes, de troubles digestifs, de douleurs pendant les rapports sexuels ou encore de problèmes de fertilité, sans toujours pouvoir mettre un nom sur leur origine. La maladie est pourtant loin d’être rare. Environ une femme en âge de procréer sur dix serait concernée, rappelle le ministère de la Santé. L’endométriose est une maladie inflammatoire chronique caractérisée par la présence, en dehors de l’utérus, de tissu semblable à l’endomètre, la muqueuse qui tapisse normalement l’intérieur de l’utérus. Ces lésions peuvent se développer à différents endroits, notamment au niveau des ovaires, du péritoine, de la vessie ou de l’intestin, et provoquer des symptômes très variables d’une femme à l’autre.

Réduire ce long parcours jusqu’au diagnostic reste donc l’un des grands enjeux de la prise en charge de l’endométriose. Et une piste française pourrait y contribuer à l’avenir. Une équipe de chercheurs de l’Inserm, de l’Institut Pasteur, de l’Université Claude Bernard Lyon 1 et du Centre Léon Bérard s’est intéressée au sang des règles. En analysant les cellules qu’il contient, les scientifiques ont identifié plusieurs différences entre des femmes atteintes d’endométriose et des femmes qui ne présentent pas la maladie. Des premiers résultats qui pourraient, s’ils sont confirmés à plus grande échelle, aider à développer une nouvelle méthode de détection de l’endométriose.

Endométriose : vers un diagnostic grâce au sang des règles ?

Le sang menstruel est une mine d’informations sur l’utérus 

Le sang menstruel ne contient pas uniquement… du sang. Lorsqu’il n’y a pas de grossesse, une partie de l’endomètre se désagrège puis est évacuée au moment des règles. Le liquide menstruel contient donc des cellules sanguines, mais également différentes cellules provenant de l’environnement utérin. On y retrouve notamment des cellules épithéliales, qui constituent la couche superficielle de l’endomètre, des cellules stromales, qui participent à la structure et au fonctionnement du tissu, mais aussi des cellules des vaisseaux sanguins et du système immunitaire.

Le sang menstruel donne en quelque sorte accès à des cellules directement liées à l’utérus, sans nécessiter d’intervention chirurgicale ni de prélèvement de tissu dans l’organisme. Les chercheurs ont donc voulu savoir si certaines de ces cellules portaient une sorte de « signature » de l’endométriose, suffisamment caractéristique pour être repérée et, un jour peut-être, utilisée pour faciliter le diagnostic.

L’endométriose laisse-t-elle une trace dans le sang des règles ?

L’étude a été menée auprès de dix femmes âgées de 18 à 45 ans, dont cinq atteintes d’endométriose profonde et cinq sans endométriose. Toutes ont recueilli leur sang pendant leurs règles à l’aide d’une coupe menstruelle, afin qu’il puisse ensuite être analysé par les chercheurs. L’intérêt de ce prélèvement est qu’il ne contient pas seulement du sang. Pendant les règles, une partie de l’endomètre, la muqueuse qui recouvre l’intérieur de l’utérus, se détache et est évacuée. On retrouve donc dans le sang menstruel des cellules directement issues de cette muqueuse, particulièrement intéressantes pour étudier une maladie comme l’endométriose.

Les chercheurs ont comparé ces cellules chez les femmes atteintes et celles qui ne l’étaient pas. Ils se sont notamment intéressés à l’activité de leurs gènes, afin de voir si la maladie laissait une trace suffisamment reconnaissable dans le sang menstruel. Les résultats montrent justement plusieurs différences entre les deux groupes, en particulier au niveau des cellules de l’endomètre. En approfondissant leurs analyses, les chercheurs ont identifié cinq biomarqueurs associés à l’endométriose. C’est sur eux que repose aujourd’hui l’espoir de pouvoir, un jour, repérer plus facilement la maladie à partir d’un simple prélèvement de sang menstruel.

