Pilules contraceptives au désogestrel : 1,6 million de femmes alertées sur un risque de méningiome

le 10 septembre 2026 à 11h10
Une femme tient une plaquette de pilules contraceptives, potentiellement en lien avec le risque de méningiome.
Parmi les pilules au désogestrel concernées figurent notamment Cérazette, Antigone, Optimizette et leurs génériques. © Magnific
En France, 1,6 million de femmes prenant une pilule au désogestrel vont être alertées d’un risque accru de méningiome. Un risque qui reste rare, mais augmente après plusieurs années d’utilisation. Faut-il pour autant changer de contraception ?
Sommaire

C’est un courrier qui pourrait inquiéter bien des utilisatrices de la pilule contraceptive dans les prochains jours. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a lancé une information personnalisée auprès d’environ 1,6 million de femmes prenant une contraception à base de désogestrel en France.

Les professionnels qui prescrivent ces contraceptifs sont également informés. En cause, un risque accru de méningiome. Cette tumeur se développe au niveau des méninges, les membranes qui entourent et protègent le cerveau. Dans environ 90 % des cas, elle est bénigne. Mais selon sa taille et surtout son emplacement, elle peut comprimer certaines zones du cerveau. Et provoquer, à terme, des troubles qui nécessitent parfois une intervention chirurgicale.

Cette alerte repose notamment sur une vaste étude française menée par EPI-PHARE, le groupement scientifique de l’ANSM et de l’Assurance Maladie. Publiée le 11 juin 2025 dans la revue scientifique The BMJ, elle montre une petite augmentation du risque de méningiome nécessitant une opération chez les femmes prenant du désogestrel à 75 microgrammes pendant plus de cinq années consécutives.

Désogestrel : quelles pilules sont concernées ?

Première chose à vérifier : le nom de la molécule inscrit sur la boîte ou la notice de sa pilule. Le désogestrel est un progestatif, c’est-à-dire une hormone de synthèse qui reproduit certains effets de la progestérone naturellement produite par l’organisme. Dans les pilules concernées par l’étude française, il est utilisé seul à la dose de 75 microgrammes. C’est notamment le cas de Cérazette et de plusieurs génériques commercialisés en France. Ces pilules sont dites « progestatives ». Contrairement aux pilules combinées, elles ne contiennent pas d’estrogènes.

Le désogestrel empêche principalement l’ovulation, donc la libération d’un ovule par l’ovaire. Il rend également la glaire présente au niveau du col de l’utérus plus épaisse. Ce qui complique le passage des spermatozoïdes. L’absence d’estrogènes peut rendre cette contraception particulièrement intéressante pour certaines femmes qui présentent une contre-indication aux pilules combinées.

À noter également que la vigilance réglementaire a été élargie aux contraceptifs contenant de l’étonogestrel, une molécule très proche du désogestrel. En août 2026, les notices des contraceptifs concernés ont été modifiées pour faire apparaître le risque rare de méningiome. Un méningiome actuel ou un antécédent de méningiome constitue désormais une contre-indication à ces contraceptifs.

Pilule contraceptive : quel est le risque de développer un méningiome ? 

Le risque augmente surtout après cinq ans

C’est à partir de cinq ans d’utilisation que le désogestrel commence à être associé à un risque plus important de méningiome.  Pour mesurer le risque, EPI-PHARE a étudié les données de santé de 92 301 femmes vivant en France. Parmi elles, 8 391 avaient été opérées d’un méningiome intracrânien entre 2020 et 2023. Chacune a été comparée à dix femmes du même âge et vivant dans la même zone géographique qui n’avaient pas été opérées de cette tumeur.

