Une femme qui consomme des compléments alimentaires achetés sur TikTok
En 2023, la DGCCRF a constaté que 60 % des sites vendant des compléments en ligne présentaient des anomalies d’étiquetage ou d’allégations de santé interdites. © Freepik

Entre promesses de vitalité et illusions marketing, les compléments alimentaires envahissent désormais nos fils TikTok et Instagram. Mais derrière les capsules colorées et les slogans séduisants, que dit vraiment la science ? Et surtout, peut-on leur faire confiance ?

Difficile aujourd’hui de scroller sur TikTok sans tomber sur une vidéo vantant les mérites d’une « poudre miracle » pour perdre du poids ou d’une « gélule magique » pour avoir une peau éclatante.

Ces contenus, souvent relayés par des influenceurs bien suivis, suscitent un engouement massif, notamment chez les 18-35 ans. TikTok est devenu un canal privilégié pour les marques de compléments alimentaires, où les tendances virales peuvent faire exploser les ventes en quelques heures.

Cette influence numérique a un impact direct. Selon l’Union fédérale des consommateurs Que Choisir (2023), un Français sur trois déclare consommer des compléments alimentaires. Et plus d’un sur deux chez les 18-24 ans affirme en avoir déjà acheté après avoir vu une recommandation en ligne.

Compléments alimentaires : de quoi parle-t-on vraiment ?

En France, les compléments alimentaires sont définis par la directive européenne 2002/46/CE, transposée dans le Code de la consommation. Ils regroupent des vitamines, minéraux, plantes, acides aminés ou autres substances destinées à « compléter l’alimentation normale ».

Contrairement aux médicaments, ils ne sont pas soumis à une autorisation de mise sur le marché avec essais cliniques. Ils doivent simplement être déclarés à la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) avant commercialisation. Les contrôles existent, mais les preuves d’efficacité ne sont pas exigées de la même manière que pour un traitement médical.

Des bénéfices parfois réels… mais rarement universels

Certaines situations justifient la prise de compléments alimentaires. Par exemple :

  • L’acide folique est recommandé avant et pendant la grossesse pour réduire le risque de malformations du tube neural selon Haute Autorité de Santé.
  • La vitamine D peut être prescrite chez les personnes âgées, les enfants ou les populations peu exposées au soleil, selon Santé publique France.

Mais en dehors de ces cas spécifiques, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) estime que « chez les personnes en bonne santé et sans carence diagnostiquée, les compléments alimentaires ne présentent généralement pas d’intérêt particulier ».

De nombreuses promesses marketing (booster l’immunité, améliorer la concentration, faire pousser les cheveux plus vite) ne reposent pas sur des preuves scientifiques solides. Une expertise collective de l’Inserm (2019) rappelait déjà que les données disponibles sont souvent insuffisantes, voire contradictoires.

Les compléments alimentaires sont inutiles sans carences avérées

Les compléments alimentaires ne sont pas sans danger. L’ANSES a mis en place dès 2009 un dispositif de nutrivigilance, qui a déjà recensé plus de 4 000 signalements d’effets indésirables liés à la consommation de compléments (troubles hépatiques, cardiovasculaires, neurologiques).

Dans un rapport de 2023, l’agence alertait particulièrement sur les produits « minceur » et « détox » contenant des plantes comme le thé vert concentré, susceptibles d’entraîner des atteintes graves au foie.

Autre problème : la qualité variable des produits achetés en ligne. Une enquête de la DGCCRF (2022) a révélé que 60 % des sites de vente contrôlés présentaient des anomalies : allégations de santé interdites, étiquetage trompeur, voire présence de substances non autorisées.

Quand l’algorithme remplace le médecin

Sur TikTok et Instagram, les conseils santé se diffusent au rythme des tendances. Mais les influenceurs ne sont pas des professionnels de santé. Une étude publiée dans le British Journal of Medicine (2022) a montré que moins de 10 % des contenus viraux sur les compléments alimentaires mentionnent des sources scientifiques fiables.

Cette absence de rigueur pose problème. En suivant un conseil vu sur les réseaux, on risque non seulement d’acheter un produit inutile, mais aussi de retarder une vraie prise en charge médicale.  L’automédication via des compléments alimentaires peut être dangereuse. Il est essentiel d’en parler avec un médecin ou un pharmacien, surtout en cas de maladie chronique ou de traitement médicamenteux en cours. 

La réponse est nuancée. Les compléments alimentaires peuvent être utiles dans certains cas bien documentés et encadrés médicalement. Mais la consommation « influencée » par les réseaux sociaux repose trop souvent sur des promesses exagérées, des effets non prouvés et des risques sous-estimés.

En clair :

  • Oui, les compléments peuvent être bénéfiques si une carence est identifiée ou sur avis médical.
  • Non, il ne faut pas se fier aveuglément aux recommandations vues sur TikTok ou Instagram.

Le meilleur réflexe reste de privilégier une alimentation équilibrée, variée et, en cas de doute, d’en discuter avec un professionnel de santé.

À SAVOIR
En mars 2025, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) a suspendu pour un an la commercialisation des compléments alimentaires contenant du Garcinia cambogia, une plante largement promue sur les réseaux sociaux pour ses prétendus effets minceur. Cette décision fait suite à plusieurs cas d’atteintes hépatiques graves signalés en France. L’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) doit désormais rendre un avis sur la sécurité de cette substance.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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