
Longtemps pointé du doigt pour ses effets sur la peau, le soleil pourrait aussi jouer un rôle inattendu dans notre espérance de vie. Une étude suédoise menée pendant vingt ans suggère qu’une exposition très faible au soleil serait associée à une mortalité plus élevée. Alors, faut-il revoir notre relation avec l’astre du jour ? Explications.
Depuis plusieurs décennies, les messages de santé publique martèlent de faire attention au soleil. Les campagnes de prévention rappellent régulièrement les risques liés aux rayonnements ultraviolets (UV), responsables notamment des cancers cutanés. En France, près de 80 000 nouveaux cas de cancers de la peau sont diagnostiqués chaque année, dont environ 15 000 mélanomes, la forme la plus agressive, selon Santé publique France.
Les dermatologues insistent, les UV altèrent l’ADN des cellules de la peau et augmentent le risque de cancers cutanés, surtout en cas d’exposition intense et répétée, ou de coups de soleil durant l’enfance.
Beaucoup de personnes adoptent aujourd’hui une stratégie de prudence maximale. Éviter le soleil, rester à l’ombre, appliquer de la crème solaire dès que possible… Autant de réflexes devenus courants.
Mais le soleil n’est pas seulement un facteur de risque. Il joue aussi un rôle biologique important pour notre organisme. Et certaines études suggèrent qu’une exposition trop faible pourrait ne pas être idéale pour la santé.
Dangers du soleil : une étude suédoise qui bouscule les idées reçues
Bronzer, s’exposer… ou éviter le soleil : des choix qui comptent
En 2014, une équipe de chercheurs de l’Université de Lund, en Suède, publie une étude issue de la cohorte Melanoma in Southern Sweden (MISS).
Les scientifiques ont suivi 29 518 femmes suédoises pendant environ vingt ans, entre 1990 et 2011 pour analyser les liens entre habitudes d’exposition au soleil et mortalité toutes causes confondues.
Les participantes ont été classées selon leurs comportements face au soleil :
- bronzage estival,
- vacances au soleil,
- utilisation de solariums,
- tendance à éviter l’exposition.
Selon les chercheurs, les femmes qui évitaient le plus le soleil présentaient un risque de mortalité environ deux fois plus élevé que celles qui s’exposaient le plus souvent.
Une mortalité comparable entre certaines non-fumeuses et des fumeuses
Les non-fumeuses qui évitaient le soleil avaient une espérance de vie comparable à celle des fumeuses fortement exposées au soleil, toujours selon cette étude.
Pour les auteurs, l’absence d’exposition solaire pourrait donc constituer un facteur de risque de mortalité d’un ordre de grandeur comparable à celui du tabagisme, même si les mécanismes restent complexes.
Attention toutefois, les chercheurs eux-mêmes rappellent qu’il s’agit d’une association statistique et non d’une preuve directe de causalité.
Autrement dit, l’étude ne démontre pas que le soleil protège directement contre la mort prématurée, mais qu’un manque d’exposition pourrait être lié à une santé globale moins favorable.
Pourquoi le soleil pourrait-il influencer notre santé globale ?
Exposition au soleil : le rôle clé de la vitamine D
La vitamine D est synthétisée par la peau sous l’effet des rayons UVB du soleil. Elle joue plusieurs rôles essentiels dans l’organisme. Elle contribue notamment à :
- la santé osseuse en facilitant l’absorption du calcium
- le bon fonctionnement du système immunitaire
- la régulation de certaines fonctions métaboliques
Selon l’ANSES, une part importante de la population européenne présente des niveaux insuffisants de vitamine D, en particulier en hiver.
Une exposition modérée au soleil est donc l’une des principales sources naturelles de cette vitamine. Mais ce n’est peut-être pas le seul mécanisme en jeu.
Soleil : un impact possible sur la pression artérielle
L’exposition aux UV pourrait entraîner la libération de monoxyde d’azote stocké dans la peau. Cette molécule contribue à dilater les vaisseaux sanguins et pourrait aider à faire baisser la pression artérielle.
Or l’hypertension artérielle est un facteur majeur de maladies cardiovasculaires, qui représentent la deuxième cause de mortalité en France.
Les chercheurs avancent donc l’hypothèse qu’une exposition modérée au soleil pourrait participer indirectement à la santé cardiovasculaire. Cependant, ces effets restent encore étudiés et font l’objet de débats scientifiques.
Attention : trop de soleil reste dangereux
Les dermatologues rappellent que l’exposition excessive aux UV reste un facteur de risque clairement établi pour les cancers cutanés.
Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classe d’ailleurs les rayonnements UV comme cancérogènes certains pour l’être humain. Le véritable enjeu réside donc dans l’équilibre.
Selon l’OMS, quelques minutes d’exposition quotidienne au soleil peuvent suffire à produire de la vitamine D, selon la saison, la latitude et le type de peau.
Mais les recommandations insistent sur plusieurs règles essentielles :
- éviter les expositions prolongées entre 12 h et 16 h
- porter des vêtements protecteurs, lunettes et chapeau
- utiliser une protection solaire adaptée
- éviter les coups de soleil, surtout chez les enfants
Autrement dit, ni trop, ni trop peu.
Une question de mode de vie global
Les chercheurs soulignent également que l’exposition au soleil est souvent liée à d’autres comportements de santé. Les personnes qui passent du temps à l’extérieur peuvent aussi :
- pratiquer davantage d’activité physique
- avoir un mode de vie plus actif
- bénéficier d’un meilleur bien-être psychologique
Autant de facteurs susceptibles d’influencer l’espérance de vie. C’est pourquoi les scientifiques restent prudents dans l’interprétation des résultats.
L’étude suédoise met en évidence une corrélation entre exposition solaire et mortalité, mais elle ne permet pas d’isoler tous les facteurs pouvant expliquer cette association.
Santé globale : garder l’oeil sur notre rapport au soleil
Pendant longtemps, le discours sanitaire s’est concentré presque exclusivement sur les dangers du soleil. Mais la recherche invite aujourd’hui à adopter une vision plus nuancée.
Le soleil reste un facteur de risque pour certains cancers, comme le mélanome, mais il est aussi une composante naturelle de notre équilibre biologique.
Pour de nombreux experts, la question n’est donc pas de choisir entre soleil ou protection. Elle consiste plutôt à trouver la juste mesure. Une exposition modérée, régulière et protégée pourrait permettre de profiter des bénéfices du soleil tout en limitant les risques.
À SAVOIR
Selon l’OMS, les rayonnements ultraviolets du soleil sont responsables d’environ 1,5 million d’années de vie corrigées de l’incapacité (DALY) perdues chaque année dans le monde, principalement en raison des cancers de la peau et des maladies oculaires.