Les chercheurs ont ensuite regardé les contraceptifs qui leur avaient été délivrés et surtout pendant combien de temps. Pour les utilisations courtes, les résultats sont rassurants. L’étude ne retrouve pas d’augmentation significative du risque. C’est lorsque le désogestrel est utilisé sans interruption pendant plusieurs années que les chiffres commencent à bouger. Entre cinq et sept ans d’utilisation continue, le risque de méningiome nécessitant une opération est environ 1,5 fois plus élevé. À partir de sept ans, il est environ deux fois plus élevé. De quoi inquiéter bien des femmes…

Après cinq ans, environ un cas supplémentaire pour 17 000 femmes

Selon les estimations d’EPI-PHARE, toutes durées d’utilisation confondues, il faudrait qu’environ 67 300 femmes utilisent du désogestrel à 75 microgrammes pour observer un cas supplémentaire de méningiome nécessitant une opération attribuable à cette exposition. Lorsque l’utilisation dépasse cinq ans, le risque augmente : on arrive à environ un cas supplémentaire pour 17 000 utilisatrices. Sur les 8 391 femmes opérées d’un méningiome étudiées entre 2020 et 2023, 287 utilisaient du désogestrel. Les chercheurs estiment que 59 opérations étaient attribuables à une utilisation prolongée de cette contraception.

Voilà pourquoi les autorités parlent d’un risque « très faible ». Principe de précaution oblige… Il ne s’agit pas de nier son existence, mais de remettre les chiffres à leur juste échelle. La comparaison avec d’autres médicaments est d’ailleurs assez parlante.

Les femmes de plus de 45 ans sont davantage concernées

La durée de prise n’est pas le seul élément qui compte. L’âge entre également en jeu. Les cas supplémentaires attribuables au désogestrel étaient davantage retrouvés chez les femmes de plus de 45 ans. Les chercheurs ont notamment observé une augmentation du risque chez les 45-54 ans. Cela ne signifie pas qu’une femme de 46 ans prenant du désogestrel doit automatiquement changer de contraception. Mais après 45 ans, surtout lorsque cette pilule est utilisée depuis longtemps, l’intérêt de poursuivre le même contraceptif mérite d’être rediscuté avec le professionnel de santé.

Les antécédents de traitements hormonaux comptent également. L’association était plus importante chez les femmes qui avaient auparavant utilisé certains progestatifs déjà connus pour augmenter le risque de méningiome. Autrement dit, le risque n’est pas le même pour une femme de 25 ans prenant cette pilule depuis un an et pour une femme de 48 ans qui l’utilise depuis huit ans après avoir reçu par le passé un autre progestatif à risque.

Méningiomes : pourquoi les hormones peuvent-elles jouer un rôle ?

Le lien entre certains progestatifs et les méningiomes est surveillé depuis plusieurs années en France. La raison tient notamment à la sensibilité hormonale de ces tumeurs. Certains méningiomes possèdent des récepteurs hormonaux, notamment à la progestérone. Pour faire simple, certaines cellules de la tumeur peuvent donc réagir à des hormones ou à des médicaments qui imitent leur action. Une exposition prolongée à certains progestatifs peut ainsi favoriser la croissance d’un méningiome chez certaines personnes.

Mais tous les progestatifs ne se valent pas. Le risque varie fortement selon la molécule, la dose et la durée d’exposition. Le désogestrel présente un risque bien plus faible que certains progestatifs déjà placés sous surveillance renforcée en France. L’étude EPI-PHARE apporte d’ailleurs une information rassurante concernant le lévonorgestrel puisque les chercheurs n’ont pas retrouvé d’augmentation du risque de méningiome avec les contraceptifs oraux contenant cette molécule, utilisée seule ou associée à un estrogène.

Méningiome : quels symptômes doivent alerter ?

Un méningiome n’est pas, dans l’immense majorité des cas, un cancer. Heureusement ! Selon l’Assurance Maladie, environ 90 % sont bénins. Ils se développent généralement lentement et certains peuvent rester longtemps sans provoquer le moindre problème. Il arrive même qu’un méningiome soit découvert complètement par hasard lors d’un scanner ou d’une IRM réalisée pour une autre raison. Lorsqu’il grossit, en revanche, il peut exercer une pression sur les structures voisines du cerveau. Les symptômes dépendent alors beaucoup de sa taille et de l’endroit où il se trouve.