Cinq marqueurs repérés dans le sang des règles

En comparant les prélèvements, les chercheurs ont repéré plusieurs différences entre le sang menstruel des femmes atteintes d’endométriose et celui des femmes sans la maladie. Elles étaient surtout visibles dans les cellules provenant de l’endomètre, la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus.

Parmi elles, cinq marqueurs biologiques ont particulièrement retenu leur attention. Chez les femmes atteintes d’endométriose, ces marqueurs présentaient des caractéristiques différentes de celles observées chez les femmes sans la maladie. Une sorte de signature biologique de l’endométriose, que les chercheurs sont parvenus à retrouver directement dans le sang des règles. Si cette signature se confirme auprès de beaucoup plus de femmes, elle pourrait un jour aider à repérer plus facilement l’endométriose à partir d’un prélèvement de sang menstruel.

Toutes les endométrioses ne se ressemblent pas

Il n’existe pas une seule forme d’endométriose. Selon la localisation et la profondeur des lésions, la maladie peut se présenter de différentes manières. On distingue principalement :

  • L’endométriose superficielle : les lésions se développent à la surface du péritoine, la membrane qui tapisse notamment l’intérieur de l’abdomen et du bassin.
  • L’endométriose ovarienne : elle se caractérise par la présence de kystes liés à l’endométriose sur les ovaires, appelés endométriomes.
  • L’endométriose profonde : les lésions pénètrent plus profondément dans les tissus et peuvent toucher des organes voisins, notamment l’intestin, la vessie ou les uretères.

Ces différentes formes peuvent aussi être présentes en même temps chez une même femme. L’étendue des lésions ne correspond pas forcément à l’intensité des douleurs. Des lésions peu étendues peuvent provoquer des douleurs importantes, tandis qu’une endométriose plus étendue peut parfois rester peu symptomatique.

Pourquoi l’endométriose reste difficile à diagnostiquer ? 

Aujourd’hui, il n’existe pas d’examen unique permettant de détecter facilement toutes les endométrioses. Lorsqu’une femme présente des symptômes évocateurs, le médecin commence par l’interroger sur ses douleurs et réalise un examen clinique. Une échographie pelvienne peut ensuite être prescrite, puis une IRM dans certaines situations, selon les recommandations françaises actualisées en 2025 et labellisées par la Haute Autorité de santé. Ces examens permettent de repérer de nombreuses lésions, mais ils ont aussi leurs limites. Les plus petites peuvent être difficiles à voir et leur détection dépend notamment de l’expérience du professionnel qui réalise et interprète les images. Le nombre de spécialistes formés à ces examens reste également limité.

Si l’efficacité de cette découverte est confirmée, elle pourrait offrir aux médecins un outil supplémentaire, simple et non invasif, pour identifier plus rapidement les femmes susceptibles d’avoir une endométriose et les orienter vers les examens adaptés. Il ne s’agirait donc pas forcément de remplacer l’échographie ou l’IRM, mais de faciliter et d’accélérer le parcours jusqu’au diagnostic.

Un enjeu majeur pour réduire l’errance diagnostique

Depuis 2022, la France dispose d’une stratégie nationale dédiée à cette maladie, avec trois grandes priorités : 

  • développer la recherche, 
  • améliorer l’offre de soins,
  • mieux informer aussi bien les professionnels de santé que le grand public. 

Des filières spécialisées ont notamment été déployées dans les régions pour améliorer l’orientation et la prise en charge des patientes. D’autres méthodes non invasives sont également explorées. Un dispositif d’accès au test salivaire Endotest a notamment été lancé en France afin de recueillir des données supplémentaires en vie réelle dans une population définie, nouvelle illustration de l’intérêt porté aux biomarqueurs pour réduire l’errance diagnostique.

À SAVOIR 

Le sang menstruel intéresse aussi la médecine régénérative. Il contient notamment des cellules souches provenant de l’endomètre, capables de se multiplier et de se transformer en différents types de cellules. Selon l’Inserm, ces cellules sont aujourd’hui étudiées par les chercheurs pour leur potentiel en médecine régénérative. 

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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