Une femme souffrant d'un stress chronique qui altère son fonctionnement cérébral.
Et si le contenu de notre assiette aidait à protéger notre cerveau des effets du stress chronique ? © Magnific

Le stress chronique ne se contente pas de peser sur le moral. À long terme, il pourrait altérer la myéline, cette fine gaine qui protège les fibres nerveuses et assure la bonne circulation des informations dans le cerveau. Une étude publiée le 7 juin 2026 dans la revue scientifique Translational Psychiatry suggère qu’un jeûne intermittent pourrait limiter, voire inverser, certains de ces dommages chez la souris. En ligne de mire, un acteur désormais incontournable de la recherche en santé : le microbiote intestinal. Explications. 

Le stress fait partie de la vie. Une échéance professionnelle qui s’accumule, des nuits trop courtes, des difficultés financières ou familiales… Notre organisme est programmé pour réagir à ces situations en déclenchant une série de mécanismes destinés à nous aider à faire face. À court terme, cette réponse est utile. Le cerveau libère des hormones, comme le cortisol et l’adrénaline, qui augmentent la vigilance et mobilisent l’énergie nécessaire pour s’adapter.

Le problème apparaît lorsque cette alerte reste activée pendant des semaines, des mois, voire des années. Selon l’OMS, le stress chronique augmente le risque de troubles anxieux, de dépression, de maladies cardiovasculaires et de perturbations du système immunitaire. En France, Santé publique France observe depuis plusieurs années une dégradation de la santé mentale, en particulier chez les jeunes adultes. Mais les effets du stress prolongé ne se limiteraient pas aux émotions. Ils pourraient aussi modifier la structure même du cerveau.

La myéline est une substance qui entoure et protège les fibres nerveuses du cerveau. Son rôle peut être comparé à celui de la gaine qui recouvre un câble électrique : elle permet aux messages de circuler rapidement et efficacement entre les neurones. Lorsque cette enveloppe protectrice s’abîme, les informations circulent moins bien. Cela peut avoir des conséquences sur des fonctions essentielles comme la mémoire, la concentration ou la gestion des émotions.

Les atteintes de la myéline sont déjà bien connues dans certaines maladies neurologiques, comme la sclérose en plaques. Mais des recherches récentes suggèrent qu’elles pourraient aussi jouer un rôle dans des troubles comme la dépression ou l’anxiété. Plusieurs études menées chez l’animal ont montré que le stress chronique pouvait perturber la fabrication et l’entretien de cette gaine protectrice, notamment dans des zones du cerveau impliquées dans la mémoire, les émotions et la prise de décision.

Le stress chronique pourrait progressivement endommager le « câblage » du cerveau. Pour tenter de freiner ces effets, des chercheurs se sont intéressés au jeûne intermittent, une pratique alimentaire qui consiste à alterner des périodes de repas et de jeûne. Dans une étude publiée dans la revue Translational Psychiatry, une équipe de la Chiba University, au Japon, et du premier hôpital affilié à la Zhengzhou University, en Chine, a étudié ses effets chez des souris soumises à un stress chronique pendant quatorze jours.

Certaines pouvaient manger librement, tandis que les autres suivaient un programme de jeûne intermittent. Résultat : les souris ayant jeûné ont présenté moins de comportements associés à la dépression. Les chercheurs ont également constaté que leur myéline, cette gaine qui protège les fibres nerveuses, était mieux préservée. Les effets les plus marqués ont été observés dans plusieurs régions clés du cerveau impliquées dans la mémoire, les émotions et la communication entre les deux hémisphères.

L’intestin, un allié inattendu du cerveau

Les chercheurs se sont intéressés au microbiote intestinal, cet écosystème composé de milliers de milliards de micro-organismes qui vivent dans notre tube digestif. Depuis une dizaine d’années, les recherches sur l’axe intestin-cerveau se multiplient. Les scientifiques savent désormais que le microbiote communique avec le système nerveux par des voies nerveuses, immunitaires et hormonales. Le stress chronique peut perturber cet équilibre fragile. À l’inverse, l’alimentation est l’un des principaux leviers capables de modifier la composition du microbiote.

Dans cette étude, le jeûne intermittent a entraîné des changements significatifs de la flore intestinale des souris. Certaines bactéries étaient associées à une meilleure préservation de la myéline et à des comportements plus favorables sur le plan émotionnel. Ces résultats renforcent l’hypothèse selon laquelle le microbiote pourrait jouer un rôle central dans la résistance du cerveau au stress. En d’autres termes, ce qui se passe dans notre intestin pourrait influencer bien davantage notre santé mentale qu’on ne l’imaginait.

Des résultats prometteurs, mais pas encore applicables à l’humain

Aussi encourageants soient-ils, ces résultats doivent être interprétés avec prudence. D’abord parce que l’étude a été réalisée uniquement chez la souris. Or, le stress humain est bien plus complexe et influencé par de nombreux facteurs psychologiques, sociaux et environnementaux. Ensuite, les chercheurs n’ont pas démontré que le jeûne intermittent pouvait réparer le cerveau humain ou prévenir la dépression. Ils montrent simplement qu’un mode d’alimentation particulier semble limiter certains effets biologiques du stress chez des animaux de laboratoire. Enfin, le jeûne intermittent ne convient pas à tout le monde.

Cette pratique est généralement déconseillée aux femmes enceintes ou allaitantes, aux enfants, aux personnes âgées fragiles, aux personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire ou atteintes de certaines maladies chroniques. Avant de modifier durablement ses habitudes alimentaires, mieux vaut demander conseil à un professionnel de santé.

En attendant les résultats d’essais cliniques chez l’humain, les spécialistes rappellent que les stratégies les plus efficaces pour limiter les effets du stress chronique sont déjà bien connues. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale recommande notamment de pratiquer une activité physique régulière, de préserver son sommeil, de maintenir des liens sociaux solides et d’adopter une alimentation équilibrée.

Consulter un professionnel de santé lorsque le stress devient envahissant reste également essentiel. Car si l’idée qu’un changement d’habitudes alimentaires puisse protéger le cerveau est séduisante, il n’existe pas de solution miracle. Une certitude émerge toutefois de ces travaux : notre intestin et notre cerveau dialoguent en permanence. Et ce que nous mettons dans notre assiette pourrait, demain, devenir un levier supplémentaire pour préserver notre santé mentale.

À SAVOIR 

Le jeûne intermittent ne consiste pas forcément à manger moins, mais à manger sur des plages horaires définies. La méthode la plus populaire est le modèle « 16/8 », qui consiste à concentrer ses repas sur une fenêtre de huit heures et à jeûner les seize heures restantes. D’autres approches existent, comme le régime « 5:2 », qui prévoit une restriction calorique deux jours par semaine.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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