Toujours selon l’Assurance Maladie et les recommandations de surveillance liées aux progestatifs, plusieurs signes peuvent conduire à consulter : des maux de tête inhabituels ou qui s’aggravent, des troubles de la vision, de l’audition ou de l’odorat, des troubles de la mémoire, des convulsions ou encore une faiblesse d’un bras ou d’une jambe. Ces symptômes sont évidemment loin d’être spécifiques au méningiome. Avoir mal à la tête ne signifie donc pas que sa pilule a provoqué une tumeur. En revanche, l’apparition de symptômes neurologiques inhabituels doit être signalée à un médecin, particulièrement lorsqu’une femme utilise ou a longtemps utilisé un progestatif.

Je prends du désogestrel : qu’est-ce que je dois faire ?

Le risque identifié reste très faible et l’arrêt d’une contraception sans solution de remplacement expose, lui, à une grossesse non prévue. La bonne réaction dépend surtout de la situation de chaque femme. Pour y voir plus clair, quelques questions très simples peuvent être utiles :

  • Ma pilule contient-elle bien du désogestrel à 75 microgrammes ?
  • Depuis combien de temps est-ce que je la prends sans interruption ?
  • Ai-je déjà pris auparavant un autre traitement progestatif ?
  • Ai-je déjà eu un méningiome ?
  • Ai-je récemment développé des symptômes neurologiques inhabituels ?

Une femme qui prend du désogestrel depuis plus de cinq ans, et plus encore après 45 ans, peut profiter d’un prochain rendez-vous avec son médecin, son gynécologue ou sa sage-femme pour refaire le point. L’objectif n’est pas forcément de changer de contraception, mais de vérifier que celle-ci reste la plus adaptée. En revanche, en cas de méningiome actuel ou d’antécédent de méningiome, les nouvelles informations de sécurité sont plus claires : les contraceptifs à base de désogestrel et d’étonogestrel sont désormais contre-indiqués. La contraception doit alors être revue avec un professionnel de santé.

Faut-il passer une IRM si l’on prend cette pilule ?

Non, pas systématiquement. L’information envoyée aux utilisatrices ne signifie pas que 1,6 million de femmes doivent désormais passer une IRM du cerveau. Une imagerie cérébrale est envisagée lorsque la situation médicale le justifie, notamment devant des symptômes pouvant évoquer un méningiome ou dans certains contextes particuliers.

L’IRM permet alors de rechercher une éventuelle tumeur et d’en préciser la taille et la localisation. Pour une femme sans symptôme, la première démarche est donc simplement de vérifier depuis combien de temps elle utilise sa contraception et d’en parler avec le professionnel qui la lui prescrit si elle est concernée par une utilisation prolongée.

Et si j’arrête le désogestrel, le risque reste-t-il élevé ?

Dans l’étude EPI-PHARE, l’augmentation du risque de méningiome n’était plus retrouvée chez les femmes qui avaient arrêté le désogestrel depuis plus d’un an. Autrement dit, le sur-risque observé pendant les utilisations prolongées ne semble pas persister durablement après l’arrêt de la pilule. Attention toutefois, cela ne signifie pas qu’un méningiome déjà présent disparaît en un an. L’étude montre simplement qu’après plus d’un an sans désogestrel, les anciennes utilisatrices n’avaient plus davantage de risque d’être opérées d’un méningiome que les femmes auxquelles elles étaient comparées.

Pas question non plus d’arrêter sa pilule seule pour faire baisser ce risque. Une interruption sans autre contraception expose à une grossesse non prévue. Après plusieurs années de désogestrel, la bonne démarche consiste plutôt à faire le point avec son médecin, son gynécologue ou sa sage-femme. Selon l’âge, la durée de prise, les antécédents et les besoins contraceptifs de chaque femme, le professionnel pourra décider avec elle s’il est préférable de poursuivre cette pilule ou d’envisager une autre contraception.

À SAVOIR 

La grossesse peut aussi faire évoluer un méningiome. Les fortes variations hormonales qui l’accompagnent peuvent accélérer la croissance de certaines de ces tumeurs. À l’inverse, des cas où leur volume diminue après l’accouchement ont également été observés. Un exemple assez étonnant de l’influence que peuvent avoir les hormones sur certains méningiomes.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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